Le Gabon serre l’étau sur le trafic de cuivre
Libreville, Jeudi 27 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon vient de décider de s’attaquer non seulement aux voleurs de câbles, mais à toute la chaîne économique qui permettrait à ce trafic de prospérer.
Face à la multiplication des actes de sabotage visant les réseaux télécoms, électriques et autres infrastructures essentielles, le gouvernement a annoncé le renforcement immédiat des contrôles douaniers et l’ouverture d’enquêtes destinées à identifier auteurs, receleurs et éventuels opérateurs économiques impliqués.
Le signal est clair, le cuivre volé ne devra plus pouvoir sortir du pays sous couvert d’une activité commerciale ordinaire.
Le dossier a pris une nouvelle ampleur le 26 août 2026, lorsque le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a réuni à Libreville les acteurs du recyclage et de la valorisation des métaux ferreux et non ferreux, en présence du ministre de l’Économie Thierry Minko et du directeur général des Douanes. Des entreprises implantées notamment dans la zone d’investissement spéciale de Nkok ont été directement interpellées sur leurs obligations de vigilance.
L’exécutif considère désormais le phénomène comme un problème de sécurité économique. Le cuivre, particulièrement recherché pour sa valeur sur les marchés, est devenu une cible privilégiée de réseaux qui prélèvent les câbles directement sur des infrastructures en fonctionnement. Le préjudice ne se limite donc plus à quelques mètres de métal disparus. Chaque câble arraché peut provoquer une interruption de connexion, une panne électrique ou perturber le fonctionnement d’une infrastructure essentielle.
Le trafic ne s’arrête pas au voleur
C’est probablement le changement le plus important annoncé par les autorités. Le gouvernement entend remonter la filière jusqu’aux intermédiaires qui achètent, stockent, revendent ou exportent les matériaux d’origine frauduleuse. Hermann Immongault a explicitement averti les opérateurs et commissionnaires susceptibles de participer à ces circuits qu’ils s’exposeraient à des poursuites judiciaires.
Cette stratégie répond à la logique économique du trafic. Tant qu’un câble volé peut être facilement revendu, le vol conserve une valeur pour les réseaux criminels. Réduire cette valeur suppose donc de fermer les débouchés. C’est pourquoi les Douanes ont reçu instruction de renforcer, voire de systématiser, l’inspection des conteneurs destinés à l’exportation.
L’objectif est double. Empêcher la sortie de matériaux potentiellement volés et identifier les circuits commerciaux susceptibles de servir de relais au trafic. Cette dimension est essentielle, car elle déplace l’action publique d’une logique de réaction vers une logique de perturbation du marché clandestin.
Le gouvernement a également annoncé une enquête pour identifier les auteurs et les receleurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers. Les personnes reconnues coupables s’exposeraient à des sanctions pénales.
Des dégâts qui dépassent le cuivre
Le phénomène prend une dimension particulièrement sensible parce qu’il frappe des infrastructures dont dépend directement l’économie. Les récents incidents sur les réseaux télécoms ont illustré cette vulnérabilité. Le 24 août, une coupure de fibre optique sur le backbone national avait notamment perturbé les services voix et internet dans plusieurs provinces, même si tous les incidents réseau ne sont pas imputables au vol de cuivre.
Le cuivre volé devient ainsi un problème de continuité économique. Pour les entreprises, une interruption de télécommunications peut ralentir les paiements, les échanges de données, la logistique ou la relation avec les clients. Pour l’administration, elle peut perturber des services publics. Pour les particuliers, elle signifie souvent une panne de connexion ou d’électricité.
La réponse annoncée devra donc dépasser la seule surveillance des dépôts de métaux. Elle suppose une traçabilité plus rigoureuse des matières recyclées, une coopération entre opérateurs d’infrastructures, forces de sécurité, Douanes, justice et professionnels du secteur, ainsi que des mécanismes permettant de vérifier l’origine des lots commercialisés.
Le rendez-vous du 26 août marque à cet égard un changement de ton. Le gouvernement ne présente plus le trafic comme une série de vols isolés, mais comme une chaîne économique organisée qu’il faut désarticuler. C’est une distinction fondamentale. On ne protège pas durablement une infrastructure stratégique en poursuivant uniquement celui qui coupe le câble. Il faut aussi rendre économiquement et juridiquement beaucoup plus difficile la revente du câble coupé.
Le Gabon se trouve ainsi devant un test de souveraineté économique. La protection de ses réseaux ne peut être abandonnée aux seuls techniciens qui réparent après chaque sabotage. Elle doit également passer par une surveillance du marché, une traçabilité des métaux et une justice capable de remonter jusqu’aux commanditaires et aux receleurs. La fermeté annoncée sera réellement crédible lorsque le cuivre volé cessera d’être une marchandise facile à écouler. À ce moment-là seulement, couper un câble ne sera plus une opportunité lucrative, mais le début certain d’une enquête.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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