Le Gabon ouvre la chasse aux exonérations
Libreville, Jeudi 9 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Le temps des arbitrages administratifs discrets semble révolu à Libreville. Brice Clotaire Oligui Nguema a convoqué mercredi l’ensemble des directeurs généraux des régies financières autour d’un Conseil de cabinet placé sous sa présidence, dressant ainsi un message clair à l’appareil d’État comme aux opérateurs économiques.
Désormais, chaque avantage fiscal devra démontrer son utilité économique et chaque franc de recette publique devra être justifié, tracé et mobilisé au service des priorités nationales.
Cette réunion de haut niveau constitue l’une des initiatives économiques les plus importantes engagées depuis le début de la transition institutionnelle. Elle révèle une volonté de transformer profondément la relation entre l’État, les finances publiques et les mécanismes de soutien à l’économie.
L’heure des comptes
Au centre des discussions figurait une question sensible qui traverse l’ensemble des économies africaines. Celle des exonérations fiscales et douanières.
Depuis plusieurs décennies, les États africains utilisent ces mécanismes pour attirer les investissements étrangers, soutenir certains secteurs stratégiques ou accompagner des projets structurants. Mais avec le temps, nombre de ces dispositifs deviennent permanents, échappent aux évaluations et continuent de produire des effets bien après leur expiration théorique.
Le chef de l’État a donc ordonné un audit exhaustif de l’ensemble des exonérations accordées sur le territoire national. L’objectif est double. Identifier celles qui produisent encore un effet réel sur l’économie et supprimer celles qui continuent de priver le budget national de ressources considérables sans contrepartie visible en matière d’investissements, d’emplois ou de création de valeur locale.
Cette orientation s’inscrit dans un mouvement observé dans plusieurs économies émergentes confrontées à une baisse des marges budgétaires et à l’augmentation des besoins sociaux.
Selon plusieurs études internationales, les dépenses fiscales représentent parfois entre trois (3) et six (6) pour cent (%) du produit intérieur brut dans certains pays africains, soit davantage que les budgets cumulés de la santé ou de l’éducation.
La révolution numérique des recettes publiques
L’autre chantier prioritaire concerne la modernisation des administrations financières .Le président gabonais a insisté sur la nécessité d’accélérer la digitalisation et surtout l’interconnexion des différentes régies afin de renforcer la transparence et de limiter les pertes de recettes.
Cette stratégie répond à une réalité largement documentée sur le continent. Les cloisonnements administratifs favorisent les doublons, les incohérences déclaratives et les espaces de fraude fiscale.
L’interconnexion des bases de données entre administrations fiscales, douanières, foncières et financières permet généralement d’augmenter considérablement les capacités de recouvrement tout en améliorant la qualité du service rendu aux contribuables.
Des expériences menées au Rwanda, au Maroc ou encore au Kenya ont démontré qu’une modernisation numérique bien conduite pouvait générer plusieurs centaines de millions de dollars supplémentaires sans augmentation des taux d’imposition. Libreville semble désormais vouloir emprunter cette trajectoire.
La gouvernance par les résultats
L’annonce la plus significative réside probablement dans la décision de rendre ce Conseil de cabinet mensuel. Le suivi des recettes, de l’exécution budgétaire et de la dette publique devient ainsi un exercice permanent placé au plus haut niveau de l’État.
Cette logique rompt avec les mécanismes traditionnels de pilotage souvent limités aux exercices budgétaires annuels et introduit une culture de la performance plus proche des standards observés dans les grandes entreprises internationales ou dans certaines administrations asiatiques.
L’approche devrait progressivement être étendue à d’autres secteurs stratégiques tels que la santé, l’éducation, les infrastructures, l’eau ou l’énergie. Au-delà des considérations techniques, cette réforme poursuit un objectif politique majeur. Transformer les recettes publiques en résultats visibles pour les populations.
Écoles, hôpitaux, routes, accès à l’électricité, eau potable et services essentiels deviennent les indicateurs finaux de cette nouvelle doctrine financière.
Dans un contexte mondial marqué par le ralentissement économique, l’endettement croissant des États et la raréfaction des financements concessionnels, la capacité d’un pays à mobiliser ses propres ressources devient un élément déterminant de sa souveraineté. Le Gabon semble avoir choisi d’en faire désormais l’un des piliers de sa stratégie nationale.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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