Gabon : Libreville, le réseau électrique à l’épreuve
Libreville, Vendredi 18 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Depuis le 13 septembre 2026, les habitants du Grand Libreville vivent au rythme des coupures et des remises sous tension. Après plusieurs jours de perturbations, la Société d’énergie et d’eau du Gabon a finalement détaillé, le 17 septembre, les causes techniques de cette crise qui affecte Libreville, Akanda, Owendo et une partie de Ntoum.
L’explication donnée par l’opérateur public révèle surtout la fragilité d’un réseau dont plusieurs maillons peuvent être affectés simultanément lorsqu’un ouvrage stratégique tombe en panne.
Au cœur de l’incident se trouve une avarie majeure sur la ligne aérienne de 90 kV reliant le poste de répartition de Bisségué au poste source d’Owendo. Selon la SEEG, cette défaillance a provoqué une succession de dysfonctionnements sur plusieurs ouvrages de production, de transport et de distribution. Le problème n’est donc pas celui d’une panne isolée. Il s’agit d’un effet domino qui a réduit la capacité du système à acheminer normalement l’électricité vers les différents secteurs du Grand Libreville.
Cette séquence intervient après un autre épisode révélateur. Le 13 septembre, la centrale flottante KarPowerShip avait dû être arrêtée de 6 heures à 17 heures pour une maintenance d’urgence de groupes raccordés au réseau interconnecté de Libreville. La SEEG avait alors prévenu qu’une baisse importante de production entraînerait des délestages sectoriels. Quelques jours plus tard, le réseau est confronté à une nouvelle perturbation, cette fois sur une infrastructure essentielle au transport de l’électricité.
La succession de ces incidents pose une question plus profonde que celle de la réparation de la panne actuelle. Elle renvoie à la robustesse générale du système électrique gabonais. Une infrastructure énergétique moderne ne doit pas seulement disposer de capacités de production suffisantes. Elle doit aussi pouvoir transporter l’électricité, répartir les charges, absorber les incidents et rétablir rapidement le service lorsqu’un équipement stratégique est indisponible.
C’est précisément le rôle des lignes à haute tension et des postes sources. Leur fiabilité conditionne l’ensemble de la chaîne. Lorsqu’un seul axe joue un rôle trop important dans l’alimentation d’une agglomération, sa défaillance peut rapidement se traduire par des perturbations à grande échelle.
La SEEG affirme avoir mobilisé ses équipes techniques jour et nuit pour diagnostiquer les équipements endommagés, engager les réparations et remettre progressivement les installations en service. L’entreprise présente ses excuses aux usagers et promet de communiquer sur l’évolution des opérations.
Mais l’urgence opérationnelle ne doit pas faire disparaître la question structurelle. Les habitants ne jugeront pas seulement la SEEG sur sa capacité à réparer cette ligne. Ils regarderont aussi la capacité du système à éviter que la prochaine panne sur un autre ouvrage ne provoque le même effet en cascade.
Le Gabon investit désormais dans de nouvelles capacités énergétiques et envisage parallèlement des solutions associant hydroélectricité, solaire et stockage pour accompagner son développement industriel. Ces projets sont importants, mais ils devront être accompagnés d’un renforcement massif des réseaux de transport et de distribution. Produire davantage d’électricité n’a de sens que si cette énergie peut parvenir jusqu’aux ménages, aux entreprises et aux futures industries.
Pour une capitale qui concentre une grande partie de l’activité économique et administrative du pays, la continuité électrique est devenue un enjeu de compétitivité autant qu’un enjeu social. Chaque interruption affecte les commerces, les PME, les administrations, les services de santé, les activités numériques et les ménages.
La crise actuelle doit donc être considérée comme un avertissement. Elle rappelle que la transition énergétique ne se résume pas à installer de nouvelles centrales. Elle exige un réseau suffisamment robuste pour supporter les besoins d’une économie qui veut produire davantage.
La priorité immédiate reste la remise en service complète des installations affectées. Mais le véritable chantier sera celui de la résilience.
Libreville ne pourra durablement sortir du cycle des délestages qu’en renforçant toute la chaîne électrique, de la production au dernier kilomètre.La panne actuelle doit être réparée. La vulnérabilité, elle, doit être corrigée.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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