Economie

Gabon : Le foncier passe au numérique

Libreville, Mercredi 16 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut mettre fin à l’un des handicaps les plus persistants de son développement urbain et économique, l’incertitude foncière. Doublons, chevauchements de parcelles, données dispersées, procédures longues et difficulté à établir une information cadastrale suffisamment fiable ont longtemps compliqué la relation entre l’État, les propriétaires, les investisseurs et les citoyens.

Le protocole signé le 14 septembre 2026 entre le ministère du Logement et SNEDAI GROUPE ouvre une nouvelle étape. Le pays veut désormais faire de la donnée numérique l’un des instruments de sécurisation de son territoire.

Le projet prévoit la mise en place d’un système foncier et cadastral informatisé, sécurisé et interconnecté, reposant sur une base de données consolidée. L’objectif est d’identifier et de localiser plus précisément les parcelles, de réduire les incohérences et de renforcer la traçabilité des opérations. Le projet reste toutefois en phase de préparation. Le cahier des charges doit encore être validé avant le lancement de la phase pilote.

Cette précision est importante. Le Gabon n’a pas encore achevé sa transformation foncière. Il vient de franchir une étape de conception et de contractualisation qui devra désormais être convertie en outil opérationnel.

Le calendrier des derniers jours montre en revanche que le dossier prend une dimension interministérielle. Après la signature du protocole, une réunion a associé Mays Mouissi, la ministre de la Planification et de la Prospective Louise Pierrette Mvono et une délégation de SNEDAI conduite par son PDG Adama Bictogo. Les échanges ont porté sur les solutions technologiques, les composantes du projet, les coûts, le financement et les modalités de coordination. SNEDAI s’est par ailleurs déclarée disponible pour accompagner le démarrage à travers un mécanisme de préfinancement.

Cette coordination est déterminante. Un cadastre moderne ne peut fonctionner comme une île administrative. Il doit pouvoir dialoguer avec les systèmes de l’urbanisme, de l’état civil, de la fiscalité, de la justice et des services chargés des infrastructures. C’est précisément vers cette interopérabilité que s’oriente la réforme gabonaise. Dès mai 2026, le gouvernement avait engagé une coopération entre les ministères du Logement et de l’Économie numérique autour de la digitalisation du cadastre, de la régularisation foncière et de la dématérialisation des actes, avec notamment la perspective de la signature électronique.

Le changement attendu est considérable pour les usagers. Un système foncier fiable doit réduire les déplacements inutiles, raccourcir certaines procédures et rendre les dossiers plus lisibles. Pour l’État, il doit aussi permettre de mieux connaître son patrimoine et son territoire. Pour les investisseurs, la qualité de l’information foncière constitue un élément essentiel de sécurité juridique. Pour les citoyens, elle peut devenir une protection supplémentaire contre les conflits de propriété et les opérations contradictoires.

C’est probablement sur ce dernier terrain que la réforme prendra toute sa valeur. Les récentes médiations foncières menées à Libreville et dans le Grand Libreville ont montré à quel point l’absence de données homogènes ou de situations cadastrales parfaitement clarifiées peut nourrir des conflits pendant des années. Numériser ne règlera pas automatiquement ces différends, mais disposer d’une information fiable, datée et traçable peut profondément modifier la capacité de l’administration à les prévenir et à les traiter.

Le chantier rejoint également l’ambition plus générale du programme Gabon Digital et les orientations du Pilier III du Plan national de croissance et de développement 2023-2030, consacré notamment à la modernisation de l’administration et au développement des services publics numériques.

Mais la technologie ne devra pas devenir une nouvelle couche de complexité. Elle devra simplifier. C’est le principal critère auquel cette réforme devra être confrontée.

Le Gabon devra aussi sécuriser les droits d’accès aux données, garantir leur intégrité, assurer leur conservation et former les agents appelés à administrer le nouveau système. La réussite du projet dépendra autant de la qualité informatique que de la gouvernance de la donnée.

Le choix d’un partenaire technologique extérieur pose enfin une exigence de souveraineté. La modernisation doit s’accompagner d’un transfert de compétences permettant à l’administration gabonaise de comprendre, contrôler et faire évoluer les outils qui structureront son patrimoine foncier.

Le projet SNEDAI entre donc dans une phase décisive. Après les discussions et la signature, viendront le cahier des charges, la phase pilote, les tests, puis l’éventuel déploiement à grande échelle.

Le véritable succès ne sera pas d’avoir un cadastre numérique. Il sera de faire en sorte qu’un terrain puisse être identifié sans ambiguïté, qu’un titre puisse être vérifié, qu’une procédure puisse être suivie et qu’un citoyen puisse obtenir une réponse fiable sans parcourir plusieurs administrations.

Le Gabon est en train de numériser son foncier. Il doit surtout parvenir à en faire un foncier plus sûr. Car dans un pays où la terre est à la fois un patrimoine, un actif économique et un enjeu social, la qualité de la donnée foncière devient une composante directe de la sécurité juridique de l’État.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : la nouvelle bataille minière

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *