Economie

Eramet : le Gabon suspendu au vote des actionnaires

Libreville, Mercredi 13 Mai 2026 (Infos Gabon) – L’annonce a provoqué un véritable choc politique et économique à Libreville.

Pour la première fois depuis plusieurs décennies d’exploitation du manganèse au Gabon, l’État gabonais allait entrer au capital du géant minier français Eramet. Présenté comme un tournant historique de souveraineté économique lors de la rencontre entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et la PDG du groupe, Christel Bories, en marge du Sommet Africa Forward à Nairobi le 11 mai dernier, l’accord semblait déjà acté. Pourtant, derrière l’effet d’annonce, une étape décisive reste encore à franchir : le feu vert des actionnaires d’Eramet.

Le 27 mai 2026, l’assemblée générale du groupe métallurgique français devra se prononcer sur l’augmentation de capital de 500 millions d’euros envisagée par la direction afin de faire face aux pertes enregistrées en 2025 dans un contexte mondial défavorable aux matières premières. C’est seulement à l’issue de ce vote que le Gabon pourra connaître les conditions réelles de son entrée dans le capital du groupe.

Cette précision change considérablement la lecture politique et économique de l’annonce faite à Nairobi. Car contrairement à l’impression donnée ces derniers jours, Libreville n’est pas encore officiellement actionnaire d’Eramet. Le directoire du groupe a simplement pris acte de l’intention de la République gabonaise de participer à l’opération via l’acquisition de Droits Préférentiels de Souscription (DPS), mécanisme permettant aux investisseurs de participer à l’augmentation de capital.

Autrement dit, l’entrée du Gabon dépend désormais d’un processus financier et juridique strictement encadré par les règles boursières et par la validation des détenteurs actuels du capital. Plusieurs médias évoquent déjà une prise de participation autour de 5 %, mais aucun chiffre officiel n’a encore été confirmé. La quote-part exacte, le montant que Libreville devra mobiliser et surtout le poids réel dont disposera l’État gabonais dans les organes de décision restent inconnus.

L’enjeu dépasse largement la simple symbolique financière. Depuis l’exploitation du gigantesque gisement de manganèse de Moanda par Comilog, filiale d’Eramet, le Gabon percevait des recettes fiscales, des redevances minières et des retombées économiques, mais restait absent des sphères où se décident les orientations stratégiques du groupe. L’entrée au capital représenterait donc une rupture majeure dans l’histoire des relations entre Libreville et le groupe français.

Mais cette opération intervient aussi dans un contexte délicat pour Eramet. Le groupe a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 2,7 milliards d’euros en 2025, en baisse de plus de 6 % par rapport à l’exercice précédent. La chute des cours des matières premières a fragilisé les équilibres financiers du géant métallurgique, poussant ses principaux actionnaires à soutenir cette augmentation de capital massive.

Le paysage actionnarial du groupe reste d’ailleurs solidement verrouillé. La famille Duval contrôle près de 37 % du capital via les holdings Sorame et CEIR, tandis que l’État français détient plus de 27 % à travers FSI-Equation. Dans cet équilibre historique, l’arrivée du Gabon constituerait un événement hautement politique autant qu’économique.

Au-delà des marchés financiers, cette opération s’inscrit dans la doctrine de souveraineté économique portée depuis plusieurs mois par Brice Clotaire Oligui Nguema. Après les secteurs pétrolier, forestier et industriel, le pouvoir gabonais cherche désormais à renforcer son influence directe dans les grandes chaînes de valeur minières du pays.

Reste cependant une question essentielle. Cette future participation donnera-t-elle au Gabon une réelle capacité d’influence ou seulement une présence symbolique dans le capital d’Eramet ? La réponse dépendra largement des décisions prises lors de l’assemblée générale du 27 mai. D’ici là, à Libreville comme dans les milieux financiers internationaux, l’accord annoncé à Nairobi demeure encore une promesse en attente de validation.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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