Le REGARD veut peser dans le nouveau Gabon
Libreville, Lundi 1er Juin 2026 (Infos Gabon) – Dans un paysage politique gabonais en pleine recomposition depuis la transition ouverte en 2023, chaque mouvement de structuration partisane est désormais observé comme un indicateur de l’équilibre politique à venir.
La tenue du premier congrès extraordinaire du Rassemblement d’Éveil Gabonais pour l’Action, la Restauration et le Développement (REGARD), s’inscrit précisément dans cette dynamique.
Réuni le 30 mai à Akanda sous le thème « L’Avenir en commun », le parti fondé par Mathias Otounga Ossibadjouo a choisi de transformer cet exercice statutaire en démonstration politique. Au-delà de la mobilisation militante, cette rencontre apparaît comme une tentative de positionnement dans le nouvel échiquier national qui se dessine à l’approche des prochaines échéances électorales.
Dans une période où les formations politiques cherchent à redéfinir leur rôle, leur identité et leur influence, le REGARD entend visiblement faire entendre sa propre voix.
Le temps des repositionnements
La salle des fêtes O’Village d’Avorbam a accueilli plusieurs centaines de militants, cadres et délégués venus de différentes provinces du pays. La présence de représentants de formations alliées, notamment Ensemble Pour le Gabon (EPG), ainsi que celle de Camelia Ntoutoume, ministre d’État chargée de l’Éducation nationale et deuxième vice-présidente du Parti Démocratique Gabonais (PDG), a donné à l’événement une portée dépassant largement le cadre interne du parti.
Plus remarquée encore a été l’absence de représentation de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB, au pouvoir), pourtant annoncée parmi les invités. Dans le contexte actuel, où les alliances, les rapprochements et les équilibres politiques restent en constante évolution, chaque présence comme chaque absence alimente les lectures et les interprétations.
Pour le REGARD, l’objectif principal semblait toutefois ailleurs. Il s’agissait d’affirmer son existence politique dans un environnement marqué par la montée de nouvelles forces et par la redéfinition des rapports entre les partis traditionnels et les mouvements émergents.
Le diagnostic d’un pays en transition
Dans son discours d’ouverture, Mathias Otounga Ossibadjouo a choisi d’aborder frontalement plusieurs des préoccupations qui traversent aujourd’hui la société gabonaise. Emploi des jeunes, qualité du système éducatif, accès aux soins, coût de la vie ou encore crise de confiance entre citoyens et institutions ont constitué l’ossature de son intervention.
Ces thématiques ne sont pas nouvelles. Elles occupent depuis plusieurs années le centre du débat public. Mais leur évocation prend une résonance particulière dans un contexte où les attentes de la population demeurent extrêmement fortes à l’égard des réformes engagées depuis la transition.
Le président du REGARD a plaidé pour un modèle fondé sur la justice sociale, la cohésion nationale et une meilleure répartition des opportunités économiques. Son discours a également mis l’accent sur la promotion du mérite, l’inclusion des femmes, la valorisation de la jeunesse et la prise en compte des personnes âgées dans les politiques publiques.
Autant de sujets qui traduisent la volonté du parti d’occuper un espace politique centré sur les questions sociales et le développement humain.
La stabilité comme enjeu stratégique
Au-delà des problématiques nationales, le congrès a également offert une lecture plus large des défis auxquels le Gabon est confronté.
Évoquant les conflits en Ukraine, les tensions persistantes au Proche-Orient , ainsi que l’instabilité sécuritaire qui affecte plusieurs pays du Sahel, Mathias Otounga Ossibadjouo a insisté sur la nécessité de préserver la stabilité du pays.
Cette référence au contexte international n’est pas anodine. Elle traduit la prise de conscience croissante que les crises extérieures peuvent produire des conséquences économiques, sécuritaires et sociales directes sur les États africains. Dans ce contexte, le président du REGARD a défendu le dialogue, le consensus et la préservation de l’unité nationale comme conditions essentielles de la stabilité.
Un message qui rejoint l’une des préoccupations majeures des autorités depuis plusieurs années : éviter que les fractures politiques ou sociales ne fragilisent les acquis de la transition.
Une ambition dans le nouveau paysage politique
Ce premier congrès extraordinaire marque finalement une étape importante dans la maturation du parti. Au-delà des résolutions adoptées et des orientations présentées, l’événement révèle surtout la volonté du REGARD de s’installer durablement dans le débat national.
Dans un Gabon où les lignes politiques continuent de se redessiner, les formations capables de proposer une vision cohérente du développement, de la cohésion sociale et de la gouvernance auront un rôle déterminant dans les années à venir.
À Akanda, le REGARD n’a pas seulement réuni ses militants. Le parti a cherché à adresser un message plus large à l’ensemble du pays. Celui d’une formation qui entend participer activement à la construction du Gabon de l’après-transition.
Reste désormais à savoir si cette ambition politique saura se traduire en influence réelle dans un paysage national devenu plus ouvert, plus concurrentiel et plus exigeant que jamais.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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