Politique

Gabon – Libreville se réinvente : Eugène Mba aux commandes après la tempête

Libreville, Vendredi 24 avril 2026 (infos Gabon) – Une capitale sous tension, un vote décisif. Après plusieurs semaines de crise ouverte, de démissions en chaîne et de paralysie institutionnelle, la mairie de Libreville a finalement tranché.

Réunis jeudi en session extraordinaire sous haute surveillance politique et administrative, les conseillers municipaux ont élu Eugène Mba à la tête de la première collectivité du pays, tournant ainsi une page agitée de la vie locale.

Avec 149 voix sur 151 votants, ce scrutin quasi plébiscitaire marque la volonté d’en finir avec les divisions internes qui ont profondément fragilisé l’institution municipale. Soutenu par une large coalition allant de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) aux élus du Parti Démocratique gabonais (PDG), du Rassemblement Pour la patrie et la Modernité (RPM) et de l’Union nationale (UN), le nouveau maire apparaît comme l’homme du consensus dans une capitale à bout de souffle.

Un conseil municipal sous pression maximale

La séance, présidée en présence de la gouverneure de l’Estuaire, Marie Françoise Dikoumba, répondait à un impératif légal clair : constater la vacance du pouvoir municipal après la chute de l’exécutif précédent, puis organiser l’élection d’une nouvelle équipe.

Le contexte était explosif. Ces dernières semaines, la mairie avait été secouée par une crise interne sans précédent, marquée par le départ du maire sortant et la démission de l’ensemble de ses principaux adjoints. Une implosion politique alimentée par des rivalités internes au sein même de la majorité municipale dominée par l’UDB.

Dans ce climat délétère, le conseil municipal n’avait plus d’autre choix que de se recomposer rapidement pour éviter un blocage total de l’administration de la capitale.

Eugène Mba, le retour d’un homme d’expérience

Le choix d’Eugène Mba n’a rien d’anodin. Ancien maire en 2021, il connaît parfaitement les rouages de l’Hôtel de Ville. À l’époque, il avait quitté ses fonctions après seulement cinq mois, évoquant déjà « les aléas de la vie politique » et un environnement devenu difficilement gouvernable.

Son retour aujourd’hui s’inscrit dans un contexte radicalement différent : celui d’une refondation de l’État après la transition politique, avec une exigence accrue de stabilité, d’efficacité et de résultats.

Son profil, à la fois technocratique et politique, a pesé lourd. Il est désormais attendu sur des dossiers cruciaux : modernisation urbaine, assainissement, gestion des ressources humaines, mais aussi restauration de la confiance au sein d’une administration profondément fragilisée.

Une équipe recomposée pour tourner la page

Dans la foulée de son élection, le conseil municipal a procédé à la désignation d’une nouvelle équipe exécutive, marquant une rupture nette avec la précédente configuration.

Jean Jacques Kangué a été élu 1er adjoint avec 145 voix, Juste Roméo Mouyopa devient le 2ème adjoint (145 voix), Issa Malam Salatou accède au poste de 3ème adjoint (145 voix), après avoir été 4è adjoint. Tandis que Natacha Mengue Mbeng, la seule femme, est élue 4ème adjointe avec 142 voix, et Thierry Akendengue Nkolo devient 5ème adjoint avec 139 voix.

Seul rescapé de l’ancienne équipe, Andy Félix Makendey Nze Nguema, 6e adjoint, conserve son poste. Il assure d’ailleurs l’intérim administratif jusqu’à l’installation officielle de la nouvelle équipe prévue le 27 avril 2026.

Autre changement notable : à la tête du groupe UDB au conseil municipal, Léandre Nzue cède sa place à Edwige Pulchérie Andeme Obam. Une évolution stratégique qui illustre la volonté du parti majoritaire de reprendre le contrôle politique et d’éviter de nouvelles fractures internes.

Le bilan contesté du maire sortant

Avant de quitter ses fonctions, l’ancien maire Pierre Mathieu Obame Etoughe a tenu à défendre son bilan. Dans une prise de parole mesurée mais ferme, il a revendiqué plusieurs avancées : réorganisation administrative, modernisation du fichier des ressources humaines, mise en place de partenariats financiers innovants et efforts de digitalisation.

Il a également insisté sur un point clé : la gestion sans budget formel, tout en affirmant laisser une mairie sans dettes.

Un argument qui n’a pas suffi à désamorcer la fronde. Car au-delà des réalisations revendiquées, c’est bien la gouvernance et la capacité à fédérer qui ont été au cœur des critiques ayant conduit à son éviction.

Une transition sous surveillance et des échéances immédiates

La nouvelle équipe n’aura aucun état de grâce. Dès sa prise de fonction officielle, elle devra préparer une session cruciale prévue le 30 avril, consacrée à l’adoption du budget primitif 2026, point de départ indispensable pour relancer l’action municipale.

La gouverneure Marie Françoise Dikoumba a d’ailleurs appelé les nouveaux élus à « se mettre immédiatement au travail », soulignant l’urgence de rétablir le fonctionnement normal de l’institution.

Une capitale à reconstruire politiquement et concrètement

Au-delà des jeux d’alliances et des recompositions internes, cette séquence révèle une réalité plus profonde : la fragilité persistante de la gouvernance locale dans un pays engagé dans une phase de transformation nationale.

Car la crise de la mairie de Libreville n’est pas qu’une affaire politique. Elle a eu des conséquences directes sur le quotidien des populations : retards dans les services urbains, blocages administratifs, ralentissement des projets d’infrastructure.

Dans une capitale qui aspire à se hisser au rang des grandes métropoles africaines, ces dysfonctionnements pèsent lourd.

Une nouvelle page sous condition

L’élection d’Eugène Mba referme une crise, mais n’efface pas ses causes. Elle ouvre une période décisive où la stabilité politique devra impérativement se traduire en résultats concrets.

Le message envoyé par le conseil municipal est clair : plus de place pour les divisions internes, priorité à l’efficacité. Reste désormais à transformer cette volonté en action. Car à Libreville, l’urgence n’est plus politique, elle est urbaine, sociale et économique. Et cette fois, le temps des compromis devra céder la place à celui des résultats.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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