Politique

Gabon : Justice, le grand tournant

Libreville, Jeudi 17 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Conseil supérieur de la magistrature du 16 septembre 2026 à Port-Gentil aura profondément remanié le paysage judiciaire gabonais.

Sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, le CSM a entériné plusieurs changements aux principaux échelons de la justice, avec notamment l’arrivée d’Alain-Georges Moukoko comme procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, la nomination d’André Wora Alonda à la présidence de la Cour de cassation et celle de Pamphile Moussavou Ibouanga à la tête de la Cour des comptes.

La mesure la plus commentée concerne Eddy Narcisse Minang. Après le Conseil de discipline du 25 août, le CSM a pris acte des décisions prononcées à son encontre et a procédé à la nouvelle organisation du parquet général de Libreville. Alain-Georges Moukoko lui succède ainsi dans cette fonction. Cette procédure disciplinaire reste toutefois susceptible des voies de recours prévues par le droit gabonais.

Cette précision est essentielle. Une sanction disciplinaire ne doit pas être confondue avec une condamnation pénale et sa portée juridique doit être appréciée à travers les procédures prévues par les textes. Le débat sur la magistrature gabonaise gagne précisément à être conduit sur ce terrain, celui de la règle de droit plutôt que celui de la rumeur ou des lectures politiques.

La session de Port-Gentil n’a d’ailleurs pas été consacrée au seul dossier disciplinaire. Le communiqué final montre une vaste série de nominations, affectations, promotions et mutations touchant les juridictions judiciaires, administratives et financières. Cette recomposition constitue l’un des mouvements les plus importants de la rentrée judiciaire.

Le choix de Port-Gentil donne également une dimension particulière à cette session. Le chef de l’État a rappelé que la justice doit garantir un accès effectif au droit, assurer un traitement diligent des procédures et inspirer confiance. Il a appelé à une meilleure maîtrise de plusieurs domaines sensibles, notamment les dommages-intérêts excessifs, l’exécution provisoire, les astreintes et les saisies, ainsi qu’au respect de délais raisonnables.

Le message dépasse donc les changements de personnes. Il pose une exigence de fonctionnement.

Une justice crédible ne peut être jugée uniquement à la sévérité de ses décisions. Elle l’est aussi à leur qualité juridique, à la célérité du traitement des dossiers, à la prévisibilité des procédures et à la capacité des juridictions à faire respecter leurs décisions.

C’est dans cette perspective que la nomination de Pamphile Moussavou Ibouanga à la Cour des comptes prend également son importance. Il succède à Alex Euv Moutsiangou, désormais conseiller au Secrétariat permanent du CSM. La Cour des comptes se trouve par ailleurs au cœur d’un dossier financier majeur avec l’annonce récente d’un stock de près de 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes à recouvrer. Aucun lien officiel n’est établi entre cette rotation et ce dossier, mais la nouvelle direction sera nécessairement observée sur la continuité du travail engagé.

À la Cour de cassation, l’arrivée d’André Wora Alonda ouvre également une nouvelle séquence au sommet de la juridiction judiciaire suprême. Quant au parquet général de Libreville, l’installation d’Alain-Georges Moukoko devra répondre aux attentes liées à l’efficacité de la politique pénale et au fonctionnement quotidien des juridictions.

Au total, le CSM a donc envoyé deux messages simultanés. Le premier concerne la responsabilité des magistrats et la possibilité de sanctions lorsque des manquements sont établis. Le second concerne l’efficacité de l’appareil judiciaire dans son ensemble.

C’est cet équilibre qui sera déterminant pour la suite. La moralisation ne peut produire durablement de la confiance que si elle s’accompagne de garanties procédurales fortes. De même, une réorganisation des juridictions ne produira des résultats que si elle améliore réellement le service rendu aux justiciables.

Le véritable test commence maintenant. Les nouveaux responsables devront transformer les nominations en efficacité, les sanctions en exigence déontologique et les orientations présidentielles en amélioration mesurable de la justice.

À Port-Gentil, le Gabon n’a donc pas seulement changé plusieurs responsables judiciaires. Il a placé sa magistrature devant une nouvelle obligation de résultat.

La justice ne gagnera pas sa crédibilité par le bruit des décisions. Elle la gagnera lorsque le citoyen constatera que le droit est appliqué avec rigueur, dans des délais raisonnables et selon des procédures auxquelles chacun peut faire confiance.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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