Economie

Énergie sous tension : le bras de fer qui menace Libreville

Libreville, Mercredi 15 Avril 2026 (Infos Gabon) – Dans les coulisses du système énergétique gabonais, un conflit financier d’ampleur met à nu les fragilités structurelles d’un secteur stratégique.

Au cœur de la tempête, l’entreprise turque Karpowership réclame plus de 10 milliards de francs CFA à la Gabon Oil Company (GOC), tandis que cette dernière renvoie la responsabilité vers la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Derrière ce litige technique se dessine une crise plus profonde : celle d’un modèle énergétique sous pression, où les montages d’urgence révèlent aujourd’hui leurs limites.

Une facture de 10,8 milliards qui divise

Selon Africa Intelligence, tout part d’une créance. Le 26 février dernier, la société turque Karpowership (KPS), spécialisée dans les centrales électriques flottantes, adresse une mise en demeure à la GOC pour le paiement de 10,8 milliards de FCFA. Cette somme correspond à l’approvisionnement en fioul de ses installations opérant au large de Libreville entre février et septembre 2025.

La réponse de la GOC ne tarde pas. Par la voix de son directeur général, Marcellin Simba Ngabi, la compagnie nationale rejette catégoriquement toute responsabilité. Elle affirme n’avoir « aucune obligation légale ou statutaire » de régler cette dette, renvoyant explicitement Karpowership vers la SEEG, principale bénéficiaire de l’énergie produite.

Une ligne de défense claire, mais qui plonge l’opérateur turc dans une impasse contractuelle.

Des montages financiers qui se fissurent

Ce bras de fer n’est pas né du hasard. Il est le produit direct d’un système mis en place dans l’urgence pour éviter l’effondrement du réseau électrique national. Face aux difficultés financières chroniques de la SEEG, l’État avait sollicité la GOC pour soutenir indirectement l’exploitation des centrales flottantes.

Résultat : la compagnie pétrolière affirme avoir déjà avancé des sommes considérables, soit plus de 10 milliards de FCFA pour le fioul et près de 2 milliards pour le raccordement au gaz, qu’elle qualifie aujourd’hui de simples « avances de trésorerie ».

Mais ce montage, pensé comme une solution transitoire, se retourne désormais contre ses concepteurs. En exposant une entreprise publique comme la GOC à des obligations implicites, il révèle une gestion sous tension, où les responsabilités juridiques restent floues et contestées.

Une menace réelle sur l’approvisionnement électrique

Au-delà des échanges de courriers et des arguments juridiques, l’enjeu est concret : l’électricité de Libreville. Déjà en mars, Karpowership avait brandi une menace claire : suspendre la fourniture d’énergie en cas de non-paiement d’une dette globale estimée à 15 milliards de FCFA. Une telle décision plongerait le Grand Libreville dans une crise énergétique majeure, affectant ménages, entreprises et services publics.

Et Karpowership n’est pas seule. D’autres acteurs du secteur, comme Perenco, attendent également le règlement de leurs créances liées à l’approvisionnement en gaz. Le risque d’un effet domino est réel.

L’État face à une équation explosive

Pris entre des partenaires internationaux exigeants et des entreprises publiques fragilisées, le gouvernement gabonais se retrouve aujourd’hui au pied du mur. Il lui revient de trancher une question centrale : qui doit payer ?

Derrière cette interrogation se joue en réalité la crédibilité de tout un système. Car au-delà du règlement immédiat du litige, c’est la soutenabilité du modèle énergétique qui est en cause. Un modèle dépendant de solutions coûteuses, de contrats contraignants et de mécanismes financiers opaques.

Une crise révélatrice d’un défi structurel

Ce conflit entre Karpowership, la GOC et la SEEG dépasse largement le cadre d’un différend commercial. Il agit comme un révélateur des fragilités profondes du secteur énergétique gabonais : dépendance aux solutions d’urgence, manque de clarté contractuelle, et pression constante sur les finances publiques.

À l’heure où le pays affiche des ambitions de souveraineté énergétique, cette crise rappelle une réalité incontournable : aucune stratégie durable ne peut reposer sur des équilibres précaires.

La résolution de ce bras de fer ne sera pas seulement financière. Elle sera politique, stratégique et structurelle. Car au-delà des milliards en jeu, c’est la capacité du Gabon à garantir une énergie stable, accessible et souveraine qui est désormais testée.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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