Gabon : Libreville mise sur ses enfants
Libreville, Jeudi 3 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, les vacances viennent de produire une expérience qui pourrait compter bien au-delà de la saison estivale. Pendant plus d’un mois, 105 enfants ont été réunis autour d’un programme consacré aux langues locales, à l’histoire, aux arts, au patrimoine culinaire et à la citoyenneté.
Clôturé le 2 septembre dans les jardins de l’Hôtel de Ville, le premier Village Culturel Vacances s’est voulu une réponse à une question devenue stratégique pour le Gabon. Comment transmettre une identité culturelle aux nouvelles générations alors que l’urbanisation, les nouvelles pratiques numériques et l’uniformisation des références fragilisent parfois les liens avec les patrimoines locaux.
Placée sous le thème « Ma culture, Ma langue, Mon identité », l’initiative, lancée le 29 juillet, a réuni pendant les vacances des enfants de la capitale autour d’activités à la fois éducatives et culturelles. La cérémonie de clôture, présidée par le maire de Libreville Eugène M’Ba, s’est tenue en présence du ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Arts, des représentants de l’UNESCO et de l’UNICEF, des maires adjoints et des maires d’arrondissement ainsi que des partenaires du programme.
L’intérêt de cette première édition réside moins dans son caractère événementiel que dans son approche. Les enfants n’ont pas seulement été invités à assister à des spectacles. Ils ont été placés dans une logique de découverte et de transmission. Apprendre des langues locales, mieux connaître l’histoire, comprendre les expressions artistiques, découvrir la richesse de la cuisine traditionnelle et réfléchir à la citoyenneté revient à reconnecter l’éducation à l’environnement culturel immédiat.
Cette orientation rejoint d’ailleurs les préoccupations internationales relatives à la transmission du patrimoine culturel immatériel. L’UNESCO rappelle régulièrement que la sauvegarde d’un patrimoine dépend de sa transmission aux jeunes générations et de leur participation active à sa pratique. La présence de son représentant au Gabon lors de la clôture donne ainsi une résonance particulière à l’expérience menée à Libreville.
Le bilan présenté par le directeur général de la Culture et des Arts, Pierre Célestin Angoue, fait état d’objectifs atteints et d’un intérêt manifeste des participants. Le message exprimé par les enfants eux-mêmes est peut-être plus révélateur encore. Nzue Olo Nathan, prenant la parole en leur nom, a demandé que l’expérience soit reconduite. Cette demande montre qu’un dispositif culturel gagne sa légitimité lorsqu’il parvient à susciter l’adhésion de son public plutôt qu’à simplement remplir un programme administratif.
Le projet comporte aussi une dimension sociale. À quelques jours de la rentrée scolaire, les participants ont reçu des kits scolaires. Le Village Culturel Vacances devient ainsi un espace où culture, éducation et accompagnement social se rencontrent. L’implication des services municipaux de la Jeunesse et de la Culture, des formateurs, des établissements scolaires et des partenaires privés ou institutionnels témoigne de la nécessité d’une mobilisation collective autour de ces questions.
Mais l’enjeu est désormais celui de la durée. Une première édition peut créer un intérêt, elle ne crée pas encore une politique culturelle. Pour que le Village Culturel Vacances devienne un véritable outil de transmission, il faudrait inscrire son fonctionnement dans le temps, élargir progressivement le nombre de bénéficiaires et construire des passerelles avec les écoles, les associations culturelles, les musées, les artistes et les communautés détentrices des savoirs traditionnels.
Libreville pourrait ainsi transformer cette expérience en modèle reproductible. Les langues locales, les récits, les arts, la gastronomie et les traditions ne doivent pas être cantonnés aux cérémonies officielles. Ils peuvent devenir des supports d’éducation, de créativité et même de développement économique en rapprochant les jeunes des métiers de la culture et du patrimoine.
La première édition du Village Culturel Vacances a donc ouvert une porte. À la municipalité et à ses partenaires de décider désormais si elle restera une belle expérience de vacances ou si elle deviendra un véritable instrument de politique publique. Pour le Gabon, le choix est stratégique. Une identité qui ne se transmet pas finit par s’effacer. Une jeunesse qui la connaît, la comprend et la réinvente peut, au contraire, en faire une force pour l’avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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