Politique

Réformer sans rompre : l’équation gabonaise

Libreville, Samedi 11 Avril 2026 (Infos Gabon) – À l’heure où les équilibres économiques se redéfinissent sous pression internationale, la voix de Yves Fernand Manfoumbi tranche par sa lucidité. Pour l’ancien ministre gabonais du Budget, le débat sur les réformes ne peut plus se limiter à une opposition stérile entre souveraineté et technocratie.

Il impose une exigence plus élevée : bâtir un programme à la fois crédible, soutenable et socialement acceptable. Une ligne de crête que le Gabon ne peut plus se permettre d’ignorer.

Sortir des postures, entrer dans la responsabilité

À chaque cycle de négociations économiques, les mêmes fractures apparaissent. D’un côté, ceux qui dénoncent une intrusion extérieure dans les choix nationaux. De l’autre, une approche strictement comptable, où les chiffres semblent suffire à orienter les politiques publiques. Pour Yves Fernand Manfoumbi, cette opposition est dépassée. La réussite d’un programme repose sur un équilibre subtil : « économiquement crédible, politiquement soutenable et socialement accepté ».

Ce triptyque redéfinit les termes du débat. Il ne s’agit plus de savoir s’il faut réformer, mais comment le faire sans fragiliser les fondements de la société.

Restaurer la crédibilité par les recettes et les choix

La première urgence est connue : réduire la dépendance aux revenus pétroliers. Cela implique de renforcer les recettes non pétrolières, de moderniser l’administration fiscale et de mettre fin à des exonérations souvent inefficaces. Derrière ces mesures techniques se joue une question de souveraineté réelle : celle de ne plus subir les fluctuations des marchés internationaux.

Mais pour l’ancien ministre, l’essentiel se situe ailleurs. La crédibilité d’un État ne se mesure pas uniquement à ce qu’il prélève, mais à ce qu’il fait de ses ressources. « Chaque franc dépensé est un choix », insiste-t-il en substance. Investir dans l’énergie, les infrastructures ou la transformation productive, c’est préparer l’avenir. À l’inverse, maintenir des dépenses improductives revient à compromettre la croissance et l’emploi.

Entreprises publiques : la réforme sans tabou

Autre chantier incontournable : celui des entreprises publiques. Acteurs stratégiques, elles cristallisent souvent les contradictions de l’action publique. Pour Yves Fernand Manfoumbi, leur réforme ne doit ni être idéologique ni punitive, mais pragmatique. Transparence, discipline de gestion, obligation de résultats : des exigences minimales pour restaurer leur rôle dans le développement.

L’enjeu dépasse la simple performance économique. Il s’agit de rétablir un pacte de confiance entre l’État et les citoyens, qui financent ces structures et en attendent des retombées concrètes.

La ligne rouge sociale

C’est sans doute sur ce point que l’analyse se fait la plus ferme. Aucune réforme ne peut réussir si elle ignore la réalité sociale. Préserver les dépenses essentielles en matière d’éducation, de santé et de protection sociale n’est pas une option, mais une condition de stabilité.

Les ajustements nécessaires doivent être progressifs, expliqués et accompagnés. Car au-delà des indicateurs, ce sont des trajectoires de vie qui sont en jeu. Une réforme brutale peut déstabiliser durablement une société ; une réforme maîtrisée peut, au contraire, renforcer la cohésion nationale.

Réformer comme acte de souveraineté

Le Gabon dispose d’atouts indéniables : ressources naturelles, position stratégique, potentiel industriel. Mais leur valorisation dépend d’une vision cohérente et assumée. Pour Yves Fernand Manfoumbi, la réforme ne doit plus être perçue comme une contrainte extérieure, mais comme un choix souverain.

Réformer, dans cette perspective, devient un acte de responsabilité nationale. Non pas pour satisfaire des partenaires internationaux, mais pour construire un modèle de développement capable de concilier croissance et justice sociale.

L’équilibre ou le risque

Au fond, le message est clair : le défi n’est pas de réformer à tout prix, mais de réformer intelligemment. Trouver l’équilibre entre discipline économique et stabilité sociale, entre rigueur budgétaire et justice, entre transformation et cohésion.

Le Gabon est à un tournant. S’il réussit cette équation, il pourra poser les bases d’une croissance durable et inclusive. S’il échoue, il risque de voir les réformes se transformer en fractures.

Pour le Gabon qui s’apprête à négocier avec le Fonds Monétaire International (FMI), réformer, oui. Mais sans rompre ce qui fait la force d’une nation : sa capacité à avancer ensemble.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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