Gabon : Comilog change de cap
Libreville, Mercredi 16 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le 1er janvier 2027, un nouveau chapitre s’ouvrira à la tête de la Compagnie Minière de l’Ogooué. Après vingt-neuf années passées au sein d’Eramet, dont onze à diriger Comilog, Leod Paul Batolo laissera ses fonctions d’Administrateur Directeur Général à Issempedjeno Ngaka.
Le changement annoncé ce mercredi est personnel, mais son enjeu est industriel. Dans un Gabon qui veut désormais transformer davantage ses ressources naturelles sur son propre territoire, la succession à la tête de Comilog intervient à un moment où les intérêts du groupe français et les ambitions industrielles de l’État gabonais entrent dans une phase nouvelle.
Le Conseil d’administration d’Eramet Comilog a nommé Issempedjeno Ngaka Administrateur de la société. Il deviendra Administrateur Directeur Général à compter du 1er janvier 2027, tandis que Leod Paul Batolo restera pleinement en fonction jusqu’à cette date afin d’assurer la continuité. Après près de trois décennies chez Eramet, Batolo a indiqué vouloir se consacrer à des projets personnels.
La transition sera donc préparée plutôt que subie. Ce choix compte dans une entreprise dont l’activité dépasse très largement la seule exploitation de Moanda. Comilog est au cœur d’un système industriel reliant la mine, la transformation, le rail et la logistique portuaire, avec la SETRAG dans cet ensemble. Le groupe revendique aujourd’hui une place de premier producteur mondial de minerai de manganèse à haute teneur.
La nomination d’Issempedjeno Ngaka apporte, elle aussi, un signal particulier. Diplômé de l’École polytechnique, il possède plus de vingt ans d’expérience dans les industries pétrolière et gazière. Après des débuts dans le forage offshore au Brésil chez Schlumberger, il a exercé des responsabilités chez Shell au Gabon et aux Pays-Bas avant de rejoindre Maurel & Prom Gabon, dont il est devenu Directeur Général en 2024.
Ce parcours ne le destine pas à une rupture brutale avec le modèle existant, mais plutôt à une nouvelle phase de transformation. Son mandat devra notamment porter sur la performance opérationnelle et financière, l’adaptation au marché du manganèse et le maintien des contributions économiques, sociales et sociétales de Comilog au Gabon.
C’est précisément là que se trouve le véritable enjeu de cette succession.Le Gabon ne demande plus seulement à ses grands opérateurs d’extraire davantage. Il attend désormais qu’ils transforment davantage et qu’ils inscrivent leur puissance industrielle dans une stratégie nationale de création de valeur.
Le protocole signé le 20 juillet 2026 entre Eramet, Eramet Comilog et la République gabonaise traduit cette nouvelle exigence. Trois scénarios industriels sont actuellement étudiés pour permettre de transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an au Gabon d’ici la fin de 2031. Le dispositif prévoit aussi un travail sur les conditions de viabilité économique des projets, notamment l’accès à l’énergie, ainsi que le développement d’une filière gabonaise de biocharbon à partir de coproduits de l’industrie forestière.
La succession de Batolo intervient donc au moment où Comilog doit aider à franchir un seuil. L’entreprise dispose déjà d’un appareil industriel considérable, mais le prochain cycle devra davantage connecter la production minière à l’industrialisation du pays.
Cette évolution n’efface pas le rôle joué par Batolo. Les données publiées par Comilog font état d’une entreprise qui compte parmi les principaux employeurs privés du Gabon et qui a progressivement développé ses capacités de transformation autour de Moanda. En 2025, 6,4 millions de tonnes de minerai ont été transportées par la chaîne Comilog et la société comptait plus de 2 000 emplois directs, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers d’emplois indirects.
Eramet indique également que sa contribution économique au Gabon a atteint un niveau record de 853,1 millions d’euros en 2025, en intégrant achats locaux, masse salariale, impôts et taxes.
Le nouveau dirigeant devra donc préserver ce socle tout en répondant à une attente supplémentaire. Le manganèse doit produire davantage de retombées industrielles sur place.
La question sera aussi celle de l’énergie, des infrastructures, des compétences et de la sous-traitance nationale. Une transformation locale crédible exige des investissements, une électricité compétitive, des compétences techniques et une logistique capable d’accompagner les nouvelles unités. Le succès ne dépendra donc pas de Comilog seule. Il reposera sur la capacité de l’État et de l’entreprise à aligner leurs responsabilités.
Le 1er janvier 2027 marquera ainsi davantage qu’un changement de nom au sommet de Comilog. Il ouvrira une période où la performance d’un groupe minier mondial devra être mesurée à l’aune d’une exigence nouvelle au Gabon, produire, oui, mais produire davantage de valeur au pays.
La succession de Leod Paul Batolo à Issempedjeno Ngaka apparaît dès lors comme un passage de relais industriel au moment précis où le manganèse gabonais change d’ambition.
L’enjeu ne sera plus seulement de maintenir le rang mondial de Comilog. Il sera de faire en sorte que ce rang serve encore plus directement la prochaine étape de l’industrialisation gabonaise.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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