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Gabon – Crise sociale à l’audiovisuel public : la télévision nationale à l’arrêt, un signal d’alarme pour l’État

Libreville, Vendredi 23 Janvier 2026 (Infos Gabon) – La contestation sociale gagne un nouveau bastion stratégique. Depuis le jeudi 22 janvier 2026, les médias publics gabonais tournent au ralenti. Gabon 1ère et Radio Gabon fonctionnent en service minimum, conséquence directe d’une grève générale illimitée déclenchée par les agents de l’audiovisuel public.

Journaux télévisés abrégés, programmes réduits aux seules tranches matinales et du début d’après-midi, grilles profondément désorganisées : la voix officielle de l’État donne désormais l’image d’un service public fragilisé, au moment même où le pays traverse une séquence politique et sociale sensible.

Un malaise ancien, des revendications persistantes

À l’origine du mouvement, le Syndicat national des professionnels de la communication du Gabon (Syprocom) pointe une accumulation de dossiers restés sans réponse. Parmi les principales revendications figurent : l’adoption d’un statut particulier des communicants, longtemps promis mais jamais concrétisé ; le paiement effectif de la Redevance de l’audiovisuel et de la communication (RAC) ; la revalorisation des subventions publiques ; ainsi que la régularisation de primes jugées injustement suspendues.

Pour les agents, ces revendications ne relèvent plus de la négociation ordinaire, mais d’une reconnaissance institutionnelle de leur rôle dans la vie démocratique.

Dialogue rompu malgré une médiation ministérielle

Une tentative de désamorçage du conflit avait pourtant été engagée avec le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow. Mais faute d’avancées concrètes, la rencontre n’a pas permis d’éviter le déclenchement de la grève.

Le Syprocom dénonce un dialogue jugé insuffisant, estimant que les engagements verbaux ne peuvent plus tenir lieu de solutions. « Trop de promesses, trop peu d’actes », résume un agent sous couvert d’anonymat.

Une première depuis la transition politique

Le mouvement revêt une portée symbolique forte : il s’agit de la première grève d’ampleur au sein de l’audiovisuel public depuis la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba, le 30 août 2023. Pour de nombreux observateurs, cette mobilisation illustre les limites des réformes engagées depuis la transition, notamment dans les secteurs clés de l’administration publique.

Les grévistes parlent d’un « ras-le-bol général », nourri par des années de précarité et par le sentiment d’être relégués au second plan des priorités gouvernementales.

Un service public stratégique sous tension

Au-delà des revendications corporatistes, la paralysie de la télévision et de la radio nationales pose une question de fond : peut-on durablement fragiliser un outil aussi stratégique que l’audiovisuel public sans en payer le prix politique et institutionnel ?

Dans un contexte marqué par des réformes, des tensions sociales dans l’éducation et l’énergie, et une attente forte de transparence, l’affaiblissement de la communication publique risque d’accentuer la défiance des citoyens.

Un test pour la gouvernance sociale

Les agents se disent déterminés à maintenir le mouvement tant que des réponses claires ne seront pas apportées. Pour les autorités, l’enjeu dépasse la simple résolution d’un conflit sectoriel : il s’agit de restaurer la confiance, d’éviter l’enlisement et de démontrer que le dialogue social reste un pilier de la gouvernance post-transition.

À défaut, la crise de l’audiovisuel public pourrait devenir le symbole d’un malaise plus profond, révélateur des fragilités persistantes de l’État face aux attentes sociales.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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