Serbie : Vučić quitte la présidence pour rester au pouvoir
Libreville, Lundi 28 Septembre 2026 (Infos Gabon) – La Serbie entre dans une séquence politique décisive. Aleksandar Vučić a annoncé dimanche 27 septembre sa démission de la présidence de la République, à moins d’un mois des élections législatives anticipées du 25 octobre.
Après près de douze années au sommet de l’exécutif, d’abord comme Premier ministre puis comme président, l’homme fort de Belgrade abandonne la fonction présidentielle pour se présenter au scrutin parlementaire sous les couleurs du Parti progressiste serbe, le SNS.
Le geste est calculé autour d’une contrainte institutionnelle autant que d’un choix politique. Élu président en 2017 puis réélu en 2022, Vučić ne peut briguer un troisième mandat. Il met donc fin à son second mandat avant son terme afin de participer à la bataille législative comme simple candidat et de pouvoir, si son camp conserve le pouvoir, viser la fonction de Premier ministre. Le président sortant affirme vouloir ainsi concourir sans bénéficier des prérogatives de la présidence.
La présidente de l’Assemblée nationale, Ana Brnabić, alliée politique de longue date de Vučić, doit assurer l’intérim. Une nouvelle élection présidentielle devra être organisée d’ici la fin décembre, selon les indications données par le chef de l’État démissionnaire.
Le calendrier électoral avait été enclenché le 9 septembre, lorsque Vučić avait dissous le Parlement et convoqué des législatives anticipées au 25 octobre sur proposition du gouvernement.
Une succession qui ne signifie pas une rupture
Dans son intervention, Vučić a défendu son bilan en mettant en avant les infrastructures, l’emploi, les investissements industriels et la baisse de la dette publique. Il a également appelé les prochaines autorités à préserver la stabilité du pays et à poursuivre les investissements dans l’innovation, l’intelligence artificielle, la robotique et l’éducation.
Mais son départ de la présidence ne signifie pas son retrait de la vie politique. C’est précisément le paradoxe de cette démission. Le poste change, tandis que l’homme qui domine la scène politique serbe depuis 2012 cherche à conserver un rôle central dans l’exécutif. Le Premier ministre dispose formellement de pouvoirs importants en Serbie et Vučić pourrait donc continuer à peser directement sur les grandes orientations du pays s’il accède à cette fonction.
Cette recomposition intervient surtout dans un climat intérieur fortement tendu.
Depuis novembre 2024, la Serbie connaît un mouvement de contestation d’une ampleur exceptionnelle, né après l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad qui avait tué 16 personnes. Portée notamment par les étudiants, la mobilisation s’est progressivement transformée en contestation politique plus large, avec des revendications portant sur la transparence, la responsabilité des autorités et la lutte contre la corruption. Le pouvoir rejette les accusations formulées contre lui.
Le 25 octobre comme moment de vérité
L’élection législative prendra donc une dimension qui dépasse la seule formation du prochain gouvernement. Elle permettra de mesurer le rapport de forces entre le camp de Vučić, les forces d’opposition et le mouvement étudiant qui a décidé de transformer la contestation de rue en bataille électorale. La liste soutenue par les étudiants rassemble notamment des universitaires et des professionnels et place la lutte contre la corruption et les ingérences politiques au centre de son discours.
Pour la Serbie, les conséquences dépassent également les frontières nationales. Belgrade joue un rôle important dans les équilibres des Balkans occidentaux, notamment dans ses relations avec le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine et les autres États de la région. Le pays reste par ailleurs engagé dans le processus d’adhésion à l’Union européenne, alors que ses relations avec la Russie et sa politique à l’égard de la guerre en Ukraine constituent des sujets sensibles pour ses partenaires européens.
La démission de Vučić ne clôt donc pas la crise politique serbe. Elle en déplace le centre de gravité. La véritable question du 25 octobre sera moins de savoir qui occupe momentanément la présidence que de déterminer si le système politique construit autour de Vučić conserve sa capacité à gouverner après son changement de fonction.
La Serbie ouvre ainsi une période où la continuité du pouvoir et la demande de changement vont se confronter directement dans les urnes. Le scrutin du 25 octobre constituera la première grande mesure de cette recomposition, avant une présidentielle qui devra, elle aussi, redéfinir les équilibres institutionnels du pays.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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