Gabon : SEEG, la leçon oubliée
Libreville, Lundi 29 Juin 2026 (Infos Gabon) – La décision de scinder la Société d’énergie et d’eau du Gabon en deux entités distinctes marque l’une des réformes les plus importantes engagées depuis le début de la transition. D’un côté, la Gabonaise des Eaux. De l’autre, Électricité du Gabon.
Sur le papier, l’objectif est clair. Corriger les dysfonctionnements accumulés pendant des années, améliorer la qualité du service et répondre enfin à l’exaspération croissante des populations confrontées aux coupures d’eau, aux délestages et aux interruptions répétées de courant.
Pourtant, au-delà de cette réforme institutionnelle, une question fondamentale demeure. Le problème de la SEEG était-il uniquement une question de structure ou également une question de gouvernance et de choix des dirigeants ?
Car si les autorités ont identifié avec justesse le vieillissement des infrastructures, le manque d’investissements et l’insuffisance des capacités de production comme causes majeures de la crise actuelle, elles gagneraient également à tirer toutes les leçons managériales de cet échec afin d’éviter que les nouvelles entreprises ne reproduisent les erreurs du passé.
Une crise qui dépasse les infrastructures
Depuis plusieurs années, les Gabonais vivent au rythme des interruptions de services essentiels. Les autorités ont expliqué cette situation par le sous-investissement chronique dans les réseaux de production et de distribution, aussi bien dans l’eau que dans l’électricité.
Les faits leur donnent largement raison. Une grande partie des équipements date de plusieurs décennies. Les capacités de production électrique sont restées insuffisantes face à l’augmentation de la demande. Les réseaux de transport n’ont pas suivi l’expansion urbaine. Quant aux infrastructures hydrauliques, elles ont souffert du même manque d’anticipation.
Mais l’expérience internationale montre qu’une crise de cette ampleur résulte rarement d’un seul facteur technique. Derrière les infrastructures dégradées se cache souvent une question plus profonde. Celle de la qualité des décisions stratégiques prises pendant les années précédentes.
Pourquoi certains investissements indispensables n’ont-ils pas été réalisés au moment où ils étaient nécessaires ? Pourquoi les alertes techniques n’ont-elles pas toujours été prises en compte ? Pourquoi des entreprises disposant parfois de ressources importantes se retrouvent-elles progressivement incapables d’assurer leurs missions fondamentales ? Ces interrogations renvoient directement à la gouvernance.
Quand le management détermine le destin d’une entreprise
Les grandes entreprises mondiales offrent des enseignements particulièrement éclairants.
Boeing reste l’un des exemples les plus étudiés. Pendant des décennies, le constructeur aéronautique américain a été dirigé par des profils fortement imprégnés de culture technique. Après sa fusion avec McDonnell Douglas en 1997, de nombreux observateurs ont estimé que l’entreprise avait progressivement déplacé son centre de gravité vers une logique davantage orientée sur les performances financières et la réduction des coûts.
Les conséquences sont aujourd’hui largement documentées. Les crises traversées par Boeing ne s’expliquent pas uniquement par des erreurs techniques. Elles résultent également d’un déséquilibre entre les impératifs financiers, les exigences industrielles et la culture de sécurité.
L’exemple de Mercedes est tout aussi révélateur. Pendant longtemps, plusieurs de ses dirigeants provenaient directement des métiers d’ingénierie. La maîtrise technique demeurait au cœur de la stratégie industrielle.
Dans tous ces cas, une constante apparaît. Les entreprises qui gèrent des infrastructures complexes reposent sur un équilibre entre expertise technique, discipline financière, qualité opérationnelle et vision stratégique. Lorsqu’un de ces piliers disparaît, les difficultés apparaissent rapidement.
Le défi des nouvelles entreprises gabonaises
La création de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon constitue une opportunité historique. Pour la première fois depuis longtemps, les autorités disposent d’une page presque blanche pour reconstruire deux entreprises appelées à devenir des acteurs stratégiques du développement national.
Le véritable enjeu dépasse désormais la simple nomination de nouveaux responsables. Il s’agit de bâtir des équipes dirigeantes capables de comprendre les réalités techniques du secteur, d’anticiper les besoins futurs, de résister aux logiques de court terme et d’inscrire leurs décisions dans une vision durable.
L’expérience montre qu’une entreprise technique ne peut être pilotée efficacement sans une forte présence d’ingénieurs, d’experts opérationnels et de spécialistes des infrastructures aux différents niveaux de décision.
Cela ne signifie pas exclure les profils financiers ou administratifs. Cela signifie construire un équilibre où les impératifs économiques ne prennent jamais le pas sur les nécessités industrielles.
Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a décidé de prendre ce dossier à bras-le-corps. Les investissements engagés témoignent de cette volonté. Mais les infrastructures les plus modernes ne produiront pas de résultats durables si elles ne sont pas accompagnées par une gouvernance adaptée.
L’avenir des deux nouvelles sociétés dépendra moins de leur nom que de la qualité des femmes et des hommes chargés de les diriger. Le Gabon possède les compétences nécessaires. Il dispose également de l’expérience accumulée par plusieurs générations de techniciens, d’ingénieurs et de gestionnaires.
La véritable rupture pourrait naître de cette capacité à placer l’expertise, la compétence et la vision au-dessus des considérations de circonstance. Car l’histoire économique enseigne une vérité simple. Les infrastructures se construisent avec de l’argent, mais les entreprises durables se construisent avant tout avec des dirigeants capables de penser l’avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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