Economie

La bataille du riz commence au Gabon

Libreville, Lundi 15 Juin 2026 (Infos Gabon) – Longtemps considéré comme l’un des symboles de la dépendance alimentaire du Gabon, le riz pourrait devenir dans les prochaines années l’un des marqueurs les plus visibles de sa reconquête agricole.

Avec l’homologation de trois nouvelles variétés à haut rendement développées dans le cadre de la coopération entre le Gabon et la République de Corée, les autorités ouvrent un nouveau chapitre dans la quête de souveraineté alimentaire nationale. Au-delà d’une simple innovation agronomique, cette avancée pourrait transformer l’équilibre économique d’un pays dont la facture d’importation de riz a explosé ces dernières années.

Baptisées Cheyi, Mboma et Moukafaci-1, ces nouvelles semences affichent des performances inédites. Selon les résultats des essais agronomiques réalisés dans le cadre du programme KAFACI, elles peuvent produire entre sept et huit tonnes par hectare, soit plus de trois fois la moyenne africaine observée en 2024. Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les marchés alimentaires, cette percée représente bien davantage qu’un progrès technique. Elle constitue une réponse stratégique à l’une des vulnérabilités structurelles de l’économie gabonaise.

Un tournant agricole majeur

Depuis plusieurs décennies, le Gabon importe l’essentiel du riz consommé sur son territoire. Cette dépendance s’est accentuée au fil des années sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation et de la faiblesse de la production nationale.

Les chiffres illustrent l’ampleur du défi. En 2025, le pays a importé plus de 95 000 tonnes de riz pour une dépense estimée à 41 milliards de francs CFA. Six ans plus tôt, cette facture ne dépassait pas 8 milliards de francs CFA. Une progression spectaculaire qui pèse lourdement sur la balance commerciale et expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux.

Dans un monde où les crises géopolitiques, climatiques et logistiques perturbent régulièrement les chaînes d’approvisionnement, la question alimentaire est devenue un enjeu de souveraineté au même titre que l’énergie ou la sécurité.

C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit l’Initiative de coopération entre la Corée et l’Afrique pour l’alimentation et l’agriculture. Le programme KAFACI, déjà déployé dans plusieurs pays africains, vise à transférer des technologies agricoles adaptées aux réalités locales afin d’augmenter durablement la productivité des exploitations.

Pour le Gabon, l’homologation de ces trois nouvelles variétés marque l’aboutissement de plusieurs années de recherche, d’expérimentation et d’adaptation aux conditions pédoclimatiques nationales.

Une stratégie qui dépasse les semences

La réussite d’une révolution agricole ne repose jamais uniquement sur la qualité des semences. Les autorités semblent l’avoir pleinement intégré en associant à ce programme un important dispositif d’accompagnement technique.

Neuf tonnes de semences de base sont actuellement en phase de multiplication par les chercheurs gabonais. Cette étape est essentielle pour garantir la disponibilité future des variétés auprès des producteurs.

Parallèlement, quatre-vingts spécialistes agricoles bénéficient de formations sur les méthodes modernes de production, de gestion des parcelles et de suivi technique. Leur rôle sera déterminant dans la diffusion des nouvelles pratiques auprès du monde rural.

La phase pilote prévoit déjà l’implication de 1 100 agriculteurs regroupés au sein de 60 coopératives réparties sur l’ensemble du territoire national. Cette approche traduit une volonté de construire un modèle inclusif capable d’associer petits producteurs, encadrement technique et institutions publiques.

Au-delà de l’augmentation des rendements, l’objectif consiste également à professionnaliser davantage les filières agricoles, à renforcer les revenus ruraux et à favoriser l’émergence d’une véritable économie rizicole nationale.

Vers une nouvelle souveraineté alimentaire

L’enjeu dépasse largement le seul secteur agricole. Chaque tonne de riz produite localement représente une réduction des importations, une création de richesse intérieure et un renforcement de la résilience économique du pays.

La sécurité alimentaire est aujourd’hui au cœur des stratégies de développement des grandes nations émergentes. La pandémie, les conflits internationaux et les crises climatiques ont démontré la fragilité des systèmes excessivement dépendants des marchés extérieurs.

Dans ce contexte, la démarche engagée par le Gabon apparaît comme l’une des initiatives agricoles les plus structurantes de ces dernières années. Les rendements annoncés placent désormais le pays dans une dynamique potentiellement capable de transformer son rapport à la production vivrière.

Le succès de cette stratégie dépendra toutefois de plusieurs facteurs. L’accès aux financements, l’amélioration des infrastructures rurales, la mécanisation, la commercialisation et la stabilité des politiques agricoles seront autant de conditions nécessaires à la réussite du projet.

Une chose est déjà certaine. Avec Cheyi, Mboma et Moukafaci-1, le Gabon ne se contente plus d’espérer réduire sa dépendance alimentaire. Il dispose désormais d’un outil concret pour la combattre. Et dans un monde où l’autonomie alimentaire devient un indicateur majeur de puissance et de stabilité, cette avancée pourrait bien constituer l’un des investissements les plus stratégiques de la décennie.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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