Gabon : Nzeng-Ayong, 32 ans pour trouver un accord
Libreville, Mercredi 9 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Trente-deux années de conflit foncier viennent de trouver une issue qui dépasse largement les limites d’une parcelle de Nzeng-Ayong.
Le 6 septembre 2026, sous la médiation de Mays Mouissi, ministère du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Serge Esnault et les occupants d’une partie de sa propriété ont signé un protocole d’accord mettant fin à un contentieux engagé en 1994.
Dans une capitale confrontée à la pression foncière et à l’extension rapide de ses quartiers, cette solution négociée constitue un signal important sur la manière dont l’État entend désormais désamorcer les conflits urbains.
Le dossier oppose depuis des décennies un détenteur de titre foncier à des familles installées sur une partie de la propriété. Plusieurs procédures judiciaires avaient été engagées par le propriétaire pour faire reconnaître ses droits, et le ministère indique que les juridictions lui avaient donné gain de cause. Pourtant, les décisions n’avaient pas suffi à faire disparaître la réalité du terrain. Le conflit s’était donc installé dans cette zone grise où le droit est établi, mais où son application immédiate peut produire un coût humain et social élevé.
La première audience de médiation organisée le 13 août 2026 a permis d’amorcer un compromis. Trois semaines plus tard, celui-ci est devenu un engagement formel.
Le droit de propriété sans l’impasse de l’expulsion
L’originalité de l’accord tient à son équilibre. Serge Esnault accepte de céder gratuitement à l’État la partie effectivement occupée de sa propriété. Les limites exactes de cette emprise ne sont pas encore figées puisqu’elles doivent être établies lors d’un état des lieux contradictoire. En contrepartie, l’État s’engage à attribuer au propriétaire une parcelle de compensation d’une superficie équivalente à celle effectivement cédée.
L’ANUTTC devra ensuite procéder au morcellement de l’emprise concernée et engager la régularisation des occupants qui remplissent les conditions prévues par la loi. Le protocole ne transforme donc pas automatiquement une occupation irrégulière en droit acquis. Il crée un cadre précis pour permettre, dans ce cas particulier, une sortie juridiquement encadrée du conflit.
Les occupants eux-mêmes sont soumis à des obligations. Recensement, état des lieux, coopération avec les administrations, interdiction de construire ou d’étendre les bâtiments sur l’emprise concernée, impossibilité de céder leurs droits d’occupation avant l’achèvement de la procédure et obligation de mettre fin aux troubles éventuels. La médiation n’efface donc pas les règles. Elle cherche à les rendre applicables sans provoquer une nouvelle crise.
Un précédent pour la politique foncière
L’importance de l’accord tient aussi au moment où il intervient. Le Gabon accélère parallèlement son programme de régularisation foncière de masse, avec plus de 20 800 décisions de cession établies en moins de six mois selon les chiffres communiqués par le ministère. Une nouvelle architecture juridique de la propriété foncière a également été adoptée en février 2026.
Le cas de Nzeng-Ayong illustre ainsi une difficulté centrale de l’aménagement urbain. Une ville ne peut durablement se développer avec des situations foncières incertaines, des titres contestés et des occupations qui se prolongent pendant plusieurs décennies. Mais elle ne peut pas davantage être administrée uniquement par la logique de l’affrontement judiciaire lorsque celle-ci laisse subsister le conflit sur le terrain.
La médiation apparaît ici comme un outil de gouvernance, à condition qu’elle reste exceptionnelle, transparente et juridiquement encadrée. Son efficacité dépendra surtout de l’exécution du protocole. Tant que le recensement, le bornage contradictoire, le morcellement, la compensation et les régularisations ne seront pas achevés, le conflit ne sera pas totalement derrière les parties.
La paix sociale ne doit pas devenir une prime à l’irrégularité
C’est précisément la limite que le ministère rappelle. L’accord ne crée aucun précédent automatique pour toutes les occupations sans droit ni titre. Cette précision est essentielle. Une politique foncière crédible doit protéger ceux qui disposent de droits légaux tout en permettant de résoudre les situations humaines devenues extrêmement complexes avec le temps.
La réussite de Nzeng-Ayong se mesurera donc moins à la cérémonie de signature qu’à la capacité de l’administration à transformer le compromis en sécurité juridique durable. Le propriétaire doit effectivement recevoir sa compensation. Les occupants éligibles doivent obtenir une situation régularisée. Les limites foncières doivent devenir incontestables. Et l’État doit être capable de prévenir la reproduction de tels conflits.
Après 32 ans, le plus important n’est finalement pas seulement d’avoir éteint un contentieux. C’est d’avoir démontré qu’un conflit foncier peut encore être ramené vers le droit sans sacrifier la paix sociale.
Dans une capitale où chaque parcelle prend une valeur stratégique, c’est peut-être là le véritable message de Nzeng-Ayong. Le foncier gabonais ne pourra être modernisé ni par l’occupation de fait, ni par les procédures interminables. Il devra reposer sur un principe plus exigeant, faire respecter le droit, mais savoir aussi réparer les blocages avant qu’ils ne deviennent des crises de génération.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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