Economie

Gabon : Akanda, le dialogue avant la démolition

Libreville, Vendredi 11 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Akanda, le gouvernement choisit une nouvelle fois de ralentir la machine avant qu’elle ne produise une nouvelle crise foncière.

Le 11 septembre 2026, le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a reçu les responsables de la SCI La Fontaine pour examiner un différend qui oppose depuis une vingtaine d’années le propriétaire d’un titre foncier à plusieurs familles installées sur une partie du terrain, dans la zone du Stade de l’Amitié. Une quarantaine de familles sont concernées selon le service communication du ministère.

La démarche est significative parce qu’elle intervient après une médiation qui vient de produire, à Nzeng-Ayong, un résultat particulièrement rare dans les conflits fonciers gabonais. Le 6 septembre, après 32 années de bras de fer entre Serge Esnault, détenteur d’un titre foncier, et des occupants de sa propriété, un protocole d’accord a été signé sous la médiation de l’État. Le propriétaire a accepté de céder à l’État les superficies effectivement occupées, avec une compensation foncière équivalente prévue en retour, tandis que les occupants éligibles doivent pouvoir entrer dans une procédure de régularisation.

Ce précédent donne aujourd’hui à Mays Mouissi une nouvelle responsabilité. Il est désormais sollicité non simplement pour administrer un dossier, mais pour reproduire une méthode qui consiste à empêcher qu’un conflit ancien ne se transforme en affrontement brutal entre droit de propriété et réalité sociale.

À Akanda, le ministre a demandé à ses équipes de commencer par l’essentiel, établir précisément la réalité du terrain. Les constructions existantes doivent être recensées, les parcelles encore nues identifiées et les niveaux d’occupation établis. La piste étudiée consiste à permettre la régularisation des familles ayant déjà construit, sous réserve qu’elles remplissent les conditions requises. Pour les parcelles nues, clôturées ou simplement occupées par des sous-bassements, la superficie susceptible d’être régularisée pourrait être plafonnée à 500 m² par parcelle. Ces éléments restent à consolider à l’issue de l’expertise foncière annoncée.

La logique est importante. Avant de démolir, mesurer. Avant de déplacer, comprendre. Avant de trancher, discuter.

Akanda après Nzeng-Ayong

Le dossier de la SCI La Fontaine arrive donc au moment où le ministère cherche à faire de la médiation un véritable instrument de politique foncière. Nzeng-Ayong en constitue désormais le premier exemple emblématique. Dans cette affaire, les juridictions avaient reconnu les droits du propriétaire, sans pour autant faire disparaître l’occupation sur le terrain. La médiation a alors permis de rechercher une solution qui protège le titre foncier sans déclencher une évacuation massive.

Akanda reprend une problématique comparable, avec une difficulté supplémentaire, celle de préserver les droits du propriétaire tout en évitant que des familles installées depuis des années ne soient confrontées brutalement à la disparition de leurs habitations.

La prochaine rencontre annoncée avec le collectif de Mveng Ayong sera donc déterminante. Elle devra permettre de présenter les options envisagées, de confronter les données techniques aux réalités vécues et de vérifier quelles familles peuvent effectivement entrer dans le dispositif légal de régularisation.

Le mérite de cette méthode est de déplacer le centre de gravité du conflit. Le débat n’est plus seulement « qui a raison » mais « comment sortir durablement de la situation ».

Le foncier ne peut plus être géré uniquement dans l’urgence

Cette démarche répond à un problème devenu majeur avec l’expansion du Grand Libreville. Les terrains prennent de la valeur, les quartiers s’étendent, les populations cherchent des espaces constructibles et les projets publics multiplient les emprises. Sans anticipation et sans sécurisation juridique, les conflits d’aujourd’hui deviennent les contentieux de demain.

L’État a d’ailleurs engagé en 2026 une réforme du régime de la propriété foncière destinée notamment à renforcer la sécurité juridique et à moderniser les procédures. Parallèlement, une vaste opération de régularisation portée par le ministère concerne plusieurs milliers de familles installées sur des terrains relevant du patrimoine de la SNI, notamment à Akanda, Essassa et Owendo.

C’est pourquoi le dossier d’Akanda dépasse les quarante familles directement concernées. Il teste une méthode susceptible d’être reproduite ailleurs, à condition qu’elle reste rigoureusement encadrée.

La médiation ne doit évidemment pas devenir un mécanisme permettant de transformer automatiquement une occupation irrégulière en droit de propriété. Ce serait créer une prime au fait accompli et encourager de nouveaux conflits. Elle doit au contraire permettre de distinguer clairement les droits établis, les situations sociales constituées avec le temps et les solutions juridiquement possibles.

C’est précisément ce qui rend l’expérience de Mays Mouissi intéressante. Le ministre ne cherche pas à opposer la loi et la paix sociale. Il tente de les faire fonctionner ensemble.

Après Nzeng-Ayong, Akanda offre donc une nouvelle occasion de démontrer qu’une administration peut intervenir avant que le conflit n’atteigne son point de rupture. Si l’état des lieux est rigoureux, si les règles sont clairement expliquées et si les engagements de chaque partie sont respectés, une nouvelle démolition massive pourrait être évitée.

Le véritable enjeu est là. Un conflit foncier ne devient pas une réussite parce qu’une réunion s’est tenue. Il devient une réussite lorsque le propriétaire retrouve une sécurité juridique, que les familles concernées obtiennent une situation légale lorsqu’elles y ont droit et que le terrain cesse d’être un foyer permanent de tensions.

À Akanda, le gouvernement tente précisément cette équation. Et après le succès de Nzeng-Ayong, l’opinion regarde désormais Mays Mouissi avec une attente particulière. À lui de confirmer qu’une médiation réussie n’était pas une exception, mais le début d’une méthode.

Dans le foncier gabonais, éviter une démolition peut être une décision sociale. Éviter le prochain conflit doit devenir une politique publique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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