Boulevard de la Transition : Le câble qui rappelle au Gabon le prix de l’imprévoyance
Libreville, Lundi 17 Août 2026 (Infos Gabon) – Un chantier routier peut parfois révéler davantage qu’un simple problème technique. Sur le boulevard de la Transition, à Libreville, la découverte d’un câble électrique souterrain dans l’emprise des travaux met en lumière une question beaucoup plus stratégique pour le Gabon.
Comment construire rapidement les infrastructures d’aujourd’hui sans créer les blocages, les surcoûts et les démolitions qui pèseront sur les générations futures ?
Le projet, confié à Soco TP sur environ trois kilomètres en configuration 2×2 voies, doit relier les feux tricolores du Centre hospitalier universitaire mère-enfant Fondation Jeanne Ebori à la Pharmacie des Facultés, à proximité de l’Université Omar-Bongo. Il constitue un axe important pour la mobilité dans Libreville. Mais son avancement est aujourd’hui ralenti sur la deuxième section, entre l’Assemblée nationale et la Pharmacie des Facultés, par la présence d’un réseau électrique enterré appartenant à la Société d’énergie et d’eau du Gabon.
Selon les éléments issus de la détection des réseaux, il s’agit d’un câble basse tension situé sur le tracé des travaux. Sa présence impose des précautions particulières afin de protéger les ouvriers contre les risques électriques. Elle empêche également, à cet endroit, la réalisation d’un dalot en béton destiné à évacuer les eaux pluviales vers le grand canal aménagé sous le bâtiment de l’Assemblée nationale et longeant l’arrière du siège de la première chaîne de télévision et de radio.
Le problème n’est donc pas seulement celui d’un câble qui bloque une pelleteuse. Il touche simultanément à la sécurité du chantier, au calendrier d’exécution, à l’assainissement du futur boulevard et, potentiellement, aux finances publiques.
Un obstacle technique qui devient une question de gouvernance
La difficulté prend une dimension particulière parce que, selon les informations disponibles, les autorités compétentes et la SEEG auraient été informées de l’existence de ce réseau depuis près de cinq mois. Si cette information est confirmée, la question n’est plus uniquement de savoir comment déplacer ou sécuriser le câble. Elle devient celle de la capacité collective à anticiper les contraintes connues avant qu’elles ne deviennent des obstacles opérationnels.
La saison sèche offre pourtant une fenêtre particulièrement favorable à l’accélération des travaux routiers. Chaque semaine perdue sur une contrainte technique peut ainsi avoir des conséquences sur l’organisation générale du chantier et sur les coûts associés.
Ce cas illustre une faiblesse classique des grands projets d’infrastructures. Construire une route ne consiste pas seulement à tracer son axe, réaliser sa plateforme et poser son revêtement. Il faut connaître ce qui se trouve sous la chaussée, autour d’elle et au-dessus d’elle. Réseaux électriques, conduites d’eau, télécommunications, assainissement et autres infrastructures doivent être intégrés à la conception avant le premier coup de pelle.
La véritable modernisation d’un pays commence précisément à cet endroit. Elle ne consiste pas uniquement à construire davantage, mais à construire de manière suffisamment intelligente pour ne pas devoir recommencer demain.
Transformer le problème d’aujourd’hui en méthode pour demain
Ce chantier offre au Gabon une occasion concrète de tirer une leçon de politique publique. Dans une précédente réflexion consacrée à l’aménagement routier, nous défendions l’idée qu’une route engage en réalité plusieurs décennies de l’avenir d’un territoire. Le boulevard de la Transition fournit désormais un cas pratique à cette réflexion.
Lorsqu’un axe est ouvert ou entièrement réaménagé, l’État dispose d’une opportunité rare pour organiser simultanément les infrastructures qui accompagneront son développement. Les emprises peuvent être pensées pour accueillir, progressivement, l’eau potable, l’assainissement, les lignes électriques, la fibre optique, les réseaux énergétiques, les infrastructures numériques ou encore certains équipements de sécurité.
L’objectif n’est évidemment pas de construire aujourd’hui tous les réseaux de demain. Il est de prévoir leur passage.
Des réserves techniques, des fourreaux, des galeries ou des emprises adaptées permettraient ainsi aux futurs opérateurs d’intervenir sans devoir ouvrir une chaussée neuve quelques années plus tard. Cette approche réduirait les interruptions de circulation, les travaux répétitifs et surtout les dépenses publiques évitables.
Le cas du boulevard de la Transition devrait donc dépasser le seul règlement d’un différend technique. Il pourrait devenir un signal adressé au ministère des Travaux publics, au ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, aux collectivités, aux entreprises publiques et à tous les acteurs de l’aménagement. Chaque nouveau chantier devrait être l’occasion de constituer une véritable cartographie des réseaux existants et de programmer ceux qui seront nécessaires demain.
Ne plus payer demain ce que l’on pouvait prévoir aujourd’hui
Le déplacement d’un câble électrique peut sembler être une dépense marginale à l’échelle d’un grand projet. Mais multipliée par des dizaines ou des centaines de chantiers, cette logique finit par coûter cher à la collectivité. L’argent consacré à déplacer des réseaux qui auraient pu être anticipés ne finance ni logement social, ni assainissement, ni bassin versant, ni nouvel équipement public.
C’est précisément là que se trouve l’enjeu politique de ce chantier. Le Gabon accélère la modernisation de ses infrastructures et doit désormais franchir une étape supplémentaire, celle de la planification intégrée.
Le boulevard de la Transition ne doit donc pas seulement être achevé. Il doit servir de laboratoire. Une difficulté rencontrée aujourd’hui peut devenir la règle de prudence qui évitera demain dix difficultés similaires.
Les routes du futur seront celles qui intégreront dès leur conception les réseaux du futur. Elles seront pensées pour accueillir une ville qui n’existe pas encore, des technologies qui ne sont pas encore généralisées et des besoins que personne ne peut totalement prévoir.
La question n’est finalement pas de savoir combien coûtera le déplacement de ce câble. La véritable question est de savoir combien le Gabon acceptera encore de payer pour ne pas avoir suffisamment anticipé. Un État qui veut bâtir durablement doit apprendre à regarder sous la route avant de construire dessus. C’est à ce niveau que se joue la différence entre un chantier réussi et une véritable politique d’aménagement du territoire.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : Construire une route, c’est dessiner les cinquante prochaines années d’un territoire

















