TICAD 9 : L’Afrique, nouveau champ de bataille des puissances mondiales
Libreville, Jeudi 21 août 2025 (Infos Gabon) – Entre ambitions japonaises et réalités multipolaires, l’Afrique se retouve au milieu.
À Tokyo, l’événement parallèle organisé par ATIDI, MUFG et NEXI en marge de la TICAD 9 a rappelé une évidence : l’Afrique est désormais au cœur des rivalités stratégiques mondiales. Mais à l’heure où le Japon veut renforcer sa présence économique, il doit composer avec une concurrence féroce, “Chine, États-Unis, Russie, Inde” et avec l’émergence de puissances africaines régionales décidées à peser dans ce grand jeu.
Chine et États-Unis : les deux géants déjà en place
La Chine reste l’acteur le plus visible : routes, barrages, ports, stades… Pékin finance et construit à une vitesse qui impressionne les opinions publiques. Les États-Unis, eux, privilégient la sécurité, les énergies et les investissements privés via l’initiative Prosper Africa. Washington mise sur la diplomatie de l’alliance, avec en toile de fond la compétition avec la Chine.
Russie et Inde : des stratégies différenciées
La Russie, depuis le début de la guerre en Ukraine, a intensifié ses relations avec plusieurs pays africains en jouant la carte militaire et sécuritaire. Les accords avec le Mali, le Burkina Faso ou la Centrafrique illustrent ce retour, qui s’accompagne aussi d’accords sur les engrais et l’énergie.
L’Inde, de son côté, avance plus discrètement mais efficacement. Forte de sa diaspora et de ses relations historiques avec l’Afrique de l’Est, elle investit dans les télécoms, l’éducation et la pharmacie. New Delhi mise sur la proximité culturelle et la coopération Sud-Sud.
Le Japon : un acteur fiable mais prudent
Dans ce contexte, le Japon veut se distinguer par une image : celle d’un partenaire sérieux, respectueux de la souveraineté et soucieux de la qualité des infrastructures. Le projet Safaricom Ethiopia, soutenu par ATIDI et NEXI, en est un exemple phare. Mais Tokyo est encore perçu comme trop lent, trop frileux dans ses engagements financiers, surtout face à la Chine ou aux pays du Golfe capables de débloquer des fonds massifs en un temps record.
Les nouvelles ambitions africaines
Face à cette compétition internationale, les grandes puissances africaines entendent aussi faire entendre leur voix.
L’Afrique du Sud se pose en leader continental via les BRICS et comme interlocuteur incontournable des puissances émergentes. L’Égypte, arrimée au Moyen-Orient et à l’Afrique, mise sur son poids démographique et sa diplomatie active. Le Maroc, fort de sa stabilité et de ses succès économiques, s’affirme comme un hub incontournable pour l’Afrique de l’Ouest et du Nord.
Ces acteurs ne veulent plus être seulement des « bénéficiaires » mais des co-décideurs, capables d’orienter les investissements et de bâtir leurs propres alliances stratégiques.
Une Afrique devenue espace de rivalités globales
La TICAD 9 s’inscrit donc dans une bataille beaucoup plus large. L’Afrique, forte de ses ressources naturelles, de son potentiel démographique et de ses besoins en infrastructures, est devenue un terrain de projection des puissances mondiales. Mais contrairement au passé, le continent est désormais en position de négocier, de comparer les offres et de jouer la concurrence.
L’heure des choix
Pour le Japon, l’enjeu est simple : soit il accélère son engagement, multiplie les projets concrets et gagne la confiance des gouvernements africains, soit il restera un partenaire secondaire face à la Chine, aux États-Unis ou aux nouvelles alliances russo-africaines et indo-africaines.
Mais l’Afrique, elle, a changé de posture. Entre leaders régionaux affirmés et stratégie de diversification des partenaires, le continent n’attend plus des promesses, mais des investissements qui changent réellement la vie.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
Copyright Infos Gabon

















