Economie

Milingui : le Gabon lance sa révolution du fer

Libreville, Samedi 16 Mai 2026 (Infos Gabon) – Avec la signature de la convention minière, Libreville veut transformer son sous-sol en puissance industrielle.

Le Gabon vient de franchir un cap stratégique dans sa quête de souveraineté économique. En signant officiellement la convention minière du projet de fer de Milingui avec Havila Mining Gabon, le gouvernement ouvre une nouvelle séquence industrielle qui pourrait profondément redessiner l’économie nationale au cours des prochaines années.

L’événement, organisé vendredi 15 mai au ministère des Mines à Libreville, dépasse largement le cadre administratif. Il marque l’entrée opérationnelle de l’un des projets miniers les plus ambitieux portés récemment dans le pays et confirme la volonté des autorités de faire du secteur extractif un moteur central de transformation économique.

Derrière cette signature se dessine une ambition beaucoup plus vaste. Celui de bâtir une industrie minière capable de créer de la valeur localement, générer des milliers d’emplois et repositionner durablement le Gabon comme un futur acteur majeur du fer en Afrique centrale.

Une signature qui ouvre une nouvelle phase économique

Dans la salle de réunion du 9e étage du ministère des Mines, la portée symbolique de cette cérémonie était manifeste. Autour du ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, plusieurs membres du gouvernement ont assisté à ce qui apparaît désormais comme un tournant stratégique pour le secteur extractif gabonais.

Depuis plusieurs années, Libreville cherche à sortir progressivement d’un modèle économique fortement dépendant du pétrole et du manganèse. Le développement du fer devient aujourd’hui l’un des piliers de cette diversification. Le projet Milingui s’inscrit précisément dans cette dynamique.

« C’est un vendredi assez particulier, non seulement pour le secteur minier gabonais, mais également pour l’événement que nous avons eu aujourd’hui, celui de procéder à la signature de la première convention de fer qui va entrer en exploitation », a déclaré le ministre des Mines devant la presse. Au-delà du discours officiel, le message envoyé est clair. Le Gabon veut désormais accélérer l’exploitation stratégique de son potentiel ferrifère.

Neuf années d’exploration avant le basculement industriel

Avant d’atteindre cette phase décisive, le projet Milingui a traversé près d’une décennie d’études techniques, de recherches géologiques et de procédures administratives. Selon les autorités, Havila Mining Gabon a conduit pendant près de neuf ans des travaux d’exploration afin d’évaluer précisément les réserves du gisement.

Le ministère des Mines affirme avoir accompagné l’opérateur tout au long du processus. « Le ministère a accompagné cet opérateur pendant pratiquement neuf ans pour aboutir à ce projet », a précisé Sosthène Nguema Nguema.

Cette longue phase préparatoire visait notamment à sécuriser les données géologiques, les conditions techniques d’exploitation ainsi que les garanties économiques du projet. Aujourd’hui, avec l’octroi du permis d’exploitation et la signature officielle de la convention minière, Milingui entre enfin dans sa phase opérationnelle.

Un gisement colossal au cœur des ambitions minières gabonaises

Le directeur général de Havila Mining Gabon, le Dr Kamga Gabriel, a dévoilé les dimensions du potentiel minier identifié sur le site. Selon les campagnes d’exploration réalisées, le gisement contiendrait environ 500 millions de tonnes de minerai de fer.

Dans une première étape, l’entreprise prévoit l’exploitation d’environ 35 millions de tonnes de minerai à haute teneur, connu sous l’appellation DSO (Direct Shipping Ore). Ce type de minerai présente un avantage stratégique majeur dans le sens qu’il nécessite peu de transformation avant exportation, permettant une mise en exploitation plus rapide et une rentabilité accélérée.

« Nous avons passé presque neuf ans dans les études et les travaux d’exploration pour développer la mine de Milingui. Cela n’a pas été très facile », a expliqué le responsable de Havila Mining Gabon. Selon le calendrier présenté, l’usine d’exploitation devrait être inaugurée dès le mois de novembre prochain.

L’emploi et le contenu local au centre des attentes

Au-delà des chiffres impressionnants liés aux réserves minières, le projet Milingui cristallise surtout de fortes attentes sociales. Dans un contexte marqué par les demandes croissantes d’emplois et de redistribution économique, les autorités gabonaises insistent désormais sur la nécessité de renforcer le contenu local dans les grands projets extractifs.

Havila Mining Gabon annonce ainsi la création progressive de plusieurs centaines d’emplois directs et indirects. Durant la première phase, le projet devrait générer environ 530 emplois directs et près de 1 000 emplois indirects. À moyen terme, les effectifs pourraient atteindre 830 emplois directs et environ 2 000 emplois indirects.

Pour Libreville, l’enjeu ne se limite plus à exporter des matières premières brutes. Le véritable objectif consiste désormais à faire émerger une expertise nationale capable d’accompagner durablement l’industrialisation du secteur minier.

Le pari de la souveraineté minière

À travers Milingui, le pouvoir gabonais cherche également à affirmer une doctrine économique plus offensive. Celle de la souveraineté minière. Longtemps cantonné à l’exportation de ressources peu transformées, le pays veut désormais renforcer la transformation locale, développer des infrastructures industrielles et maximiser les retombées économiques nationales.

Cette orientation s’inscrit dans la vision défendue par les nouvelles autorités depuis leur arrivée au pouvoir. Elles comptent utiliser les ressources naturelles comme levier de transformation structurelle de l’économie. Le fer apparaît aujourd’hui comme l’un des minerais les plus stratégiques dans cette ambition.

Dans un contexte mondial marqué par une forte demande en matières premières industrielles, le Gabon cherche à se positionner comme un futur acteur incontournable de la chaîne d’approvisionnement régionale et internationale.

Le défi de transformer le potentiel en richesse durable

Mais au-delà des annonces, le véritable test commencera avec la phase d’exploitation. Car l’histoire minière africaine reste marquée par de nombreux projets aux promesses considérables mais aux retombées limitées pour les populations locales. Pour le Gabon, le défi sera donc double : réussir l’industrialisation du projet tout en garantissant des bénéfices durables pour l’économie nationale.

Infrastructures, formation des compétences locales, redistribution des revenus, protection environnementale et création d’emplois qualifiés seront autant de critères qui détermineront le succès réel de Milingui. La signature de cette convention minière ouvre ainsi une nouvelle page pour le secteur extractif gabonais.

Une page où le pays ne veut plus seulement être un exportateur de ressources, mais un acteur industriel capable de transformer son potentiel minier en puissance économique durable.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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