Economie Environnement

Gabon : vers une réforme de la fiscalité forestière pour garantir la traçabilité et maximiser les recettes publiques

Libreville, Vendredi 17 Octobre 2025 (Infos Gabon) – Le gouvernement gabonais veut remettre de l’ordre dans la gestion des revenus issus du bois. Dans un contexte marqué par la relance économique et la lutte contre les pertes fiscales, le ministre des Eaux et Forêts, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, a réuni ce vendredi à Libreville les principaux responsables de la fiscalité nationale, notamment Économie, Impôts, Douanes, Forêts et Industrie, pour lancer une vaste réforme de la fiscalité forestière.

L’objectif visé est de renforcer la transparence, garantir la traçabilité des recettes et assurer un financement durable des politiques publiques liées à la forêt et à la biodiversité.

Une filière stratégique au cœur de l’économie nationale

Le secteur forêt-bois demeure l’un des piliers économiques du Gabon. Il représente près de 60 % des exportations hors pétrole, tout en constituant un réservoir d’emplois directs et indirects considérable.

Pourtant, les recettes fiscales tirées de cette richesse naturelle restent en deçà du potentiel réel. Manque de traçabilité, paiements irréguliers, fraude sur les volumes exploités et lenteur administrative ont longtemps fragilisé la gouvernance forestière.

« La transparence des recettes est indispensable pour financer la gestion durable de nos forêts, la préservation de la biodiversité et la mise en œuvre du plan de gestion du conflit Homme-Faune », a souligné Maurice Ntossui Allogo à l’issue de la rencontre.

Une Commission mixte pour renforcer le contrôle fiscal

Pour inverser la tendance, le ministère des Eaux et Forêts entend mettre en place une Commission mixte permanente regroupant la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), la Direction générale des forêts (DGF) et la Direction générale des impôts (DGI). Cette nouvelle structure sera chargée de superviser et garantir le paiement régulier des principales taxes du secteur, notamment la taxe de superficie et la redevance de fermage.

En clair, il s’agit de croiser les informations fiscales et forestières, afin d’éviter les pertes de recettes et de s’assurer que chaque mètre cube de bois exploité contribue effectivement aux caisses de l’État. Cette approche intégrée devrait aussi permettre d’identifier les écarts entre les déclarations des opérateurs et les volumes réellement exportés.

Transparence et développement durable : un tandem nécessaire

Cette initiative s’inscrit dans la logique de la traçabilité environnementale prônée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui fait de la gestion durable du patrimoine forestier un axe central de sa politique économique et écologique. Elle rejoint également les recommandations de plusieurs partenaires techniques, dont la Banque mondiale et l’Union européenne, qui soutiennent la mise en œuvre d’un système national de contrôle numérique des flux forestiers.

Au-delà de la dimension fiscale, cette réforme vise à renforcer la crédibilité du Gabon sur la scène internationale en matière de lutte contre l’exploitation illégale du bois et de préservation des forêts tropicales, lesquelles couvrent plus de 85 % du territoire national.

Un enjeu écologique et social majeur

Le ministère relie aussi cette réforme à la gestion du conflit Homme-Faune, devenu un défi croissant dans plusieurs provinces. Les recettes mieux contrôlées permettront, selon Maurice Ntossui Allogo, de financer durablement les programmes d’indemnisation des victimes, de protéger les zones agricoles menacées et de développer des infrastructures de coexistence pacifique entre les populations et la faune sauvage.

« Il n’y aura pas de politique forestière efficace sans une fiscalité juste, transparente et traçable », a insisté le ministre, rappelant que la forêt gabonaise doit être « un moteur de développement, pas une source de tension ».

Une étape clé dans la moralisation de la gestion publique

Cette rencontre interministérielle marque ainsi une étape décisive dans la réforme de la gouvernance forestière engagée par le gouvernement. L’enjeu est double : assainir les circuits financiers et restaurer la confiance entre l’État, les exploitants et les partenaires internationaux.

Si elle est appliquée avec rigueur, la réforme pourrait générer plusieurs dizaines de milliards de francs CFA supplémentaires chaque année et contribuer à financer les ambitions nationales en matière d’industrialisation, d’environnement et de développement local.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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