Gabon : le pari du poulet local
Libreville, Lundi 13 Avril 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon à l’heure de la souveraineté alimentaire. À Port-Gentil, capitale économique du Gabon, le débat sur l’avenir ne se joue plus seulement autour du pétrole. Il se joue aussi dans les fermes, les poulaillers et les exploitations maraîchères.
En première ligne, le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, venu porter un message clair : d’ici janvier 2027, le pays devra tourner le dos aux importations de poulets de chair. Un objectif ambitieux, presque risqué, mais devenu central dans la stratégie nationale.
Un tournant politique : produire ce que l’on consomme
Cette tournée ministérielle, menée dans le sillage du déplacement du président Brice Clotaire Oligui Nguema dans la province de l’Ogooué-Maritime, marque une inflexion majeure : celle d’un État qui veut faire de l’agriculture un pilier de souveraineté, au même titre que le secteur énergétique.
Sur le terrain, le constat est sans ambiguïté. Le Gabon importe encore massivement des produits alimentaires, dont le poulet, pourtant facilement produisible localement. En annonçant l’interdiction des importations à l’horizon 2027, les autorités prennent un pari économique, mais aussi politique : celui de contraindre la production nationale à se structurer rapidement.
« L’État met en place le cadre, mais le moteur reste le secteur privé », martèle le ministre. Une ligne assumée, qui renvoie les producteurs à leur responsabilité tout en leur promettant un accompagnement renforcé.
Des initiatives locales prometteuses mais fragiles
Dans les exploitations visitées, les signes d’espoir existent. À l’image de la ferme Blévifarm, portée par l’entrepreneur Alioune Diop, qui produit déjà plusieurs tonnes de poulets de chair par an et plus d’un millier d’œufs quotidiennement.
Mais derrière ces performances, les limites apparaissent rapidement : pénurie d’aliments pour bétail, difficultés d’approvisionnement en poussins, manque de main-d’œuvre qualifiée. Autant de freins qui empêchent le passage à une production industrielle capable de répondre à la demande nationale.
À cela s’ajoutent des contraintes naturelles, notamment la faible fertilité des sols sablonneux de l’Ogooué-Maritime. Pour y répondre, le gouvernement mise sur des solutions alternatives, comme l’utilisation d’engrais organiques issus du recyclage des déchets ménagers ou la mécanisation accrue grâce à la mise à disposition de tracteurs.
Former, structurer, investir : les clés d’un succès incertain
Au-delà des annonces, le défi est systémique. Produire localement à grande échelle suppose une transformation en profondeur du monde rural : formation des jeunes, accès au financement, organisation des filières, sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Le ministre insiste sur ce point : « le futur de la nation » passe par l’agriculture. Une déclaration qui vise à repositionner un secteur longtemps marginalisé dans l’imaginaire économique du pays.
L’objectif de « zéro importation » de poulets de chair d’ici 2027 impose un calendrier serré. Il oblige à accélérer là où, jusqu’ici, les progrès étaient lents.
Port-Gentil, symbole d’un basculement économique
Le choix de Port-Gentil n’est pas anodin. Ville historiquement tournée vers le pétrole, elle incarne aujourd’hui la nécessité de diversification. Faire émerger un pôle agricole dans une province pétrolière relève presque du symbole : celui d’un Gabon qui cherche à rééquilibrer son modèle économique.
Cette stratégie repose sur une conviction simple : la souveraineté alimentaire est indissociable de la souveraineté économique.
Un pari national, un test de crédibilité
Derrière le « pari du poulet » se cache en réalité un test grandeur nature pour les autorités. Réussir cette transition signifierait prouver que le Gabon peut produire ce qu’il consomme, créer des emplois locaux et réduire sa dépendance extérieure.
Mais l’échec, lui, serait tout aussi visible : pénuries, hausse des prix, mécontentement social.
Une ambition qui engage tout un pays
En lançant ce chantier, le gouvernement ne s’adresse pas seulement aux agriculteurs. Il interpelle toute une société : investisseurs, jeunes, consommateurs. Le « consommer local » devient une nécessité stratégique, plus qu’un slogan.
Le compte à rebours est lancé. Janvier 2027 approche, et avec lui une échéance qui dépasse largement la filière avicole. Car au fond, la question est simple : le Gabon est-il prêt à transformer ses ambitions en réalité ?
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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