RDC : Kenge, le crash qui frappe la justice militaire congolaise
Libreville, Samedi 26 Septembre 2026 (Infos Gabon) – La République démocratique du Congo est confrontée à un drame aérien qui prend une dimension institutionnelle majeure. Le crash survenu vendredi 25 septembre à Kenge, dans la province du Kwango, a emporté deux des principales figures de la justice militaire congolaise, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des Forces armées de la RDC.
Les deux hauts magistrats revenaient d’une mission de service effectuée à Kikwit lorsqu’un appareil transportant leur délégation s’est écrasé à Kenge. Les FARDC ont confirmé leur décès et annoncé l’ouverture d’investigations pour établir les circonstances et les causes exactes de l’accident.
Le drame dépasse ainsi la seule dimension aérienne. Il touche directement l’appareil judiciaire militaire congolais au moment où celui-ci est fortement sollicité par les dossiers liés à la discipline des forces armées, aux responsabilités des hauts gradés et au contexte sécuritaire du pays. La disparition simultanée du premier président de la Haute Cour militaire et de l’auditeur général des FARDC crée un vide au sommet de deux institutions complémentaires de la justice militaire.
Un déplacement de service qui tourne au drame
Selon les informations communiquées par les autorités militaires, les deux officiers généraux effectuaient une mission à Kikwit et se trouvaient sur le trajet retour lorsque l’appareil s’est abîmé à Kenge. Les premières informations recueillies localement faisaient état d’une tentative de trouver un endroit où effectuer un atterrissage d’urgence après un problème à bord. Ces éléments restent toutefois à confirmer par l’enquête.
Les données sur le nombre exact de victimes ont également évolué au fil des heures. Le premier bilan communiqué par les autorités faisait état de 13 morts, avant que d’autres sources et documents relatifs à la mission ne fassent état d’un bilan plus élevé. Les FARDC ont finalement indiqué que douze autres membres de la délégation ainsi que les membres de l’équipage avaient péri aux côtés des deux hauts magistrats. Les investigations doivent permettre d’établir définitivement la composition des personnes présentes à bord et les circonstances du crash.
Le site de l’accident a été pris en charge par les services compétents et la Force aérienne des FARDC a été mobilisée pour les opérations liées aux victimes. Aucun élément officiel ne permet encore d’établir la cause précise de l’accident. La prudence reste donc de mise sur les circonstances techniques du drame.
Likulia, une figure centrale de la justice militaire
La disparition de Lucien-René Likulia Bakumi donne au crash une portée particulière pour l’institution judiciaire militaire. Nommé auditeur général des FARDC en mars 2021, il exerçait une fonction centrale dans le ministère public militaire et intervenait devant la Haute Cour militaire dans des procédures concernant notamment des officiers supérieurs.
Sa trajectoire était étroitement liée au droit militaire. Avant son accession à la tête de l’Auditorat général, il avait notamment exercé comme premier avocat général des Forces armées et officier du ministère public près la Haute Cour militaire. Son parcours l’avait ainsi placé au cœur du dispositif chargé de poursuivre les infractions relevant de la justice militaire.
Cette position l’avait conduit à intervenir dans plusieurs affaires sensibles. En 2025, selon les informations fournies dans le dossier, l’Auditorat général avait notamment saisi le Sénat au sujet de la levée des immunités de l’ancien président Joseph Kabila dans le cadre de poursuites engagées par la justice militaire. Likulia intervenait également dans des procédures concernant plusieurs hauts gradés des FARDC, dont les généraux Christian Tshiwewe et John Ngoy wa Kabila.
Un vide institutionnel au moment où la justice militaire est sous pression
Avec Joseph Mutombo Katalayi Tiende, c’est également le sommet de la Haute Cour militaire qui est touché. La disparition simultanée de ces deux responsables pose donc une question immédiate de continuité institutionnelle. La priorité sera désormais de préserver le fonctionnement normal des juridictions militaires et la poursuite des procédures engagées, tout en permettant aux autorités de reconstituer rapidement les responsabilités nécessaires au fonctionnement de ces institutions.
Le choc est d’autant plus important que la justice militaire occupe une place sensible dans l’architecture sécuritaire congolaise. Dans un contexte marqué par les tensions armées et par une attention accrue portée à la responsabilité des militaires, ses décisions et ses procédures sont scrutées au-delà même de la sphère judiciaire.
L’enquête sur le crash devra donc répondre à deux exigences. Établir avec précision ce qui s’est produit à Kenge et préserver la confiance dans les institutions chargées d’en tirer les conséquences. Pour les familles des victimes, il s’agit d’abord d’un drame humain. Pour l’État congolais, c’est aussi une épreuve institutionnelle qui exige transparence, rigueur et continuité. La disparition de deux magistrats militaires au sommet de l’appareil judiciaire rappelle ainsi, avec une brutalité particulière, que la solidité d’une institution se mesure aussi à sa capacité à traverser la perte de ceux qui l’incarnent.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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