Economie

Le Gabon relance la bataille de l’autosuffisance alimentaire

Libreville, Mardi 12 Mai 2026 (Infos Gabon) – Avec la renaissance de la Station piscicole de la Peyrie, Libreville veut faire de l’aquaculture un pilier stratégique de son indépendance économique.

Au Gabon, la souveraineté alimentaire n’est plus seulement un slogan politique. Elle devient progressivement une priorité stratégique. En relançant officiellement les activités de la Station piscicole de la Peyrie, dans la province de l’Estuaire, le gouvernement gabonais envoie un signal clair. Celui selon lequel, le pays veut désormais transformer ses ressources naturelles en leviers concrets de sécurité alimentaire, de création d’emplois et de diversification économique.

La cérémonie présidée le 8 mai dernier par le ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie Bleue, Aimé Martial Massamba, marque ainsi bien plus qu’une simple réouverture administrative. Elle symbolise le retour d’un projet longtemps considéré comme l’un des instruments majeurs du développement aquacole national.

Créée en 1952, la Station piscicole de la Peyrie fait partie des infrastructures historiques de l’agriculture et de la pêche gabonaises. Pendant des décennies, elle a joué un rôle central dans la production piscicole et la formation des acteurs du secteur avant de subir un ralentissement progressif lié aux difficultés structurelles et aux conséquences de la pandémie de Covid-19.

Aujourd’hui, Libreville veut redonner à ce site une fonction stratégique dans le nouveau modèle économique que les autorités tentent de construire.

L’aquaculture, nouvel enjeu de souveraineté

La relance de la Peyrie intervient dans un contexte mondial où les questions alimentaires sont devenues des enjeux de sécurité nationale. Inflation des produits alimentaires, perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales, dépendance croissante aux importations, plusieurs États africains cherchent désormais à renforcer leur capacité de production locale afin de limiter leur vulnérabilité face aux crises extérieures.

Le Gabon n’échappe pas à cette réalité. Malgré l’importance de ses ressources hydriques et maritimes, le pays reste encore fortement dépendant des importations alimentaires, y compris dans le domaine halieutique.

La relance de la station piscicole traduit donc une volonté plus large. Celle de reconstruire progressivement une capacité nationale de production alimentaire autour de l’aquaculture. Car pour les autorités gabonaises, la pêche et l’élevage piscicole ne sont plus uniquement des secteurs traditionnels. Ils deviennent désormais des outils de souveraineté économique.

Une infrastructure historique remise au service de l’économie

Dotée de seize étangs, d’une retenue d’eau et de plusieurs bacs d’élevage couvrant près de 4 700 mètres carrés, la Station de la Peyrie dispose d’un potentiel de production significatif. Les autorités prévoient notamment la production de poissons de table destinés au marché national ainsi que de dizaines de milliers d’alevins destinés à soutenir les pisciculteurs gabonais.

Cette dimension est essentielle. Car le développement de l’aquaculture dépend largement de la capacité du pays à structurer toute la chaîne de production : approvisionnement en alevins, formation technique, accompagnement des producteurs, infrastructures de transformation et circuits de commercialisation.

La Peyrie doit précisément redevenir un centre national de référence capable de soutenir cette structuration. En parallèle de la production, la station retrouve également sa vocation de centre de formation et d’encadrement technique pour les acteurs de la filière piscicole. L’objectif est clair. Il faut professionnaliser progressivement un secteur encore insuffisamment développé malgré son potentiel économique important.

Diversifier une économie encore dépendante du pétrole

Cette relance s’inscrit directement dans la stratégie de diversification économique impulsée par les autorités gabonaises. Longtemps dépendant des revenus pétroliers, le Gabon cherche aujourd’hui à développer de nouveaux moteurs de croissance capables de soutenir durablement l’économie nationale.

L’économie bleue apparaît désormais comme l’un des axes prioritaires de cette transformation. Pêche, aquaculture, ressources marines, valorisation des espaces côtiers, le gouvernement tente progressivement de construire une stratégie économique davantage tournée vers l’exploitation durable des ressources aquatiques du pays.

Dans cette logique, la relance de la Station piscicole de la Peyrie dépasse le simple cadre agricole. Elle participe d’une réflexion plus globale sur la résilience économique du Gabon et sa capacité à produire localement une partie croissante de ses besoins alimentaires.

Le défi de l’industrialisation alimentaire

Mais la réussite de cette ambition dépendra de plusieurs facteurs. L’aquaculture moderne exige des investissements continus, une maîtrise technique avancée, des infrastructures performantes et des politiques publiques cohérentes sur le long terme.

Le défi ne consiste pas uniquement à produire du poisson. Il s’agit aussi de développer une véritable filière économique intégrée capable de générer des emplois, d’attirer des investissements et de réduire durablement les importations alimentaires.

Pour plusieurs pays africains, cette transition représente désormais l’un des grands enjeux de développement des prochaines décennies. Le continent possède d’immenses ressources hydriques et un potentiel aquacole encore largement sous-exploité. Pourtant, il reste fortement dépendant des importations de produits halieutiques. Le Gabon cherche aujourd’hui à inverser cette logique.

Une relance aux enjeux politiques et sociaux

La réactivation de la Peyrie s’inscrit également dans la dynamique des « 100 jours » impulsée par le Chef de l’Etat, centrée sur la remise en fonctionnement des infrastructures publiques stratégiques. Cette approche vise à donner des résultats visibles dans plusieurs secteurs clés : agriculture, pêche, infrastructures, administration ou encore services publics.

Au-delà de l’économie, les autorités cherchent aussi à répondre à une attente sociale forte autour du coût de la vie et de l’accès aux produits alimentaires. Dans un contexte marqué par les tensions inflationnistes mondiales, renforcer la production locale devient autant un enjeu économique qu’un impératif de stabilité sociale.

La souveraineté alimentaire comme nouvelle frontière

La relance de la Station piscicole de la Peyrie révèle finalement une évolution plus profonde des priorités africaines. Pendant longtemps, la souveraineté économique des États du continent s’est concentrée sur les ressources minières ou pétrolières. Désormais, la question alimentaire s’impose comme l’un des nouveaux champs stratégiques de puissance et de résilience nationale.

Produire localement, sécuriser les approvisionnements et réduire les dépendances extérieures deviennent des enjeux géopolitiques autant qu’économiques.

À travers l’aquaculture, le Gabon tente précisément de construire une partie de cette autonomie. Et dans cette bataille silencieuse pour la sécurité alimentaire, la renaissance de la Peyrie pourrait bien représenter davantage qu’un simple projet piscicole. C’est le début d’un repositionnement stratégique de l’économie gabonaise autour de ses propres capacités de production.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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