Environnement

Baleines : l’Afrique veut peser à Hobart

Libreville, Mardi 25 Août 2026 (Infos Gabon) – À un mois de la 70e réunion de la Commission baleinière internationale, l’Afrique francophone entend désormais faire entendre une voix plus forte dans un débat longtemps dominé par les puissances de la chasse à la baleine.

La Coalition d’Afrique pour les Baleines affirme avoir réuni plus de 210 signataires africains autour d’une note de position appelant les États d’Afrique de l’Ouest et du Centre à défendre la conservation des cétacés, à soutenir le projet de Sanctuaire baleinier de l’Atlantique Sud et à maintenir le moratoire international sur la chasse commerciale.

L’enjeu est loin d’être symbolique. La CBI70 se tiendra à Hobart, en Australie, du 27 septembre au 2 octobre 2026. Son ordre du jour comprend notamment une proposition formelle visant à créer un Sanctuaire baleinier de l’Atlantique Sud, ainsi qu’une résolution consacrée à la mise en place d’un programme de conservation et de gestion des populations de baleines fondé sur leur « utilisation durable ».

Cette dernière formulation est au cœur de la bataille politique. Le moratoire sur la chasse commerciale demeure en vigueur depuis 1986, même si quelques pays continuent de pratiquer la chasse sous objection ou réservation au régime international. La Coalition estime que toute initiative susceptible de remettre la chasse commerciale au centre des discussions doit donc être considérée avec la plus grande vigilance.

Le Togo au centre d’une controverse africaine

La mobilisation africaine prend un relief particulier avec la position attribuée au Togo. La Coalition indique que Lomé a co-parrainé la résolution portée par Antigua-et-Barbuda et demande au gouvernement togolais de revenir sur ce soutien. Cette accusation doit être replacée dans le cadre plus large des débats de la CBI, où les alliances peuvent modifier l’équilibre d’une majorité.

Le sujet est politiquement sensible parce que le projet de Sanctuaire de l’Atlantique Sud est ancien et n’a jamais obtenu la majorité des trois quarts nécessaire pour modifier le règlement de la Commission. Le projet a été défendu au fil des années par plusieurs États de la région, dont le Brésil, l’Argentine, l’Afrique du Sud, l’Uruguay et le Gabon. En 2024, il a encore obtenu une majorité simple, sans atteindre le seuil requis.

La contradiction soulignée par les organisations environnementales est donc stratégique. D’un côté, de nombreux pays africains revendiquent leur engagement en faveur de la biodiversité, des océans et de la protection des espèces migratrices. De l’autre, leurs votes au sein de la CBI peuvent contribuer à maintenir ouvertes des perspectives favorables à la chasse commerciale.

Pour la Coalition, l’Afrique aurait intérêt à défendre une ligne plus cohérente avec ses propres priorités. Les baleines traversent les frontières maritimes, jouent un rôle dans les écosystèmes océaniques et sont liées à des économies côtières qui dépendent de la santé des mers. La CBI elle-même a progressivement élargi son champ d’action à des questions telles que les prises accidentelles, les collisions avec les navires, les déchets marins, le bruit sous-marin et l’observation des baleines.

Une bataille de gouvernance autant que de conservation

Le débat qui s’ouvrira à Hobart ne portera donc pas uniquement sur les baleines. Il portera sur le modèle de gouvernance des ressources marines que les États veulent promouvoir. Une logique fondée sur la conservation et les usages non létaux ou une approche qui redonne progressivement une place à l’exploitation commerciale des cétacés.

Pour les pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, la question est particulièrement stratégique. Le continent possède des façades maritimes considérables, des communautés de pêcheurs nombreuses et des écosystèmes dont la productivité dépend de la qualité des océans. Les baleines ne constituent pas une ressource alimentaire traditionnelle majeure pour ces sociétés, mais leur conservation peut s’inscrire dans une politique plus large de protection des écosystèmes, de recherche scientifique et d’économie bleue.

La Coalition veut désormais transformer la mobilisation de la société civile en pression politique. Une conférence publique en ligne est annoncée le 2 septembre 2026, de 10 heures à 11 h 30 GMT, afin d’informer scientifiques, journalistes, ONG, institutions, réseaux de pêcheurs, jeunes et communautés côtières sur les enjeux de la CBI70 et les positions défendues par les gouvernements de la région.

Cette stratégie vise aussi à rendre les votes plus visibles. La Coalition annonce vouloir suivre et documenter les interventions et prises de position des commissaires africains à Hobart. Son objectif est de faire de la transparence diplomatique un levier de responsabilité publique.

Le rendez-vous australien pourrait ainsi devenir un moment de clarification pour l’Afrique. Le continent ne pèsera pas seulement par le nombre de ses États membres, mais par la cohérence de leurs choix.

La question est désormais simple. L’Afrique veut-elle être spectatrice d’un débat conçu ailleurs ou défendre une doctrine propre de conservation des océans ? À Hobart, son influence se mesurera moins à ses déclarations qu’à ses votes. Soutenir le Sanctuaire de l’Atlantique Sud et préserver le moratoire ne relèverait pas seulement d’une position écologique. Ce serait aussi affirmer qu’une Afrique maritime peut défendre ses intérêts, ses écosystèmes et sa vision de l’économie bleue avec une voix qui lui appartient.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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