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Santé : Le Gabon face au défi de ses soignants

Libreville, Mardi 8 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le dialogue ouvert le 7 septembre entre le gouvernement et les infirmières et sages-femmes des promotions 2021 et 2022 remet au premier plan une question qui dépasse largement le seul destin administratif de quelques centaines de professionnels.

Il touche au cœur de la performance du système de santé gabonais. Une infirmière ou une sage-femme formée, diplômée puis maintenue dans l’attente de son intégration représente à la fois une compétence disponible et une capacité de soins qui n’est pas pleinement mobilisée.

Reçues à Libreville par la ministre de la Santé, le Pr Elsa Nkana Joséphine Ayo-Bivigou, les représentantes et représentants du collectif sont venus exposer leurs préoccupations relatives à leur recrutement. La rencontre s’est déroulée dans un climat présenté comme constructif, et la ministre a assuré que les doléances seraient prises en compte. Aucune mesure définitive de recrutement n’a toutefois été annoncée à l’issue de cette première audience.

Cette nuance est essentielle. Le dialogue constitue une ouverture politique, mais il ne vaut pas encore règlement du problème. Pour les professionnels concernés, l’attente se joue désormais sur des décisions administratives concrètes.

Le problème est plus ancien que les promotions 2021 et 2022

Leur situation s’inscrit dans un chantier beaucoup plus vaste. En mai dernier, le gouvernement avait lancé une commission tripartite réunissant les ministères de la Santé, de la Fonction publique et de l’Économie afin de traiter les dossiers administratifs accumulés depuis plusieurs années. Les travaux portaient notamment sur les intégrations non finalisées, les titularisations, les reclassements, les avancements et les rappels de solde.

À l’issue de cette séquence, le traitement de 3 890 dossiers d’intégration avait été recommandé avant le 31 décembre 2026, tandis qu’un rythme de transmission de 500 dossiers mensuels à la solde avait été retenu pour certaines catégories de régularisation.

Le rendez-vous avec les promotions 2021 et 2022 doit donc être lu comme un nouvel épisode d’un problème structurel. Le Gabon ne manque pas uniquement de médecins ou de personnels paramédicaux. Il doit aussi résoudre la difficulté de faire correspondre les besoins des établissements, les formations disponibles, les postes budgétaires et les procédures administratives.

Cette équation est déterminante. Dans un secteur aussi sensible, recruter ne consiste pas simplement à augmenter les effectifs. Il faut affecter les personnels là où les besoins sont les plus importants, sécuriser leur carrière et garantir que les compétences acquises par la formation bénéficient effectivement aux patients.

Former sans intégrer, un coût pour tout le système

La question est d’autant plus stratégique que le pays continue d’investir dans la formation des personnels de santé. Des sages-femmes formées avec l’appui de partenaires internationaux se trouvent aujourd’hui en activité dans des structures hospitalières gabonaises, tandis que de nouvelles filières se développent dans les sciences infirmières et la maïeutique.

Cette progression crée une responsabilité supplémentaire pour l’État. Former davantage sans construire parallèlement une politique claire d’absorption des diplômés risque de produire un paradoxe coûteux, celui d’un pays qui investit dans les compétences tout en laissant une partie de ces compétences en attente d’emploi ou de régularisation.

Or le besoin sanitaire n’est pas théorique. Les infirmières et les sages-femmes constituent le premier niveau de prise en charge dans de nombreux établissements et jouent un rôle central dans les soins maternels, néonatals et dans la continuité des services. Leur disponibilité influence directement la capacité des structures à répondre aux besoins des populations.

Le gouvernement a donc intérêt à transformer cette concertation en calendrier vérifiable. Une intégration annoncée, une affectation connue et une prise de service effective valent davantage qu’une succession de promesses administratives.

Le dossier des promotions 2021 et 2022 devient ainsi un test de crédibilité pour la politique sanitaire. Le Gabon affirme vouloir bâtir un système plus accessible, plus performant et plus équitable. Cela commence par ceux qui font fonctionner les hôpitaux, les centres de santé et les maternités.

Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le nombre de réunions organisées, mais le nombre de situations effectivement réglées. Dans la santé comme ailleurs, la confiance publique naît lorsque l’administration transforme l’écoute en décision, puis la décision en résultat.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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