Gabon : Le bois cherche son second souffle
Libreville, Mercredi 26 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut désormais transformer sa puissance forestière en puissance économique sans sacrifier le capital naturel qui constitue précisément son avantage comparatif.
Le 24 août 2026, une double séquence de travail consacrée à Gabon Infini et à la filière forêt-bois a placé cette équation au centre de l’action gouvernementale. Autour du vice-président du gouvernement Hermann Immongault et du ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, et de l’économie Thierry Minko, l’exécutif a tenté de rapprocher deux impératifs longtemps traités séparément, soutenir les entreprises du bois et faire de la conservation un levier de développement.
Le premier dossier porte sur Gabon Infini, mécanisme de financement destiné à soutenir pendant dix ans la conservation des écosystèmes et le développement des communautés. Le programme vise à mobiliser jusqu’à 200 millions de dollars, soit plus de 110 milliards de francs CFA, avec une participation de l’État gabonais et de The Nature Conservancy. Son architecture doit financer à la fois la conservation, les activités durables et la résilience des populations, notamment face au conflit homme-faune.
Le projet a déjà franchi plusieurs étapes. En août, son comité de pilotage a validé un plan de développement communautaire et de conservation appelé à orienter son déploiement sur dix ans. L’objectif s’inscrit dans l’engagement du Gabon de protéger 30 % de ses écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce d’ici 2030.
Mais cette ambition écologique n’a de cohérence économique que si la filière forêt-bois gagne elle aussi en compétitivité. C’est tout l’objet de la seconde séquence gouvernementale.
Le bois gabonais face à ses contraintes
Les discussions ont porté sur les difficultés rencontrées par les opérateurs et sur les mesures susceptibles de restaurer leurs marges de manœuvre. Parmi les pistes annoncées figure notamment une mercuriale des prix, particulièrement attendue dans la Zone à régime privilégié de Nkok, ainsi que la poursuite du remboursement de la TVA et de l’apurement des créances dues aux entreprises.
Ces mesures répondent à un problème simple mais décisif. Une industrie ne peut investir, employer et monter en gamme si sa trésorerie est durablement absorbée par des créances publiques ou si ses prix de transaction restent difficiles à structurer. Pour le secteur forêt-bois, cette question est d’autant plus stratégique que le Gabon cherche depuis plusieurs années à dépasser l’exportation de matières premières brutes pour développer davantage de transformation locale.
Le pays dispose déjà d’un précédent majeur avec la Zone économique spéciale de Nkok, devenue le principal pôle de transformation du bois du Gabon. Le gouvernement cherche désormais à consolider cet écosystème et à améliorer les conditions permettant aux entreprises d’exporter des produits à plus forte valeur ajoutée.
Le véritable enjeu est donc de faire converger deux politiques. D’un côté, une politique industrielle capable de donner aux opérateurs visibilité, financement et compétitivité. De l’autre, une politique environnementale qui empêche que la croissance de la filière se traduise par une pression accrue sur les écosystèmes.
Passer de la conservation à une économie de la nature
C’est là que Gabon Infini devient particulièrement intéressant. Le programme ne repose pas sur une conception de la conservation comme simple mise sous cloche des espaces naturels. Il entend financer des activités communautaires compatibles avec la protection des ressources et contribuer notamment à réduire les tensions entre populations et faune sauvage.
Cette approche correspond à une évolution plus large de la stratégie gabonaise. En juillet, le gouvernement a validé une nouvelle stratégie nationale pour la biodiversité destinée à aligner la politique du pays sur le Cadre mondial de Kunming-Montréal et à intégrer la conservation dans la planification économique nationale.
Le Gabon cherche ainsi à faire de sa richesse écologique un actif économique plutôt qu’un simple patrimoine à protéger. Mais ce changement de modèle impose une gouvernance beaucoup plus rigoureuse. Les investisseurs ont besoin de visibilité, les communautés doivent percevoir des bénéfices concrets et les engagements de conservation doivent être mesurables.
Le défi sera également de ne pas opposer artificiellement forêt productive et forêt protégée. Une industrie forestière mieux organisée peut contribuer au développement économique tout en renforçant la qualité de la gestion des espaces boisés, à condition que les règles soient contrôlées et que la valeur créée reste davantage sur le territoire.
C’est précisément ce qui donne du poids au délai d’une semaine accordé aux ministères de l’Économie et des Eaux et Forêts pour formuler des propositions concrètes. Le signal politique est clair. Le gouvernement ne veut plus simplement dresser le diagnostic des difficultés de la filière. Il veut passer rapidement aux instruments capables de relancer l’activité.
Le véritable tournant pour le Gabon sera toutefois de réussir cette synthèse. Une forêt mieux protégée n’a de valeur stratégique que si les populations qui vivent autour peuvent en tirer des revenus durables. Une industrie du bois plus compétitive n’a de sens que si elle reste compatible avec la préservation du capital naturel. Gabon Infini et la relance de la filière forêt-bois peuvent donc devenir les deux faces d’une même politique. Faire de la nature une richesse, du bois une industrie et de la conservation un investissement. À condition désormais que les mesures annoncées produisent des résultats concrets, le Gabon pourrait transformer son principal patrimoine naturel en l’un des fondements de sa souveraineté économique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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