Gabon : Milingui, le pari du fer pour réveiller la Nyanga
Libreville, Samedi 11 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Dans le sud-ouest du Gabon, à une soixantaine de kilomètres de Tchibanga, un gisement longtemps resté silencieux s’apprête à entrer dans une nouvelle histoire.
Après plusieurs décennies de promesses inabouties, le projet d’exploitation du minerai de fer de Milingui semble désormais s’engager sur la voie de la concrétisation, avec l’ambition affichée de devenir l’un des moteurs de la transformation économique de la province de la Nyanga.
Pour cette région riche en ressources naturelles mais longtemps confrontée à un déficit d’investissements structurants, le démarrage annoncé des opérations minières dépasse largement le cadre d’un simple projet industriel. Il représente l’espoir d’une nouvelle dynamique économique, susceptible de créer des emplois, d’améliorer les infrastructures et de repositionner la Nyanga dans la géographie du développement gabonais.
Dans un contexte où le Gabon cherche à diversifier son économie au-delà des hydrocarbures et du manganèse, Milingui apparaît comme l’une des pièces majeures de la stratégie nationale de valorisation des ressources minières.
Un gisement stratégique longtemps resté inexploité
L’histoire de Milingui remonte aux premières grandes campagnes de prospection minière engagées au Gabon au milieu du siècle dernier.
Découvert dans les années cinquante, le gisement avait suscité très tôt l’intérêt des spécialistes en raison de l’importance de ses réserves et de la qualité de son minerai. Une première tentative d’exploitation avait été lancée en 1958 sans toutefois déboucher sur une activité industrielle durable.
Pendant plusieurs décennies, le potentiel du site est resté largement inexploité malgré les nombreuses études réalisées par les services spécialisés en recherche géologique.
Selon les estimations disponibles, les réserves du gisement atteindraient près de 500 millions de tonnes de minerai de fer, faisant de Milingui l’un des plus importants gisements du pays et l’un des projets miniers les plus prometteurs d’Afrique centrale.
Dans sa phase initiale, la société Havillah Mining, bénéficiaire de la convention d’exploitation signée le 15 mai 2026, prévoit l’extraction prioritaire de 35 millions de tonnes de minerai à haute teneur. Le lancement effectif de la production est annoncé pour novembre 2026.
Une opportunité économique pour la Nyanga
Au-delà des chiffres, le projet est perçu localement comme un levier majeur de développement territorial. La province de la Nyanga, malgré ses importantes ressources naturelles, est souvent considérée comme l’une des régions ayant le moins bénéficié des grandes vagues d’investissements industriels observées ailleurs dans le pays.
L’arrivée d’un projet minier de cette ampleur pourrait profondément modifier cette réalité. Les responsables du projet évoquent déjà la création de plusieurs centaines d’emplois directs et indirects dans les domaines de l’exploitation minière, du transport, de la logistique, de la maintenance, de la restauration, de la sécurité et des services.
La mise en place des infrastructures nécessaires au fonctionnement du site devrait également générer une activité économique importante pour les entreprises locales. La construction des bases de vie, des stations de traitement du minerai, des installations énergétiques, des voies d’accès et des équipements logistiques pourrait constituer un puissant facteur d’entraînement pour l’économie régionale.
Conscient de ces enjeux, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, s’est récemment rendu sur le site afin d’évaluer l’état d’avancement des préparatifs techniques et logistiques. Cette visite a notamment permis d’inspecter les futures implantations destinées à accueillir les principales infrastructures industrielles du projet.
Le test de la nouvelle politique minière gabonaise
Le dossier Milingui s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir du secteur extractif gabonais. Depuis plusieurs années, le pays cherche à faire évoluer son modèle minier afin que les ressources naturelles produisent davantage de valeur ajoutée locale et de retombées sociales pour les populations.
La question ne se limite plus à l’extraction des matières premières mais concerne désormais leur transformation, la création d’emplois qualifiés, le transfert de compétences et l’aménagement des territoires concernés.
Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait du développement des grands projets structurants un axe central de sa stratégie économique. Lors de sa tournée républicaine dans la Nyanga au début de la Transition, il avait déjà identifié Milingui comme l’un des projets prioritaires susceptibles d’accélérer la transformation de la province.
Trois ans plus tard, les premières étapes opérationnelles semblent confirmer cette orientation. Mais l’histoire des industries extractives en Afrique rappelle également qu’un gisement ne devient un moteur de développement que lorsque ses bénéfices profitent durablement aux territoires qui l’accueillent.
La création d’emplois locaux, la formation des compétences nationales, la protection de l’environnement et le développement des infrastructures seront donc les véritables indicateurs du succès de Milingui. Car au-delà des centaines de millions de tonnes de minerai enfouies sous les terres de la Nyanga, c’est peut-être une autre richesse que le projet devra démontrer sa capacité à extraire.
Celle du développement économique partagé, de la transformation territoriale et de l’espoir retrouvé pour toute une région longtemps restée à l’écart des grands investissements nationaux.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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