Gabon : la nouvelle bataille minière
Libreville, Mercredi 16 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut changer la valeur de ses mines. À Tianjin, du 10 au 12 septembre 2026, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, a porté devant l’un des grands rendez-vous mondiaux du secteur une doctrine qui pourrait marquer un tournant économique majeur.
Le pays ne veut plus être seulement celui qui extrait et exporte. Il veut transformer davantage, employer davantage, apprendre davantage et retenir davantage de valeur sur son territoire.
Cette ambition prend une résonance particulière dans un marché mondial où les minerais stratégiques sont redevenus des actifs géopolitiques. La China Mining Conference and Exhibition 2026 a réuni 658 entreprises venues de 25 pays autour de la coopération minière, des chaînes de valeur, des technologies vertes et intelligentes et des perspectives offertes par les ressources stratégiques.
Dans ce contexte, le message de Libreville est clair. Le Gabon propose un partenariat gagnant-gagnant, mais entend redéfinir ce que signifie réellement le terme partenariat. Pour les investisseurs, l’accès aux ressources. Pour le pays, une part croissante de la transformation, des emplois qualifiés, des infrastructures, du transfert de compétences et une meilleure captation de la richesse produite.
Ce changement n’est pas improvisé à Tianjin. Il s’inscrit dans une feuille de route minière qui place la transformation locale au cœur de la stratégie nationale. Le gouvernement prévoit notamment d’accélérer la transformation du manganèse et de mettre progressivement fin à son exportation brute à l’horizon 2029, tandis que le développement du fer et du projet de Bélinga doit s’accompagner d’infrastructures structurantes.
Le véritable enjeu est donc de sortir d’une logique où la richesse du sous-sol profite surtout à la chaîne située à l’extérieur du pays.
Transformer avant d’exporter
Pendant des décennies, la faiblesse de nombreuses économies minières africaines a été précisément là. Des ressources considérables quittent le territoire sous une forme peu transformée, tandis que les étapes les plus rémunératrices de la chaîne industrielle se déroulent ailleurs. Le débat ne porte donc plus simplement sur le volume extrait, mais sur la part de valeur ajoutée que le pays producteur parvient à conserver. Le Gabon tente de déplacer cette frontière.
La stratégie gouvernementale insiste désormais sur la création de capacités industrielles locales. L’expérience du manganèse constitue déjà un premier laboratoire. Le ministère suit notamment plusieurs projets de transformation, avec l’objectif affiché de convertir la ressource minérale en production industrielle et en emplois durables. À Mounana, une usine portée par Nouvelle Gabon Mining est annoncée avec une capacité comprise entre 70 000 et 80 000 tonnes et plusieurs centaines d’emplois directs, prioritairement destinés aux Gabonais.
Cette orientation répond également à une exigence de souveraineté économique. Le minerai extrait au Gabon ne doit plus seulement financer l’activité du pays par les recettes fiscales et les exportations. Il doit contribuer à faire émerger des savoir-faire industriels, des fournisseurs locaux, des ingénieurs, des techniciens et tout un tissu de petites et moyennes entreprises autour de la mine.
Autrement dit, la véritable richesse minière ne se mesure pas uniquement à la tonne extraite. Elle se mesure aussi à ce que cette tonne permet de construire autour d’elle.
La mine devra désormais rendre des comptes
Cette nouvelle doctrine comporte cependant une seconde exigence, environnementale et sociale. À Tianjin, le gouvernement gabonais a insisté sur la nécessité de réduire l’empreinte des exploitations, notamment à travers une gestion plus responsable de l’eau, la réduction des impacts sur les sols, la maîtrise des émissions, la restauration des sites et la protection de la biodiversité.
Cette dimension est stratégique pour un pays dont l’image internationale repose aussi sur son patrimoine naturel. Le développement minier ne pourra donc être considéré comme réussi que s’il produit de la richesse sans détruire les actifs environnementaux dont dépend une partie de l’économie future.
Les communautés locales devront également être intégrées à l’équation. Cela suppose des mécanismes de compensation crédibles, des emplois locaux, une meilleure représentation des nationaux dans les fonctions de responsabilité, le transfert de compétences et le soutien aux entreprises gabonaises.
Le ministère avait déjà affirmé cette priorité en appelant à renforcer la promotion des cadres et salariés gabonais dans le secteur minier.
Le défi sera maintenant de transformer ces principes en clauses vérifiables dans les conventions minières et en indicateurs mesurables. Combien d’emplois locaux. Combien de cadres formés. Quelle part de sous-traitance confiée aux entreprises nationales. Quelle quantité de minerai transformée sur place. Quels engagements environnementaux effectivement respectés. C’est sur ces critères que devra être évaluée la nouvelle politique minière.
Le Gabon dispose d’un sous-sol important. Mais posséder la ressource ne suffit plus. Dans la nouvelle compétition mondiale, l’avantage appartiendra aux États capables de connaître leur potentiel, d’attirer les capitaux, de négocier intelligemment les partenariats et surtout de construire une industrie autour de leurs ressources.
La bataille minière du Gabon ne sera donc pas seulement une bataille pour extraire davantage. Ce sera une bataille pour capter davantage de valeur, former davantage de compétences et laisser davantage de richesse au pays.
À Tianjin, Libreville n’a pas simplement présenté son potentiel géologique. Elle a présenté une nouvelle règle du jeu. Le Gabon accepte l’investissement international, mais il veut désormais que la mine serve aussi de point de départ à l’industrialisation nationale.
C’est cette promesse qu’il faudra maintenant transformer en résultats. Parce qu’un pays minier ne devient véritablement souverain que lorsqu’il ne se contente plus de posséder ses ressources, mais maîtrise une part croissante de ce qu’elles permettent de produire.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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