Economie

Greta Marat-Abyla : changer de tribunal, pas de combat

Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le parcours d’une magistrate ne se mesure pas uniquement au nombre de décisions rendues. Il se lit aussi dans les causes auxquelles elle choisit de consacrer son énergie. Après plusieurs années au Tribunal pour enfants de Port-Gentil, Greta Marat-Abyla Tchandi, magistrate hors hiérarchie, ouvre un nouveau chapitre de sa carrière en rejoignant le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS) comme conseillère juridique.

Un changement d’univers qui pourrait sembler radical. Il l’est moins si l’on considère le fil conducteur de son action : le droit comme instrument de protection, de responsabilité et de transformation.

À Port-Gentil, la présidente du Tribunal pour enfants n’a pas limité son intervention à l’enceinte judiciaire. Elle s’est régulièrement déplacée vers les lieux où les fragilités de l’enfance devenaient les plus visibles. Son passage devant la justice des mineurs aura ainsi illustré une conception moins abstraite de la fonction judiciaire : écouter, prévenir, accompagner et, lorsque cela est possible, créer les conditions d’une réinsertion.

Quand la justice sort de ses murs

En juillet 2024, Greta Marat-Abyla s’était rendue à la prison centrale de Port-Gentil pour rencontrer les mineurs détenus. Santé, scolarité, conditions de détention, demandes de liberté provisoire : les préoccupations recueillies à cette occasion révélaient une difficulté structurelle que la magistrate avait publiquement soulignée, celle de l’absence d’une véritable maison d’arrêt dédiée aux enfants.

Cette question n’est pas secondaire. Lorsqu’un système judiciaire destiné aux mineurs doit fonctionner dans des infrastructures conçues pour d’autres catégories de détenus, la protection de l’enfant risque de rester un principe juridique plus qu’une réalité quotidienne. L’application effective du Code de l’enfant dépend alors autant des textes que des moyens matériels, humains et institutionnels disponibles.

Quelques mois plus tard, près d’une quarantaine de jeunes détenus âgés de 13 à 17 ans ont bénéficié d’une consultation médicale organisée dans le cadre d’une action du Tribunal pour enfants. L’intervention d’un psychologue avait également permis d’aborder la question de la récidive et de rappeler aux jeunes concernés que la condamnation ne devait pas nécessairement signifier la fin d’un parcours. Un accompagnement sur six mois autour de projets générateurs de revenus avait même été envisagé.

Cette démarche révèle une évolution importante de la justice des mineurs : punir l’acte ne suffit pas lorsque l’objectif demeure de prévenir sa répétition. La réinsertion devient alors une composante de la politique judiciaire, et non un supplément d’humanité.

De la protection à la prévention

Cette approche s’est également exprimée en dehors des établissements pénitentiaires. En novembre 2025, le Tribunal pour enfants de Port-Gentil a organisé une action de sensibilisation dans une école, consacrée aux droits de l’enfant. Une simulation d’audience avait permis aux élèves de comprendre concrètement le fonctionnement de la justice.

L’intérêt de telles initiatives dépasse leur portée pédagogique immédiate. Une institution judiciaire qui explique son rôle aux enfants contribue aussi à construire une culture du droit dès le plus jeune âge. Elle ne se contente plus d’intervenir lorsque l’infraction est commise ; elle cherche à agir avant que la rupture ne survienne.

Cette logique de prévention s’est encore manifestée en 2026 lors de contrôles menés dans des snacks et des boîtes de nuit afin de vérifier le respect de l’interdiction de vente d’alcool aux moins de 18 ans. Là encore, le sujet dépasse la simple application d’une règle. Il touche à la capacité d’une société à protéger effectivement les mineurs dans les espaces où ils peuvent être exposés à des risques.

Le bilan de cette séquence professionnelle tient donc moins à une succession d’actions qu’à une certaine conception de la magistrature : la justice des enfants ne peut être pleinement efficace si elle intervient uniquement après les faits.

Une nouvelle mission, un autre levier

Son arrivée au FGIS change désormais le terrain, mais pas nécessairement la nature des responsabilités. Comme conseillère juridique, Greta Marat-Abyla évoluera dans un environnement où le droit accompagne des décisions d’investissement, de financement et de développement stratégique. Le passage de la justice des mineurs à l’investissement public constitue ainsi un changement d’échelle autant qu’un changement de fonction.

Il serait toutefois réducteur d’établir une continuité automatique entre ses précédentes responsabilités judiciaires et sa nouvelle mission. Ce que l’on peut observer, en revanche, c’est le transfert d’une expertise juridique acquise au sein d’une institution confrontée à des enjeux humains sensibles vers une structure appelée à sécuriser et accompagner des opérations économiques stratégiques.

Son départ du Tribunal pour enfants marque donc la fin d’une séquence, pas nécessairement celle d’une conception exigeante du service public. À Port-Gentil, son action aura contribué à rendre plus visible une réalité souvent reléguée derrière les statistiques : derrière chaque dossier de mineur se trouve une trajectoire qu’une institution peut contribuer à interrompre, à réparer ou à reconstruire.

Le prochain chapitre se jouera désormais dans un autre registre, celui de l’investissement stratégique. De la protection de l’enfant à la sécurisation juridique des choix économiques, le décor change ; la responsabilité, elle, demeure.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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