Gabon : Libreville veut reprendre la bataille des déchets
Libreville, Samedi 15 Août 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, la lutte contre l’insalubrité change de dimension. Après des années de collecte irrégulière, de dépôts sauvages et d’ordures abandonnées dans les espaces publics, la municipalité veut désormais imposer un cadre plus strict au dépôt des déchets ménagers.
Mais derrière la nouvelle règle sur les horaires et les modalités de sortie des poubelles se joue une question plus profonde, celle de la capacité de la capitale gabonaise à construire durablement une véritable culture de la propreté.
Dans un communiqué publié le 13 août 2026, le maire de Libreville, Eugène Mba, a rappelé les dispositions de l’arrêté n°0461 du 28 septembre 2022 relatif à la gestion des déchets dans la commune. Les ménages doivent désormais intégrer une règle essentielle dans leurs habitudes quotidiennes. Les ordures ménagères doivent être conditionnées dans des sacs fermés puis déposées directement dans les camions au moment du passage des équipes de collecte, entre 18 heures et 21 heures.
Le rappel municipal intervient alors que la ville multiplie les initiatives de terrain. Le samedi 15 août, la deuxième Journée citoyenne du mois a mobilisé des bénévoles dans les six arrondissements de Libreville, sous la supervision du troisième adjoint au maire chargé des questions environnementales, Issa Malam Salatou. Curage des caniveaux, désherbage, débroussaillage et balayage des axes routiers ont rythmé cette opération destinée à améliorer le cadre de vie. Mais le nettoyage ponctuel ne pourra produire d’effets durables sans changement des comportements.
Une règle qui exige une véritable pédagogie
L’enjeu principal se situe donc dans la communication. Annoncer un horaire de dépôt des ordures ne suffit pas. Encore faut-il que chaque ménage sache précisément quand sortir ses déchets, où les déposer et pourquoi cette organisation est indispensable au fonctionnement de la chaîne de collecte.
La municipalité gagnerait ainsi à lancer une vaste campagne de pédagogie publique, dans les quartiers, les marchés, les écoles, les administrations, les médias et les réseaux sociaux. Cette campagne devrait expliquer simplement les nouveaux réflexes à adopter, mais aussi rappeler les conséquences sanitaires, environnementales et économiques d’une ville mal entretenue.
La propreté urbaine ne peut être présentée uniquement comme une obligation assortie de sanctions. Elle doit devenir un contrat collectif. Une rue propre réduit les nuisances, améliore l’image de la capitale, protège les populations et renforce l’attractivité de la ville.
La mairie annonce d’ailleurs la création d’une brigade municipale chargée de veiller au respect des règles. Les contrevenants s’exposent aux sanctions prévues par la loi. Cette dimension répressive peut être nécessaire, mais elle ne sera efficace que si elle accompagne une politique d’information suffisamment claire et accessible.
Les déchets commerciaux, industriels et biomédicaux, pour leur part, doivent être pris en charge par des prestataires agréés. Cette distinction rappelle que la gestion des déchets ne relève pas d’un seul acteur, mais d’une chaîne de responsabilités allant du producteur jusqu’au collecteur.
Le collecteur doit aussi parler aux citoyens
Il serait toutefois difficile d’exiger une discipline nouvelle des ménages sans entendre l’entreprise chargée du ramassage. La réussite du dispositif dépend directement de la régularité des passages, du respect des horaires annoncés, de la capacité des équipes à couvrir les quartiers concernés et de la disponibilité des moyens matériels.
L’entreprise de collecte doit donc prendre publiquement la parole pour expliquer son dispositif, préciser les circuits et horaires de passage, signaler les éventuelles contraintes opérationnelles et indiquer les canaux permettant aux habitants de signaler un problème de collecte. Cette transparence est indispensable pour établir la confiance.
Car le citoyen doit pouvoir comprendre une règle simple. Sortir ses poubelles au bon moment n’a de sens que si le camion passe effectivement à l’heure.
La responsabilité est donc partagée. Les ménages doivent conditionner correctement leurs déchets et respecter les horaires. Les opérateurs doivent assurer une collecte fiable. La municipalité doit contrôler, informer, coordonner et sanctionner lorsque cela devient nécessaire.
Libreville ne gagnera pas la bataille de la propreté par une succession de journées citoyennes, aussi utiles soient-elles. Ces opérations doivent servir de déclencheur à une transformation plus profonde des habitudes.
La capitale a besoin d’une véritable doctrine de salubrité urbaine, connue de tous et appliquée partout. Cela passe par l’information, l’éducation, la régularité du service et, en dernier ressort, l’autorité de la règle.
La Journée citoyenne du 15 août aura donc surtout rappelé une vérité fondamentale. Une ville propre ne se décrète pas. Elle s’organise, s’explique et se construit chaque jour. Pour Libreville, le défi n’est plus seulement de ramasser les déchets, mais d’empêcher qu’ils deviennent visibles dans la rue. C’est à cette condition que la capitale pourra réellement prétendre à un cadre de vie plus sain, plus digne et plus attractif.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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