Gabon : Oligui Nguema, bâtir plutôt que commenter
Libreville, Vendredi 11 Septembre 2026 (Infos Gabon) – La scène peut prêter à sourire. Elle contient pourtant une leçon politique d’une portée beaucoup plus large.
Au cours d’un échange avec Chamberlain Moukouama, Brice Clotaire Oligui Nguema a été interpellé sur une éventuelle intervention du même type au sein du gouvernement, en lien avec la sommation faite à Airtel Gabon et Canal+ Gabon d’accélérer leurs projets de sièges sociaux sur les espaces qui leur ont été concédés à Plaine Orety, sous peine de voir l’État réexaminer les avantages accordés. Le ton présidentiel a été particulièrement direct.
La réponse du chef de l’État, formulée avec le sourire, fut directe et presque familière. « Oh ! Les affaires du gouvernement ne te regardent pas. Occupe-toi de la construction du pays. »
Au-delà de la formule, le Président remet ainsi chacun devant une responsabilité essentielle. Le redressement du Gabon ne peut pas être l’affaire exclusive du gouvernement. Il suppose une mobilisation de toutes les forces vives, à condition que cette participation ne se transforme pas en agitation permanente autour des seules décisions de l’État.
Le message est particulièrement révélateur dans un pays qui connaît une forte attente à l’égard des pouvoirs publics. Routes, écoles, hôpitaux, eau, électricité, emplois, logements et infrastructures sont naturellement du ressort de l’État. Mais aucune politique publique ne peut produire durablement ses effets sans l’implication des citoyens, des entrepreneurs, des cadres, des associations, des collectivités et des acteurs de terrain.
La phrase présidentielle prend alors une signification plus large. Elle invite à privilégier l’action sur le commentaire, la proposition sur la critique stérile et la responsabilité sur l’attente.
Le Gabon est aujourd’hui engagé dans une phase où de nombreux projets sont lancés ou relancés. Dans plusieurs provinces, les chantiers deviennent l’un des principaux marqueurs de cette volonté de transformation. Mais leur réussite dépendra aussi de la capacité de la société à accompagner ce mouvement, à surveiller les réalisations, à signaler les insuffisances et surtout à proposer des solutions.
C’est ici que le propos adressé à Chamberlain Moukouama peut être compris comme une forme de pédagogie politique. Dire à quelqu’un de « s’occuper de la construction du pays » revient à lui rappeler que la citoyenneté ne se limite pas à observer le pouvoir ou à attendre de lui des réponses.
Construire un pays est une œuvre collective.
L’entrepreneur construit par son investissement. L’enseignant construit par la formation. Le journaliste construit aussi lorsqu’il informe avec rigueur et permet au citoyen de comprendre les enjeux. L’ingénieur construit par son expertise. L’élu local construit par sa proximité. Le fonctionnaire construit lorsqu’il transforme une décision en service public. Le jeune construit lorsqu’il développe une compétence au lieu d’attendre seulement un recrutement.
Cette vision est particulièrement importante à l’heure où le Gabon cherche à accélérer sa transformation économique. Une économie ne se redresse pas uniquement par les décisions présidentielles. Elle avance lorsque l’initiative privée, l’administration, les territoires et la société civile convergent vers des objectifs communs.
La remarque du Président comporte aussi une autre dimension. Elle rappelle que la concentration excessive de l’attention sur les affaires politiques peut détourner la société de l’essentiel. Dans un pays qui doit encore rattraper certains retards d’infrastructure et renforcer son appareil productif, chaque énergie consacrée au débat politique devrait, autant que possible, déboucher sur une capacité supplémentaire à agir.
Cela ne signifie évidemment pas que les citoyens doivent renoncer à s’intéresser au gouvernement, à questionner ses choix ou à contrôler l’action publique. Une démocratie saine a besoin de citoyens attentifs. Mais cette vigilance gagne à être accompagnée d’une contribution. Le Gabon qui veut se développer a précisément besoin de cette maturité.
La petite scène entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Chamberlain Moukouama peut donc être retenue pour ce qu’elle suggère. Le chef de l’État ne peut pas tout faire, pas plus qu’il ne peut être partout. Son rôle est de fixer une direction et de mobiliser les institutions. Celui des autres composantes de la société est de prendre leur part dans cette construction.
C’est peut-être le sens le plus profond de cette réponse lancée avec le sourire. Ne pas passer son temps à demander qui fait quoi au sommet. Se demander plutôt ce que chacun peut faire à son niveau. Le Gabon n’a pas seulement besoin de citoyens qui regardent le chantier. Il a besoin de citoyens qui y prennent leur part.
Et dans une période où le pays veut accélérer, cette différence entre commenter la construction du Gabon et contribuer à sa construction pourrait bien être l’une des plus importantes.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon

















