Economie

Poulet de chair, le Gabon assume sa riposte et défend sa souveraineté devant l’OMC

Libreville, Vendredi 25 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon ne compte pas reculer. Interpellé par les États-Unis au sujet de l’interdiction des importations de poulet de chair annoncée pour le 1ᵉʳ janvier 2027, Libreville prépare sa réponse et entend défendre sa décision sur le terrain du droit commercial international.

Dans un entretien accordé au quotidien L’Union, le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, affiche une position mesurée mais ferme, rappelant que le Gabon n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucune condamnation de l’Organisation mondiale du commerce.

Pour le ministre, la contestation américaine ne signifie donc pas que la décision gabonaise serait d’ores et déjà invalidée. Elle ouvre plutôt une séquence au cours de laquelle Libreville entend présenter ses arguments et faire reconnaître les marges de manœuvre dont disposent les pays en développement pour accompagner et protéger leurs secteurs productifs. Le gouvernement travaille dans cette perspective avec un expert des règles de l’OMC afin de consolider son argumentaire juridique.

Au cœur de cette stratégie figure notamment la possibilité de s’appuyer sur les dispositions du GATT relatives aux économies en développement. Le ministre évoque ainsi l’article XVIII, qui prévoit certaines flexibilités permettant aux États de prendre des mesures destinées à soutenir leur développement économique et à protéger des industries nationales naissantes. Pour Libreville, cette dimension est essentielle dans la défense de sa politique en faveur d’une production avicole locale.

Dans son propos, Pacôme Kossy inscrit cette orientation dans une ambition plus large de transformation de l’agriculture gabonaise. L’enjeu n’est pas seulement de limiter l’entrée de produits importés sur le marché national, mais de créer les conditions permettant à une filière locale de se développer et de devenir progressivement capable de répondre à la demande. Le ministre cite à cet égard les expériences du Sénégal et du Cameroun, où l’encadrement de la production avicole a permis de soutenir les capacités nationales, tout en soulignant la nécessité d’adapter ces enseignements aux réalités propres au Gabon.

Cette approche traduit une volonté de faire de la protection du marché un instrument temporaire et structurant au service de la production nationale. Le défi, tel qu’il ressort des propos du ministre, consiste désormais à accompagner cette orientation par la consolidation de la filière, afin que la restriction des importations puisse effectivement favoriser l’émergence d’un appareil productif suffisamment solide.

Face à la pression américaine, le ministre ne présente donc pas la position gabonaise comme une confrontation de principe, mais comme la défense d’un choix de politique agricole que le pays estime pouvoir justifier dans le cadre des règles internationales. Le Gabon entend ainsi utiliser les mécanismes prévus par l’OMC pour faire valoir ses intérêts, tout en poursuivant son objectif de renforcement de la production avicole nationale.

À travers cette position, Pacôme Kossy défend une conception de la souveraineté alimentaire fondée sur la capacité du Gabon à développer ses propres filières agricoles. Le bras de fer autour du poulet de chair dépasse ainsi la seule question commerciale. Il met en jeu, dans le discours du ministre, la possibilité pour un pays en développement de disposer d’un espace d’action suffisant pour construire progressivement son industrie agroalimentaire et réduire sa dépendance aux importations.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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