Gabon : Oyem, la justice tranche dans l’affaire Megne
Libreville, Vendredi 11 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Oyem, le feuilleton judiciaire qui a capté l’attention du Woleu-Ntem vient de connaître son épilogue.
Après une plainte, une enquête, plusieurs jours de détention provisoire et une audience très suivie, Megne, directeur d’Académie provinciale du Woleu-Ntem, a finalement été condamné par le tribunal correctionnel d’Oyem à trois mois d’emprisonnement avec sursis et 300 000 FCFA d’amende.
La décision du 10 septembre met fin à une affaire née d’une altercation conjugale, mais dont les répercussions ont dépassé depuis longtemps le cercle privé.
Les faits remontent au 26 août 2026, dans le quartier Ancien-Hôpital. Selon les éléments présentés à l’audience, Luc-Constant Megne avait retrouvé sa compagne, l’enseignante d’espagnol Hurlaine Cheryle Zong Edzang, dans le véhicule de M. Metoulou. Une altercation avait suivi. Le DAP reconnaissait avoir extrait sa compagne du véhicule et lui avoir donné une gifle, tout en contestant l’ampleur des violences qui lui étaient reprochées. De son côté, l’enseignante soutenait avoir été frappée puis traînée au sol. Le témoin présent dans le véhicule affirmait ne pas avoir vu Luc-Constant Megne porter de coups à la jeune femme.
Une plainte avait été déposée le 27 août. Après enquête, le responsable administratif avait été placé sous mandat de dépôt le 31 août à la prison centrale d’Oyem. Le dossier était alors devenu une affaire publique, d’autant que la personne poursuivie occupait une fonction de responsabilité dans l’Éducation nationale.
Le procès du 3 septembre avait apporté un retournement supplémentaire. Hurlaine Cheryle Zong Edzang avait retiré sa plainte et ne s’était pas constituée partie civile. Le parquet avait néanmoins maintenu les poursuites et requis une peine d’un an d’emprisonnement, dont six mois ferme, ainsi que 200 000 FCFA de dommages et intérêts. La défense avait plaidé la relaxe.
Le jugement rendu le 10 septembre n’a finalement retenu ni la relaxe défendue par l’avocat ni la sévérité requise par le ministère public. La condamnation à trois mois avec sursis signifie que la peine privative de liberté n’est pas exécutée immédiatement, sous réserve du régime juridique applicable au sursis. L’amende, elle, est fixée à 300 000 FCFA.
Cette issue rappelle surtout une règle essentielle de la justice pénale. Le retrait d’une plainte ne signifie pas nécessairement que l’action publique disparaît. Une fois la justice saisie, le parquet peut poursuivre lorsqu’il estime que les éléments du dossier le justifient. C’est précisément ce qui s’est produit à Oyem.
Mais au-delà du verdict, cette affaire pose une question d’image et de responsabilité. Un directeur d’Académie provinciale est investi d’une autorité particulière dans le système éducatif. Lorsqu’un responsable public se retrouve au centre d’une procédure pour violences présumées impliquant une agente de son propre environnement professionnel, le dossier cesse inévitablement d’être perçu comme une simple querelle privée.
La justice a désormais tranché. Il appartient à chacun de respecter cette décision sans effacer la gravité du sujet qu’elle a révélé. Les violences au sein du couple, comme toutes les violences fondées sur le genre, ne peuvent être banalisées par leur contexte sentimental ou par le retrait ultérieur d’une plainte.
L’affaire Megne laissera donc deux enseignements. Le premier concerne la justice, qui doit pouvoir poursuivre son cours indépendamment des revirements des parties. Le second concerne les responsables publics, dont la vie privée peut devenir une question institutionnelle lorsque leurs comportements sont susceptibles d’affecter leur autorité ou la confiance placée en eux.
À Oyem, le tribunal a clos le dossier pénal par une condamnation. Reste désormais pour l’administration de l’Éducation nationale une autre question, plus silencieuse mais tout aussi importante, celle de la responsabilité professionnelle et de l’exemplarité attendue de ceux qui incarnent l’État face aux agents et aux citoyens.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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