L’Afrique sous pression
Libreville, Lundi 6 Avril 2026 (Infos Gabon) – Le conflit qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran ne se limite plus à un affrontement régional. Il s’étend désormais en un choc géopolitique global dont les effets se font déjà sentir bien au-delà du Moyen-Orient.
Entre l’escalade militaire, les tensions autour du Liban et de plusieurs pays du Golfe, et la fragilité stratégique du détroit d’Ormuz, c’est l’équilibre énergétique mondial qui vacille. Et avec lui, une partie de l’économie africaine.
Dans ce contexte, les grandes institutions internationales tirent la sonnette d’alarme. La Banque africaine de développement (BAD), la Commission de l’Union africaine (CUA), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique ont conjointement analysé, à l’occasion de la 58ème session de la Commission économique pour l’Afrique qui s’est tenue du 28 mars au 3 avril à Tanger (Maoc), les effets de cette nouvelle vague d’instabilité. Leur constat est sans détour : l’Afrique est en première ligne d’un choc qu’elle ne contrôle pas.
Les chiffres confirment cette vulnérabilité. Vingt-neuf monnaies africaines se sont déjà dépréciées, entraînant une hausse mécanique du coût du service de la dette extérieure et une flambée des importations essentielles, notamment les denrées alimentaires, le carburant et les engrais. Dans le même temps, la hausse de plus de 50 % des prix mondiaux du pétrole depuis la fin mars agit comme un multiplicateur de crise sur des économies déjà fragilisées.
Au cœur de cette dynamique, le détroit d’Ormuz joue un rôle central. Point névralgique du commerce mondial de l’énergie, il est désormais au centre des tensions, avec des risques de blocage ou de perturbation évoqués dans un climat de confrontation directe entre puissances régionales et internationales. Cette incertitude alimente une volatilité qui dépasse largement le champ militaire pour se transformer en choc économique global.
Mais l’Afrique n’est pas seulement spectatrice. Elle est directement impactée dans ses équilibres internes. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement en provenance du Golfe limitent l’accès à des intrants agricoles essentiels comme l’ammoniac et l’urée, au moment critique des semis. Cette situation menace la production agricole et accentue les risques d’insécurité alimentaire, notamment pour les ménages les plus vulnérables et les économies fortement dépendantes des importations.
Pour Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, cette escalade « aggrave l’instabilité mondiale avec de sérieuses répercussions sur les marchés de l’énergie et la sécurité alimentaire ». Le diagnostic est partagé par les agences onusiennes, qui soulignent la vitesse inédite de propagation de ces chocs, laissant peu de marge d’adaptation aux économies africaines.
Au-delà du constat, les institutions appellent à une réponse structurée autour de trois horizons. À court terme, il s’agit de stabiliser les approvisionnements en carburant, en nourriture et en engrais, afin de protéger les ménages. À moyen terme, les priorités portent sur le renforcement de la sécurité énergétique, l’intégration commerciale via la ZLECAf et la protection sociale ciblée. À long terme enfin, les experts plaident pour une transformation profonde fondée sur la mobilisation des ressources internes et la mise en place de mécanismes africains de stabilité financière.
Pour Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement, l’enjeu dépasse la simple gestion de crise : il s’agit de « passer de la réaction à la résilience ». Une formule qui résume un basculement stratégique majeur. L’Afrique, régulièrement exposée aux chocs externes, est désormais confrontée à une urgence structurelle : financer elle-même son avenir et réduire sa dépendance aux fluctuations mondiales.
Dans cette perspective, le conflit du Moyen-Orient agit comme un révélateur brutal. Il met en lumière la fragilité des économies africaines face aux tensions énergétiques globales, mais aussi l’urgence d’accélérer l’intégration régionale et les mécanismes de souveraineté économique. Car au-delà de la crise actuelle, c’est bien la capacité du continent à anticiper les chocs futurs qui est en jeu.
Reste une question centrale : l’Afrique parviendra-t-elle à transformer cette nouvelle onde de choc en accélérateur de souveraineté économique, ou restera-t-elle une variable d’ajustement des crises qu’elle ne produit pas ?
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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