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Washington scelle la paix entre Kigali et Kinshasa : un accord historique qui renvoie les dirigeants africains face à leurs responsabilités

Libreville, Samedi 6 Décembre 2025 (Infos Gabon) – Parfois, l’histoire avance dans le silence gêné d’une poignée de main évitée. Jeudi 4 décembre 2025, à Washington, Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont apposé leurs signatures au bas d’un accord de paix censé tourner une page de trois décennies de tensions meurtrières entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda.

Un accord obtenu sous la médiation du président américain Donald Trump. Une image forte, mais une image inachevée, tant les combats se poursuivent encore à l’Est du Congo, rappelant la fragilité d’un geste attendu depuis longtemps.

Une paix signée, mais pas encore gagnée

Un an après l’échec de la rencontre de Luanda, les deux dirigeants se sont montrés mesurés. « Nous sommes vigilants, mais pas pessimistes », a déclaré Félix Tshisekedi. Paul Kagame, lui, a assumé sa part de responsabilité collective : « Si cet accord échoue, ce sera de notre faute. C’est à nous, Africains, de consolider cette paix. »

Les termes de l’accord, déjà longuement discutés, s’articulent en trois volets : un cessez-le-feu permanent et un engagement mutuel à désarmer les groupes armés ; un cadre d’intégration économique destiné à rendre transparentes les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, au cœur des tensions régionales ; deux accords bilatéraux avec Washington, fondés selon Donald Trump sur l’idée que « tout le monde va gagner beaucoup d’argent » dans une région qualifiée de « terre magnifique, immensément riche ».

Une vision économique pragmatique, qui admet ouvertement que la paix est le meilleur terrain des affaires. Trump ne s’en cache d’ailleurs pas : la FIFA vient de lui remettre son premier « prix de la paix », et le président américain semble déterminé à capitaliser sur ce rôle de médiateur global.

Mais la question demeure : que feront maintenant les Africains ?

Car si Washington a servi de décor prestigieux, l’avenir de cet accord repose ailleurs : à Kinshasa, à Kigali, à Addis-Abeba, à Johannesburg, à Libreville. Bref, entre les mains des dirigeants africains eux-mêmes.

Le continent peut-il durablement confier à l’étranger le soin de résoudre ce qui relève d’abord de sa propre souveraineté, de sa dignité et de sa responsabilité historique ? Peut-il accepter que ce soient toujours des puissances extérieures (États-Unis hier, Europe aujourd’hui, peut-être Chine demain) qui organisent la paix sur son sol ?

L’Afrique ne peut pas se développer sous les bombes

Regardons le monde tel qu’il évolue : Aux États-Unis, Elon Musk, Donald Trump et d’autres façonnent une bataille technologique planétaire : fusées réutilisables, robots, logiciels avancés, satellites, intelligence artificielle. En Chine, en Inde, En Russie, en Corée du Sud, au Japon, on construit les infrastructures, les avions, les voitures, les smartphones et les technologies que les Africains consomment mais ne produisent pas.

Et pendant ce temps, à l’Est de la RDC, les mêmes armes, fabriquées ailleurs, continuent de tuer pour des minerais qui enrichissent l’industrie mondiale, mais appauvrissent les populations locales. Ce paradoxe porte un nom : le « Génocost », crime silencieux qui se nourrit du chaos organisé.

Comment parler de développement, de transformation numérique, d’industrialisation ou de souveraineté économique quand des États frères s’épuisent dans des conflits dont personne ne sort jamais gagnant ?

Le temps perdu dans les guerres est irrécupérable

Chaque balle tirée est un enfant non scolarisé. Chaque village incendié est une usine qui ne verra jamais le jour. Chaque déplacé interne est un citoyen arraché à son avenir. Chaque guerre interne ou régionale retarde l’Afrique de dix années, au moins.

Et c’est ici que les dirigeants africains sont interpellés. Où est l’Union africaine ? Où est la CEEAC ? Où est la SADC ? Où sont les États voisins ?

Comment expliquer que deux chefs d’État africains, dirigeants de nations souveraines, aient dû traverser l’Atlantique pour signer un accord de paix ? Comment justifier que le leadership régional soit si absent qu’un président étranger, fût-il influent, apparaisse comme l’unique médiateur crédible ?

La question dérange, mais elle doit être posée : Faut-il que Donald Trump aspire au prix Nobel de la paix pour que l’Afrique espère la stabilité ? Et les dirigeants africains, eux, n’aspirent-ils à rien de plus grand ?

L’Afrique mérite mieux que des guerres intestines

Ce continent, riche de minerais, d’intelligence, d’énergie, de culture, de jeunesse et de potentiel économique, ne peut pas rester le théâtre de conflits qui donnent raison à ceux qui disent encore que « l’Africain n’est pas entré dans l’Histoire ».

Une phrase injuste, mais alimentée par chaque guerre, chaque coup d’État, chaque dérive tribale, chaque logique de clan. Il est temps que les dirigeants africains démontrent que cette phrase appartient définitivement au passé.

Alors, que feront-ils maintenant ?

Cet accord de Washington n’est pas une solution. C’est un test.
Un miroir. Une dernière chance, peut-être, pour montrer que l’Afrique peut écrire son propre destin sans attendre que les puissances extérieures dictent la marche à suivre.

Les dirigeants africains ont désormais le choix : laisser ce texte rejoindre la longue liste des accords oubliés ; ou le transformer en acte fondateur d’une nouvelle ère, où la paix n’est plus étrangère, où les ressources profitent aux peuples et où le continent cesse enfin de perdre du temps dans des combats anciens.

L’histoire retiendra ce qu’ils décideront. Et l’Afrique, elle, n’a plus le temps d’attendre.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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