Gabon : Cour des comptes, le passage de relais
Libreville, Jeudi 17 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le changement de tête à la Cour des comptes n’était pas inscrit dans les scénarios les plus visibles de la rentrée judiciaire. Le 16 septembre 2026, à Port-Gentil, le Conseil supérieur de la magistrature a nommé Pamphile Moussavou Ibouanga Premier président de la juridiction financière, en remplacement d’Alex Euv Moutsiangou, nommé conseiller au Secrétariat permanent du CSM.
La décision intervient seulement un an après la prise de fonction de Moutsiangou, installé comme Premier président en octobre 2025.
Le calendrier donne évidemment à cette succession une résonance particulière. Quelques jours auparavant, le 7 septembre, Moutsiangou avait rendu public le montant du stock de débets et d’amendes prononcés par la Cour des comptes au fil des décennies, évalué à environ 1 700 milliards de FCFA, dont une partie reste à recouvrer. Il avait insisté sur un point essentiel, cette somme ne correspondait pas aux seules décisions récentes, mais à un stock accumulé avant 2023.
La Cour avait dans le même temps annoncé un suivi renforcé du recouvrement, avec l’établissement de listes distinguant les personnes ayant payé de celles restant redevables, afin d’accélérer la régularisation des dossiers anciens.
La proximité entre ces deux annonces alimente naturellement les interrogations. Pourtant, aucune communication officielle ne permet à ce stade d’établir un lien entre la nomination de Moutsiangou et le dossier des 1 700 milliards. Le communiqué du CSM acte une nouvelle organisation, sans fournir de motif particulier à la rotation intervenue à la tête de la juridiction financière.
Cette prudence est importante. Dans une institution judiciaire, une succession ne vaut pas explication. Elle vaut d’abord décision institutionnelle. Toute lecture politique ou disciplinaire qui irait au-delà des faits disponibles resterait, à ce stade, une hypothèse. Mais le changement n’en est pas moins stratégique.
Un dossier financier désormais trop important pour rester théorique
La Cour des comptes n’est pas seulement chargée de constater les irrégularités. Elle exerce une mission juridictionnelle sur les comptables publics et certains ordonnateurs, mais également des missions de contrôle et d’évaluation ainsi qu’une fonction consultative auprès du gouvernement. Moutsiangou avait lui-même présenté ces trois dimensions comme les piliers de l’action de la juridiction financière.
Le dossier des 1 700 milliards constitue donc un test majeur pour cette institution. Une décision financière n’a une portée économique réelle que lorsqu’elle produit un effet concret. Tant qu’un débet demeure sur le papier, il reste une créance potentielle pour les finances publiques. Le véritable enjeu commence au moment où l’administration et les juridictions doivent identifier les débiteurs, notifier les décisions, organiser les paiements et, lorsque la loi le permet, engager les procédures nécessaires au recouvrement.
L’enjeu est d’autant plus sensible que le Gabon vient de publier un audit consolidé de sa dette et de ses passifs, arrêté à 9 524,643 milliards de FCFA au 31 décembre 2025. Dans ce contexte, chaque mécanisme permettant de sécuriser les ressources publiques et de récupérer les sommes juridiquement dues prend une importance accrue.
La nouvelle direction de la Cour des comptes arrive donc dans un environnement où le contrôle financier est appelé à dépasser la seule logique du constat. La question centrale sera celle de l’exécution.
Moussavou Ibouanga face à une institution sous surveillance
Pamphile Moussavou Ibouanga n’arrive pas en terrain inconnu. Il appartient depuis de nombreuses années à la Cour des comptes et a notamment exercé comme président de chambre. Il retrouve désormais une institution dont les missions sont devenues particulièrement visibles dans le débat public.
Son mandat devra nécessairement s’inscrire dans la continuité juridique de la Cour tout en donnant une nouvelle impulsion à son action. Cela signifie poursuivre les contrôles, renforcer le suivi des décisions et garantir que les procédures financières débouchent sur des résultats vérifiables.
Le défi est également institutionnel. Plus la Cour des comptes intervient sur des dossiers sensibles, plus elle doit préserver la rigueur de ses méthodes, la traçabilité de ses décisions et la distinction entre contrôle juridictionnel et commentaire politique.
Le nouveau Premier président hérite donc d’une responsabilité particulière. Il lui faudra maintenir la continuité des chantiers engagés, notamment sur le recouvrement des débets, sans que la succession à la tête de l’institution ne soit interprétée comme une interruption du travail.
Le Gabon a besoin que ses juridictions financières produisent des décisions, mais davantage encore qu’elles contribuent à une nouvelle discipline de gestion publique. Les 1 700 milliards ne doivent pas devenir un simple chiffre spectaculaire dans le débat national. Ils doivent être traités comme un stock juridiquement documenté dont le pays doit pouvoir mesurer, dossier après dossier, ce qui est recouvré, ce qui ne l’est pas et pourquoi.
Le passage de relais entre Moutsiangou et Moussavou Ibouanga sera donc observé à cette aune. Non pas seulement sur le nom du nouveau responsable, mais sur la continuité des procédures et la capacité de la Cour à rendre effectifs ses propres arrêts.
Le symbole est désormais clair. Au moment où le Gabon veut renforcer la discipline de ses finances publiques, la Cour des comptes change de visage.
Le véritable test de cette succession ne sera pas la surprise qu’elle provoque. Ce sera la capacité de la nouvelle direction à transformer l’autorité de la juridiction financière en résultats mesurables pour l’État.
Car en matière de finances publiques, le pouvoir de décider ne vaut pleinement que lorsqu’il produit enfin des effets.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon

















