Gabon : Booué, le chantier qui doit enfin former pour le bois
Libreville, Mardi 2 Août 2026 (Infos Gabon) – À Booué, l’enjeu n’est plus seulement de terminer une école longtemps attendue. Il s’agit désormais de savoir si le Gabon peut enfin aligner sa politique de formation sur son ambition industrielle.
En annonçant le 30 août 2026 la reprise des travaux de l’École des Métiers du Bois, le président Brice Clotaire Oligui Nguema rouvre un dossier vieux de quinze ans. Dans une province au cœur du massif forestier gabonais, cette promesse engage bien davantage qu’un chantier. Elle touche à l’emploi des jeunes, à la transformation locale et à la capacité du pays à retenir une plus grande part de la valeur créée par ses ressources naturelles.
L’établissement devait constituer dès l’origine un pôle spécialisé destiné à former des techniciens et professionnels capables d’accompagner l’exploitation et surtout la transformation du bois. Le projet, lancé politiquement en 2011 et engagé dans les années suivantes, n’a pourtant jamais été livré. Son coût global avait été évalué à environ 17 milliards de francs CFA. En mars 2024, lors d’une précédente visite à Booué, Oligui Nguema avait déjà annoncé la reprise du chantier et évoqué un engagement de livraison sous 18 mois. Deux ans plus tard, l’école reste donc à relancer.
Quinze ans d’attente, une nouvelle promesse
Cette chronologie impose une lecture lucide de l’annonce présidentielle. La question essentielle n’est plus de savoir si l’école est utile. Sa pertinence apparaît évidente. Le véritable sujet est l’exécution. Aucun calendrier précis de reprise, aucun nouveau chiffrage du besoin financier ni niveau d’avancement actualisé n’ont été communiqués dans l’annonce du 30 août. Le précédent épisode avait déjà montré qu’une promesse de délai ne suffit pas à garantir l’achèvement d’une infrastructure publique.
L’urgence est pourtant réelle. Le secteur forêt-bois demeure l’un des principaux réservoirs d’emplois privés du Gabon. La Banque mondiale le présentait récemment comme le premier employeur privé du pays, avec près de 15 000 emplois directs et indirects, tandis que la filière représentait 3,2 % du PIB et 6 % des exportations en 2023. Le gouvernement cherche parallèlement à renforcer la transformation locale et à diversifier les débouchés du bois gabonais. En août 2026, il a notamment annoncé l’apurement de 20 milliards de FCFA de créances de TVA dues aux opérateurs forestiers afin de soutenir leurs capacités financières.
Former là où la ressource crée de la richesse
Dans ce contexte, Booué possède un avantage stratégique. Former dans le territoire où la ressource est exploitée permet de rapprocher l’enseignement technique des réalités économiques locales et de réduire la concentration des opportunités à Libreville. Mais une école spécialisée ne produira des résultats que si elle est conçue avec les entreprises et pour leurs besoins réels.
Cela signifie des ateliers fonctionnels, des machines adaptées aux procédés contemporains, des formateurs qualifiés, des stages et une véritable alternance avec les industriels. L’expérience des centres de formation professionnelle installés à Nkok montre d’ailleurs l’intérêt d’un modèle reliant directement enseignement, équipements pratiques, apprentissage et employeurs. Ces structures, soutenues par la Banque mondiale, ont été conçues précisément pour rapprocher les compétences enseignées des besoins du marché du travail.
Pour Booué, l’ambition devrait aller plus loin. L’école pourrait devenir un laboratoire territorial de la deuxième et de la troisième transformation du bois, avec des compétences allant de la scierie à la menuiserie industrielle, du mobilier à la construction bois, sans exclure les nouveaux usages liés à la recherche, au design ou à la valorisation des sous-produits forestiers.
Ne plus exporter seulement une ressource
Le Gabon ne manque pas de forêt ni de discours sur la transformation locale. Son défi est de convertir cette richesse naturelle en chaînes de valeur durables, en emplois qualifiés et en entreprises capables de se développer sur le territoire. Le gouvernement travaille d’ailleurs à la relance de la filière dans un contexte de ralentissement de certains marchés internationaux, en recherchant de nouveaux débouchés africains et en renforçant la consommation locale.
C’est précisément là que l’École des Métiers du Bois de Booué peut prendre une dimension stratégique. Elle pourrait fournir à l’Ogooué-Ivindo les compétences nécessaires pour que les investissements forestiers, industriels et futurs projets économiques génèrent davantage de valeur localement. Dans une province appelée par ailleurs à bénéficier des retombées de nouveaux investissements, notamment autour du projet de Belinga, la question des compétences devient centrale pour éviter que les emplois les plus qualifiés ne profitent principalement à une main-d’œuvre venue d’ailleurs.
L’annonce du 30 août constitue donc une seconde chance. Mais la réussite ne se mesurera ni aux bâtiments restaurés ni à l’inauguration d’une nouvelle infrastructure. Elle se mesurera au nombre de jeunes formés, recrutés et devenus entrepreneurs, à la qualité des entreprises accompagnées et à la quantité de valeur que le territoire pourra enfin retenir.
Après quinze années d’attente, Booué n’a plus besoin d’une promesse supplémentaire. Elle a besoin d’un établissement opérationnel, financé, équipé et connecté à l’industrie. C’est à cette condition que cette école cessera d’être un chantier emblématique pour devenir ce qu’elle aurait dû être depuis longtemps, un instrument de souveraineté économique et de transformation du Gabon.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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