Economie

Gabon : le pari des micro-réseaux

Libreville, Vendredi 18 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut transformer ses minerais. Il devra donc résoudre une équation qui dépasse largement le secteur minier, celle de l’énergie. Car une usine métallurgique ne fonctionne ni avec des promesses ni avec une puissance théorique. Elle exige une électricité disponible, stable et compétitive, pendant des années.

C’est sur cette contrainte décisive que se sont concentrés, le 15 septembre 2026 en Chine, les échanges entre le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, et les responsables de Huawei Digital Power Technologies.

L’idée étudiée mérite l’attention. Elle consiste à développer des micro-réseaux associant photovoltaïque et stockage par batteries afin d’alimenter directement certaines zones minières, avec une production adaptée à leurs besoins et moins exposée aux contraintes d’un réseau national encore sous tension.

Pour le Gabon, le sujet est devenu stratégique. Le pays veut accroître la transformation locale de ses ressources minières, notamment avec l’accord conclu en juillet avec Eramet et Eramet Comilog pour étudier jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse transformées localement par an à l’horizon 2031. Or cet accord prévoit explicitement que la disponibilité d’une énergie compétitive constitue une condition de viabilité des projets industriels envisagés.

La question est donc moins de savoir s’il faut davantage d’électricité que de déterminer où la produire, comment la transporter et à quel coût.

Des modèles déjà testés ailleurs

Huawei a présenté au Gabon plusieurs références internationales. En Arabie saoudite, le projet de la destination Red Sea associe 400 MW de photovoltaïque à 1,3 GWh de stockage. Huawei indique que cette infrastructure, livrée en 2023, repose notamment sur des technologies de contrôle dites grid-forming destinées à stabiliser un réseau alimenté par des sources renouvelables.

La référence de Kamoa-Kakula, en République démocratique du Congo, intéresse particulièrement le secteur minier. Le modèle présenté repose sur une centrale solaire de 200 MWc et un stockage de 581 MWh destiné à fournir une alimentation renouvelable plus stable au complexe minier. Un contrat d’achat d’électricité permet en outre de répartir autrement le financement du projet. Les données publiques disponibles sur Kamoa montrent que le complexe développe effectivement une combinaison de solaire et de batteries afin de réduire sa dépendance aux sources thermiques et de sécuriser son approvisionnement.

Ces expériences ne constituent pas une solution automatique pour le Gabon. Elles fournissent plutôt des références techniques et économiques à partir desquelles Libreville peut construire son propre modèle.

Le principe présente un intérêt évident pour les zones minières éloignées ou insuffisamment desservies. Plutôt que d’attendre la construction de longues infrastructures de transport d’électricité avant de lancer une activité industrielle, un micro-réseau peut rapprocher la production du lieu de consommation. Le stockage permet ensuite de lisser les variations de la production solaire et de sécuriser l’alimentation.

Cela ne signifie pas que les réseaux nationaux deviennent inutiles. Cela signifie que le Gabon peut envisager un système plus souple, combinant réseau interconnecté, hydroélectricité, solaire et stockage selon les caractéristiques de chaque territoire.

De l’idée au projet finançable

La partie la plus difficile commence désormais. Le gouvernement doit déterminer précisément les puissances nécessaires, les sites prioritaires, les profils de consommation et les exigences de continuité des entreprises minières. Les chiffres évoqués autour de 1 à 2 GW de besoins énergétiques pour les zones minières devront notamment être consolidés par des études précises avant de devenir une base de programmation industrielle.

Le dossier devra également associer le ministère de l’Énergie, la SEEG et les opérateurs miniers. Il faudra identifier les maîtres d’ouvrage, les investisseurs, les acheteurs d’électricité et les mécanismes permettant de sécuriser les revenus des futurs projets. Les discussions devront aussi examiner les conditions de financement offertes par les institutions chinoises et les garanties susceptibles d’accompagner les investissements.

C’est ici que le modèle du PPA peut devenir déterminant. Un contrat d’achat d’électricité à long terme peut donner au producteur une visibilité sur ses revenus et permettre à l’entreprise minière de bénéficier d’une infrastructure sans supporter seule la totalité de l’investissement initial. Mais son efficacité dépendra du prix de l’électricité, de la solidité du contrat et de la capacité des parties à respecter leurs engagements.

Le Gabon devra aussi répondre à une question de souveraineté. L’arrivée d’un partenaire technologique mondial ne doit pas conduire à une dépendance nouvelle. Les projets doivent intégrer le transfert de compétences, la formation des techniciens nationaux, la maintenance locale et la maîtrise progressive des systèmes par les acteurs gabonais.

Cette exigence est d’autant plus importante que l’énergie ne doit pas seulement servir les mines. Elle doit aussi répondre aux besoins des ménages, des entreprises et des grandes villes. Toute stratégie crédible devra donc arbitrer entre l’urgence industrielle et l’amélioration du service public.

Le véritable intérêt de la rencontre avec Huawei se situe finalement là. Le Gabon commence à penser son énergie non plus uniquement comme une infrastructure nationale, mais comme une composante directe de sa politique industrielle.

Cette évolution pourrait accélérer certains projets miniers, notamment dans les territoires où l’extension du réseau classique demanderait davantage de temps ou d’investissements. Mais elle obligera aussi l’État à bâtir une architecture énergétique plus cohérente, capable de soutenir simultanément la croissance urbaine et la transformation des ressources.

Le micro-réseau n’est donc pas une solution miracle. C’est un outil parmi d’autres. Sa réussite dépendra du coût, de la fiabilité, du financement et de son intégration dans la stratégie énergétique nationale.

Le Gabon a longtemps raisonné en termes de ressources disponibles. Il doit désormais raisonner en termes de capacité à les transformer.

Le véritable défi de l’industrialisation commence peut-être là. Avant de produire davantage de manganèse transformé, d’acier ou de fer, il faudra produire l’électricité capable de faire fonctionner ces industries. Le pays ne manque pas de ressources. Il doit maintenant démontrer qu’il sait les relier.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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