Société

Gabon : Okala, le chantier de la route face à l’épreuve du dialogue

Libreville, Mardi 25 Août 2026 (Infos Gabon) – À Okala Village, dans le nord de Libreville, le projet d’élargissement de la voie routière entre dans une phase qui inquiète profondément les habitants.

À la veille d’une opération de démolition annoncée pour le 25 août 2026, un collectif de riverains a publiquement demandé la suspension des opérations, non par opposition au développement des infrastructures, mais pour réclamer ce qu’il considère comme les conditions indispensables à une transformation acceptée, le dialogue, la transparence et le règlement préalable des questions foncières et d’indemnisation.

Réunis lundi 24 août, les représentants du collectif ont affirmé que plusieurs dizaines de familles pourraient être directement concernées. Édouard Ekomie, accompagné notamment de Mme Alphonsine Ngoua Mba, a rappelé l’ancrage ancien du village et sa dimension historique et spirituelle. Selon les habitants, plusieurs générations y sont installées et certaines concessions abritent également des sépultures familiales. Cette dimension patrimoniale rend la question plus sensible qu’un simple projet d’emprise routière.

Le conflit ne date pas d’hier. Dès juin, les riverains dénonçaient déjà des marquages effectués par l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre et demandaient davantage de concertation. Ils affirmaient alors être favorables au désenclavement et à l’amélioration des voies, tout en contestant les modalités envisagées pour le chantier. Plusieurs médias gabonais ont rapporté cette mobilisation et les demandes formulées par les propriétaires et notables locaux.

La nouveauté de la crise actuelle réside dans l’impression d’urgence laissée aux familles. Selon le collectif, des terrains ont de nouveau été marqués et un délai très court aurait été communiqué avant les démolitions. Les habitants soutiennent avoir pourtant participé à des rencontres avec des représentants des autorités et avoir constitué des dossiers comprenant notamment titres fonciers, plans de bornage et expertises. Ils regrettent que ces démarches n’aient pas encore produit, selon eux, une réponse suffisamment claire de l’administration.

Ils avancent également une solution alternative. Plutôt que de faire passer l’emprise routière au cœur du village, le collectif propose un tracé par l’arrière, en direction de la mangrove, qu’il juge moins destructeur pour les habitations et potentiellement moins coûteux. La pertinence technique et financière de cette proposition reste naturellement à évaluer par les services compétents.

Le point le plus sensible concerne cependant l’indemnisation. Les habitants affirment ne pas vouloir bloquer un projet qu’ils considèrent nécessaire, mais demandent que la situation des propriétaires et des familles impactées soit clarifiée avant toute démolition. Les précédents échanges rapportés dans la presse montrent que cette question constitue depuis plusieurs mois l’un des principaux motifs de tension autour du projet Okala-Delta.

Le dossier pose ainsi une question plus large sur la manière de conduire les grands travaux urbains au Gabon. Libreville a besoin de routes nouvelles, d’échangeurs et de voies plus fluides. Mais une infrastructure publique gagne en légitimité lorsqu’elle est accompagnée d’un dispositif clair d’information, de concertation et de traitement des situations foncières. La rapidité d’un chantier ne devrait pas devenir la faiblesse juridique ou sociale du projet.

À Okala, le collectif interpelle désormais directement le président Brice Clotaire Oligui Nguema et demande une suspension permettant de reprendre les discussions. Les autorités compétentes n’avaient pas encore publiquement répondu, lundi, à l’ensemble des accusations formulées par les riverains.

Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre le développement et les habitants d’Okala. Il est de montrer qu’un grand chantier peut avancer sans transformer le progrès en confrontation. Une route peut désenclaver un territoire, mais elle ne devrait pas commencer par rompre le dialogue avec ceux qui y vivent. À Okala, la solution la plus forte pourrait être celle qui permet à la fois de construire la voie et de préserver la confiance.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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