Gabon : Port-Gentil, le chantier d’une ville à reconstruire
Libreville, Samedi 01 Août 2026 (Infos Gabon) – À Port-Gentil, la question du logement ne se résume plus à construire davantage. Elle consiste désormais à savoir comment transformer des terrains disponibles, des chantiers interrompus et des partenariats dispersés en une véritable politique urbaine.
C’est dans cette perspective que le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays MOUISSI, a effectué, les 27 et 28 juillet 2026, une mission de terrain dans la capitale économique, avec la Société Nationale Immobilière.
Cette tournée interprovinciale, menée principalement dans la zone de Ntchengué, intervient à un moment où l’État cherche à accélérer ses programmes fonciers et immobiliers à l’intérieur du pays. Elle révèle surtout une nouvelle exigence. Ne plus se contenter d’annoncer des programmes, mais vérifier leur état réel, identifier les blocages et déterminer les conditions permettant leur aboutissement.
Des parcelles aux logements, le défi du passage à l’acte
Après une séance de travail avec le gouverneur de l’Ogooué-Maritime, Françoise ASSENGONE OBAME, le ministre et les autorités locales ont parcouru plusieurs sites relevant de la SNI ou développés avec des partenaires publics et privés.
Port-Gentil doit notamment bénéficier de l’aménagement de 450 parcelles, dont 250 constituent une première tranche actuellement engagée, tandis que 200 autres doivent compléter l’opération. La ville figure également parmi les localités concernées par la commercialisation de 2 500 parcelles lancée le 1er avril 2026.
Mais le foncier n’est qu’une première étape. Une parcelle sans voirie, sans réseaux, sans équipements et sans capacité de financement ne constitue pas encore une solution au problème du logement. C’est précisément là que se situe l’enjeu de la démarche engagée par le ministère.
La future caserne des sapeurs-pompiers, à proximité du stade de Ntchengué, illustre cette logique d’équipement d’un territoire en expansion. Construite sur une partie d’une emprise foncière de la SNI cédée au ministère de la Défense nationale, l’infrastructure doit comprendre un bâtiment administratif R+1, des équipements techniques et des logements de fonction. Sa livraison est annoncée dans un délai de 18 mois. Au-delà du bâtiment, l’objectif est de renforcer la sécurité civile dans une zone appelée à connaître une importante croissance urbaine.
La cité 3D, symbole d’une promesse restée en suspens
Le dossier le plus révélateur demeure cependant celui de la cité des 3 Dorades, ou cité 3D. Sur environ 80 hectares, ce programme immobilier social lancé en 2012 a été interrompu deux ans plus tard en raison de difficultés financières. Des logements et des infrastructures sont depuis restés inachevés.
La visite ministérielle prend ici une dimension particulière. Il ne s’agit pas de proclamer une reprise des travaux sans garanties techniques et financières, mais de dresser un état précis de la situation afin de déterminer ce qui peut raisonnablement être sauvé, achevé et financé.
Cette prudence est importante. La relance immobilière ne peut pas consister à empiler de nouveaux projets sur les anciens. Elle doit aussi s’attaquer au stock des programmes abandonnés, aux investissements immobilisés et aux ressources déjà consommées sans résultat final pour les populations.
À proximité, la SNI prépare avec BGFI Immo un programme sur cinq hectares comprenant l’achèvement d’ouvrages existants et la construction de 50 duplex. Le projet entend associer logements socio-économiques et logements de standing. Le démarrage est annoncé pour 2026.
D’autres opérations complètent cette cartographie. La SOGARA et la SNI travaillent à la viabilisation de parcelles destinées aux agents de la raffinerie, tandis que PERENCO finance la construction de huit logements dans le même secteur.
Le véritable test sera le financement et l’exécution
La multiplication des partenaires traduit une réalité désormais incontournable. L’État ne pourra pas répondre seul à l’ensemble des besoins immobiliers du pays. Les entreprises publiques, les promoteurs privés, les banques et les investisseurs devront participer à une chaîne de financement capable de rendre les logements réellement accessibles.
Le ministère indique d’ailleurs poursuivre les discussions avec les établissements bancaires afin de mettre en place des mécanismes adaptés aux capacités financières des futurs acquéreurs. C’est probablement l’un des points décisifs. Construire est une chose, permettre aux ménages d’acheter ou d’accéder durablement au logement en est une autre.
La tournée s’est achevée par une rencontre avec les agents de la Direction provinciale du ministère. Conditions de travail, situation administrative, moyens disponibles et difficultés quotidiennes ont été exposés directement au ministre. Cette séquence rappelle que la politique du logement repose également sur des administrations déconcentrées capables d’exécuter les décisions sur le terrain.
Port-Gentil offre ainsi une lecture concrète des ambitions nationales. Entre les 450 parcelles annoncées, les nouveaux programmes, les partenariats privés, les équipements publics et les chantiers anciens à reprendre, la ville dispose de plusieurs leviers pour accélérer sa transformation.
Mais le succès ne se mesurera ni au nombre de visites ministérielles ni au volume des annonces. Il se mesurera au nombre de logements effectivement livrés, de parcelles réellement viabilisées, de familles installées et d’infrastructures mises en service.
À Port-Gentil, le temps des diagnostics doit désormais céder la place à celui des résultats.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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