Gabon : À la cathédrale Sainte-Marie, une mémoire congolaise refait surface
Libreville, Samedi 15 Août 2026 (Infos Gabon) – Le 15 août, la visite de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption (Sainte-Marie) de Libreville aurait pu n’être qu’une séquence protocolaire à l’occasion de sa visite de travail et d’amitié au Gabon.
Elle prend pourtant une résonance particulière lorsqu’on se souvient qu’en ce même lieu, huit ans plus tôt, une messe avait été célébrée en mémoire de son père, Étienne Tshisekedi.
Entre ces deux moments, une page majeure de l’histoire politique congolaise s’est écrite. En 2018, Étienne Tshisekedi demeurait l’une des grandes figures de l’opposition congolaise après son décès en 2017. Un an plus tard, son fils Félix accédait à la présidence de la République démocratique du Congo. Aujourd’hui, le président congolais se retrouve dans cette même cathédrale, accompagné de son homologue gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, devant plusieurs dignitaires de l’Église catholique.
La scène est d’autant plus forte qu’elle réunit, selon la photographie réalisée lors de cette visite, le président Tshisekedi entouré d’un prêtre et de quatre évêques, parmi lesquels Mgr Basile Mvé Engone, ancien archevêque de Libreville, placé à sa droite. Mgr Basile Mvé Engone a dirigé l’archidiocèse de Libreville de 1998 à 2020 et porte désormais le titre d’archevêque émérite.
Ce détail photographique donne à l’image une profondeur historique que le protocole ne suffit pas à expliquer.
Une homélie de 2018 qui mérite d’être relue
C’est ici qu’apparaît une histoire peu connue du grand public et dont nous avons été témoins. En 2018, à l’occasion de la messe célébrée en mémoire d’Étienne Tshisekedi, le prêtre Joséphite avait prononcé une homélie dont certains passages prennent aujourd’hui une résonance singulière. Pour évoquer la lenteur du processus politique congolais et les tergiversations qui entouraient alors l’organisation des élections, il avait notamment fait recours à l’image du caméléon avançant lentement.
L’image était saisissante. Elle décrivait, dans le langage symbolique propre à une homélie, une classe politique semblant avancer à pas mesurés vers une échéance électorale devenue déterminante pour l’avenir du pays et le changement qui devait s’opérer.
Quelques mois plus tard, l’histoire politique congolaise basculait. Félix Tshisekedi remportait l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 et devenait président de la RDC en janvier 2019. Cette accession au pouvoir a constitué la première alternance présidentielle pacifique depuis l’indépendance du pays.
Il serait cependant excessif de présenter rétrospectivement l’homélie comme une prophétie politique. Rien ne permet de transformer une image prononcée dans un contexte religieux en prédiction certaine. Mais il est légitime de constater que, relue après les événements, cette métaphore du caméléon acquiert une force particulière. C’est précisément ce qui donne aujourd’hui à cette mémoire une valeur journalistique et historique.
Et si Tshisekedi rencontrait le prêtre Joséphine ?
Le plus remarquable est que cette histoire ne serait peut-être pas définitivement refermée.
Selon notre témoignage, le père Joséphite serait toujours à Libreville. Si tel est le cas, Félix Tshisekedi pourrait avoir intérêt à le rencontrer, ne serait-ce que pour entendre directement de sa bouche ce qu’il avait voulu exprimer en 2018, lorsqu’il évoquait la lente marche du processus politique congolais.
Une telle rencontre ne serait évidemment pas un acte politique au sens institutionnel du terme. Elle pourrait être quelque chose de plus rare et de plus profond, une rencontre avec la mémoire.
Car la présence de Félix Tshisekedi à Sainte-Marie, le 15 août 2026, a produit une image que l’histoire pourrait retenir. Le fils d’Étienne Tshisekedi se tient dans le même lieu où son père avait été honoré quelques années auparavant. À ses côtés se trouve Mgr Basile Mvé Engone, qui était alors l’archevêque de Libreville. Et dans cette même ville demeure, selon notre témoignage, le prêtre dont l’homélie de 2018 avait accompagné cette période décisive.
La cathédrale Sainte-Marie n’est donc pas seulement un édifice religieux récemment rénové. Elle devient, dans cette circonstance, un lieu où se croisent la mémoire d’un père, le parcours politique d’un fils et les traces parfois oubliées d’une histoire contemporaine.
Il appartient désormais au président Félix Tshisekedi de savoir s’il souhaite rouvrir cette page. Une conversation avec le prêtre Joséphite permettrait peut-être de restituer le sens exact de cette homélie, loin des reconstructions rétrospectives et des interprétations politiques.
Huit ans après, le caméléon de 2018 demeure une image. Mais le chemin parcouru depuis lors, lui, appartient désormais à l’histoire.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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