Economie

Le Gabon refonde son transport public

Libreville, Mardi 26 Mai 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon vient d’engager l’une des restructurations les plus importantes de son système de transport terrestre depuis plusieurs années.

Avec la création de la Compagnie nationale de transport, issue de la fusion entre la Sogatra et Trans’Urb, le gouvernement tente de reprendre le contrôle d’un secteur fragilisé par les difficultés financières, les dysfonctionnements logistiques et la dégradation progressive du service public. Derrière cette réforme administrative se joue en réalité une bataille beaucoup plus large autour de la mobilité urbaine, de l’efficacité de l’État et de la modernisation des infrastructures publiques dans un pays confronté à une forte croissance démographique et à une pression croissante sur les transports collectifs.

Annoncée depuis plusieurs mois, cette fusion est désormais entrée dans sa phase concrète. Le siège de la nouvelle entité sera installé à Libreville sur l’ancienne base de la Sogatra, symbole d’un changement que les autorités présentent comme une rupture avec les insuffisances du passé. La future Compagnie nationale de transport doit reprendre non seulement les actifs des deux sociétés dissoutes, mais également leurs personnels, leurs réseaux et leurs engagements sociaux.

Pour le gouvernement, l’objectif affiché est clair. Il s’agit de bâtir un opérateur public unique capable de stabiliser durablement le transport collectif dans le Grand Libreville et à l’intérieur du pays.

La fin d’un modèle fragilisé

Pendant des années, la Sogatra et Trans’Urb ont représenté les deux principaux piliers du transport public gabonais. Mais les deux structures se sont progressivement enfoncées dans des difficultés financières et organisationnelles devenues difficiles à contenir.

Retards de paiement des salaires, pannes récurrentes, dégradation du parc automobile et insuffisance de l’offre de transport ont fini par affecter profondément la qualité du service rendu aux populations. Dans plusieurs zones urbaines, les usagers dénonçaient depuis longtemps des conditions de déplacement devenues de plus en plus précaires.

Face à cette situation, les autorités ont choisi une option radicale. Fusionner les deux entreprises afin de centraliser les moyens humains, techniques et financiers au sein d’une seule structure publique.

L’annonce officielle a été faite par le ministre d’État chargé des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, lors d’une émission spéciale consacrée aux cent premiers jours du gouvernement. Selon les autorités, cette nouvelle architecture doit permettre de rationaliser les dépenses, améliorer la gestion opérationnelle et renforcer les capacités de transport sur l’ensemble du territoire.

La création de la CNT marque ainsi la disparition définitive de deux marques historiques du transport public gabonais au profit d’un modèle présenté comme plus intégré et plus performant.

Une ambition logistique plus vaste

Le gouvernement veut faire de la Compagnie nationale de transport bien davantage qu’une simple fusion administrative. La nouvelle structure est présentée comme un outil stratégique de modernisation des déplacements urbains et interurbains.

Pour soutenir cette ambition, la CNT disposera d’une flotte considérablement renforcée. Cent quarante-deux nouveaux véhicules doivent être intégrés au dispositif, dont cent bus de grande capacité, vingt-cinq bus légers et dix-sept camions. En ajoutant les quatre-vingt-neuf véhicules déjà en circulation, la nouvelle compagnie totalisera deux cent trente-et-une unités.

L’objectif est double. Réduire la pression sur les transports urbains du Grand Libreville tout en renforçant les dessertes vers l’intérieur du pays.

Les autorités annoncent également des abonnements mensuels adaptés à plusieurs catégories d’usagers ainsi qu’une politique tarifaire présentée comme plus compétitive.

Cette réforme intervient dans un contexte où la mobilité devient un enjeu économique majeur pour les grandes villes africaines. L’accès à des transports fiables influence directement la productivité, l’activité commerciale et la qualité de vie des populations urbaines.

Le défi social reste entier

Mais derrière les annonces ambitieuses, plusieurs interrogations demeurent. La fusion absorbe aussi les difficultés héritées des anciennes structures. Car la CNT reprend non seulement les équipements, mais également les passifs sociaux et financiers de la Sogatra et de Trans’Urb.

Les retards de salaires et les inquiétudes du personnel restent particulièrement sensibles. Plusieurs agents redoutent que la réforme ne suffise pas à résoudre durablement les problèmes de rémunération et de gestion administrative qui ont fragilisé les anciennes sociétés.

Actuellement, de nombreux conducteurs procèdent à la mise à jour de leurs permis afin d’intégrer pleinement la nouvelle organisation. Mais dans les couloirs du secteur, une question continue de circuler avec insistance. L’État respectera-t-il durablement ses engagements sociaux envers les employés de la CNT ?

Car au-delà des bus et des infrastructures, la réussite de cette réforme dépendra surtout de la capacité des autorités à instaurer une gestion stable, rigoureuse et financièrement soutenable.

La création de la Compagnie nationale de transport apparaît finalement comme un test majeur pour l’État gabonais. Un test sur sa capacité à reconstruire un véritable service public moderne dans un secteur essentiel à la cohésion économique et sociale du pays.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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