Paludisme : L’Afrique veut reprendre le financement en main
Libreville, Lundi 28 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À New York, l’Afrique a posé une équation qui dépasse largement la seule question sanitaire. Pour accélérer l’élimination du paludisme, les États africains veulent désormais renforcer leurs propres financements tout en exigeant de leurs partenaires internationaux un engagement plus prévisible.
Derrière cette nouvelle orientation se joue une question essentielle pour le continent, celle de sa capacité à financer durablement ses priorités de développement sans dépendre des fluctuations de l’aide extérieure.
Réunis en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies, les dirigeants africains ont appelé à inscrire durablement la lutte contre le paludisme dans les budgets nationaux et les plans de développement. La rencontre était organisée par le président du Botswana, Duma Gideon Boko, qui préside l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme, avec la Commission de l’Union africaine et le partenariat RBM pour mettre fin au paludisme.
L’urgence est difficile à relativiser. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 282 millions de cas de paludisme ont été recensés à l’échelle mondiale en 2024, pour environ 610 000 décès. L’Afrique représentait alors 94 % des cas et 95 % des décès. Les enfants de moins de cinq ans concentraient environ trois quarts des décès dans la région africaine.
Le problème n’est pourtant plus l’absence d’outils. Vaccins, moustiquaires imprégnées, traitements préventifs et nouvelles stratégies de surveillance ont permis d’éviter des centaines de millions de cas et de nombreux décès. Mais les progrès ralentissent, tandis que la résistance aux médicaments et aux insecticides, les événements climatiques extrêmes et les crises humanitaires compliquent davantage la réponse.
Le financement devient dès lors le point de rupture. Une étude citée par ALMA et Malaria No More UK estime qu’une diminution de 30 % des financements consacrés au paludisme pourrait provoquer 146 millions de cas supplémentaires, près de 400 000 décès additionnels et une perte de 37 milliards de dollars de PIB d’ici 2030.
Une nouvelle architecture financière
Face à ce risque, les dirigeants africains défendent une transition vers un financement national plus structuré. L’objectif n’est pas de remplacer brutalement les bailleurs internationaux, mais de faire du paludisme une priorité budgétaire permanente.
Les conseils et fonds nationaux consacrés à l’élimination de la maladie apparaissent comme l’un des instruments privilégiés. Selon ALMA, quatorze mécanismes opérationnels ont déjà permis de mobiliser plus de 245 millions de dollars afin de combler des déficits de financement et de ressources.
Cette approche modifie la logique habituelle. Le paludisme ne serait plus considéré comme une urgence ponctuelle financée principalement par des programmes extérieurs, mais comme une priorité intégrée aux politiques nationales de santé, d’éducation, d’environnement, d’agriculture et d’aménagement du territoire.
Les dirigeants africains demandent parallèlement que la lutte contre le paludisme soit intégrée aux engagements sanitaires liés à l’IDA21 de la Banque mondiale et qu’un dispositif spécifique soit envisagé dans le cadre de l’IDA22. La Gambie a notamment insisté sur une réalité budgétaire incontournable. Les ressources nationales doivent progresser, mais elles ne pourront pas, à elles seules, couvrir les besoins des pays les plus vulnérables.
Produire davantage en Afrique
La stratégie défendue à New York ne se limite pas à l’argent. Elle porte aussi sur la capacité du continent à produire ses propres outils sanitaires et à développer sa recherche.
L’Afrique du Sud a annoncé vouloir renforcer la coopération transfrontalière au sein de la SADC. Le Zimbabwe et l’Angola ont affiché leur volonté de développer la production locale de moustiquaires et de médicaments. La Tanzanie a, de son côté, présenté ses travaux scientifiques sur le moustique et les technologies susceptibles de réduire sa capacité à transmettre le parasite.
Cette dimension industrielle est déterminante. Dépendre de chaînes d’approvisionnement extérieures pour les médicaments, les moustiquaires ou certains équipements expose les programmes nationaux aux tensions financières et géopolitiques. Développer des capacités africaines de recherche et de production peut donc renforcer à la fois la sécurité sanitaire et l’autonomie économique.
Le Fonds mondial, Gavi, la Fondation Gates et d’autres partenaires ont confirmé leur volonté de continuer à soutenir les programmes africains, notamment à travers le financement, la recherche et la distribution des vaccins.
L’enjeu est désormais de transformer ces engagements en système cohérent. L’OMS rappelle que le paludisme reste évitable et curable, mais les résultats dépendent de la continuité des interventions et de leur accessibilité.
L’Afrique dispose donc d’une fenêtre d’action, mais elle se referme si les financements deviennent instables. Le message envoyé depuis New York est clair. Le continent veut prendre davantage de responsabilités dans l’élimination du paludisme, sans renoncer au soutien international. La prochaine étape sera de transformer cette volonté politique en budgets nationaux, en production locale, en coopération régionale et en résultats mesurables. Car dans cette nouvelle phase, éliminer le paludisme ne sera plus seulement une question de santé publique. Ce sera aussi un test de souveraineté financière, scientifique et industrielle pour l’Afrique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : Ntoum–Cocobeach, la route change d’échelle

















