Mali : L’or sous pression
Libreville, Vendredi 25 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le secteur minier malien entre dans une zone de turbulence qui dépasse désormais le simple conflit social. À quelques jours d’une série de grèves annoncées à partir du 28 septembre, plusieurs organisations syndicales menacent de perturber simultanément des opérations minières, des activités de soutien et une partie de l’administration chargée de superviser le secteur.
Le risque est particulièrement sensible à Loulo-Gounkoto, l’un des principaux complexes aurifères du pays, alors que sa production tente encore de retrouver son rythme après près d’un an de confrontation entre l’État et Barrick Mining.
L’alerte est d’autant plus sérieuse que le mouvement ne provient pas d’un seul foyer. Des salariés de SOMILO SA et de GOUNKOTO SA, ainsi que des personnels de Food & Events Africa, prestataire de services sur le complexe, ont déposé des préavis. Des agents de la Direction nationale de la géologie et des mines et d’autres structures administratives du secteur sont également concernés. Les revendications portent notamment sur les heures supplémentaires, les frais de mission, les avantages sociaux, les accords de travail et, pour l’administration minière, les salaires, indemnités et primes.
Une production déjà fragilisée
Les échéances annoncées donnent à cette mobilisation une portée économique immédiate. Les salariés de SOMILO et GOUNKOTO envisagent quatre jours d’arrêt, du 28 septembre au 1er octobre, tandis que les personnels de FEA prévoient cinq jours de mouvement, jusqu’au 2 octobre. Côté administration minière, un arrêt de 72 heures est annoncé du 29 septembre au 1er octobre. Des discussions restent toutefois engagées afin d’éviter le déclenchement effectif des mouvements.
Pour Bamako, le calendrier est délicat. Le complexe Loulo-Gounkoto n’a repris que progressivement ses activités après le long différend ayant opposé les autorités maliennes à Barrick. Le contrôle opérationnel avait été rendu au groupe en décembre 2025 après une période d’administration provisoire. Au premier semestre 2026, la production du complexe s’est établie à environ 190 000 onces, un niveau encore inférieur à celui enregistré avant la crise.
Une nouvelle interruption ne constituerait donc pas seulement un incident social. Elle pourrait compliquer davantage la stabilisation d’un actif essentiel au dispositif minier malien, au moment où les autorités cherchent à accroître la part de l’État dans les revenus tirés des ressources naturelles.
Le nouveau modèle minier à l’épreuve
Cette tension intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur. Depuis l’adoption du nouveau Code minier, Bamako cherche à renforcer la participation de l’État et à revoir les conditions économiques applicables aux exploitants. Le conflit avec Barrick avait précisément cristallisé plusieurs de ces enjeux, autour de la fiscalité, de l’application du nouveau cadre réglementaire et du partage de la valeur minière.
La contestation syndicale introduit désormais une autre dimension. Les revendications des travailleurs ne se confondent pas avec les différends opposant l’État aux compagnies, mais elles se développent dans le même environnement. C’est ce chevauchement qui rend la situation particulièrement sensible. Une politique visant à récupérer davantage de valeur du sous-sol doit parallèlement préserver la continuité de la production, les emplois et la stabilité des relations sociales.
L’enjeu dépasse d’ailleurs Loulo-Gounkoto. Le Mali figure parmi les grands producteurs africains d’or et son économie reste fortement exposée à la performance de cette industrie. Une perturbation prolongée affecterait les entreprises directement concernées, mais aussi les recettes publiques, les fournisseurs, les salariés et les circuits financiers liés à l’activité minière.
L’heure du dialogue économique
Le véritable test pour les autorités maliennes est donc désormais celui de la gestion du risque. Une négociation efficace doit permettre de traiter les revendications professionnelles sans les confondre avec les contentieux stratégiques qui opposent l’État aux groupes miniers. C’est précisément cette distinction qui peut empêcher qu’un différend salarial ou administratif ne se transforme en crise économique plus large.
Pour les compagnies, la question est tout aussi structurante. L’exploitation minière repose sur des investissements de long terme et exige une visibilité suffisante sur les règles, les coûts et les relations sociales. Pour l’État, la recherche d’une plus grande maîtrise des ressources nationales ne peut produire pleinement ses effets que si les opérations restent capables de fonctionner durablement.
Les prochains jours seront donc décisifs. Si un accord intervient, il devra aller au-delà d’un simple report de la grève et rétablir des mécanismes crédibles de dialogue entre entreprises, travailleurs et administration. Si le mouvement se déclenche, son ampleur et sa durée permettront de mesurer la fragilité réelle du nouveau modèle minier malien.
Le sujet n’est finalement pas seulement celui d’une grève. Il touche au cœur de la stratégie économique de Bamako. Reprendre davantage de contrôle sur l’or suppose aussi de garantir la stabilité de ceux qui l’extraient, l’administrent et font fonctionner toute la chaîne de production. C’est à cette condition que la souveraineté minière peut devenir une capacité économique durable plutôt qu’une succession de rapports de force.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : Milingui, le fer gabonais passe à l’épreuve du réel

















