Gabon : Le grand chantier de l’école change d’échelle
Libreville, Vendredi 6 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Avec le Projet d’Investissements dans le Secteur Éducatif, soutenu par l’Agence française de développement à hauteur de financements majeurs, le Gabon a engagé l’un des programmes de construction scolaire les plus importants de son histoire récente. Au-delà des bâtiments, ce chantier révèle un enjeu autrement stratégique, celui de la capacité du pays à faire de l’éducation un véritable levier de transformation sociale et de développement.
Au Gabon, la crise des infrastructures scolaires ne se résume pas à un déficit de salles de classe. Elle renvoie à une question fondamentale pour l’avenir du pays, celle de l’accès équitable à une éducation de qualité dans un contexte de croissance démographique, de concentration urbaine et de pression croissante sur les établissements publics. C’est à cette problématique que répond le Projet d’Investissements dans le Secteur Éducatif (PISE), devenu en une décennie un programme structurant de modernisation du patrimoine scolaire national.
Derrière cette initiative se trouve un partenariat financier majeur avec la France, à travers l’Agence française de développement (AFD). Le 22 mars 2016, le Gabon et l’institution française ont signé deux conventions de financement totalisant 204 millions d’euros. Sur cette enveloppe, 154 millions d’euros, soit environ 101 milliards de francs CFA, ont été consacrés à la première phase du PISE. Un engagement financier considérable qui témoigne de l’ampleur des besoins du système éducatif gabonais et de l’ambition initiale du programme.
À son lancement, le projet visait la construction et l’équipement de neuf collèges et huit écoles primaires à Libreville et Port-Gentil. L’objectif était de créer environ 500 salles de classe supplémentaires, au bénéfice de quelque 25 000 élèves. Il s’agissait notamment de réduire la surcharge des établissements, d’améliorer les conditions d’apprentissage et de renforcer les capacités d’accueil de l’enseignement de base.
Un investissement qui dépasse les murs des établissements
La portée du PISE ne se limite toutefois pas à la construction immobilière. Sa singularité réside également dans la volonté d’associer les infrastructures à une transformation de la gestion et du fonctionnement du système scolaire.
Le programme prévoit notamment l’élaboration d’une politique nationale de maintenance des établissements, afin de préserver durablement les investissements réalisés. Il intègre également un guide de prévention des violences en milieu scolaire, des évaluations du niveau des élèves, ainsi que des actions de formation destinées aux chefs d’établissement et aux enseignants des disciplines scientifiques.
À cela s’ajoute le déploiement de l’outil GEPAS, consacré à la gestion du patrimoine scolaire. Cette dimension est essentielle. Construire des établissements répond à une urgence, mais garantir leur entretien, leur équipement et leur fonctionnement dans la durée constitue une exigence tout aussi déterminante. Sans politique de maintenance et de gestion rigoureuse, les investissements publics risquent de perdre progressivement leur efficacité.
Sur le terrain, plusieurs localités du Grand Libreville ont déjà bénéficié de réalisations, notamment Ondogo, Mindoubé, Alibandeng, PK13, Cap Estérias, Angondjé, Akournam et Alénakiri. Selon le bilan présenté par l’AFD, 15 établissements ont été construits ou réhabilités dans le Grand Libreville, tandis que 12 autres font l’objet de travaux de construction ou d’extension à Libreville et Port-Gentil.
Le programme affiche par ailleurs une ambition de 23 établissements scolaires à Libreville, répartis sur 15 sites, comprenant 223 salles de classe et différents espaces fonctionnels. Bureaux administratifs, laboratoires, salles informatiques, installations sportives et espaces de restauration doivent contribuer à faire de ces établissements des environnements d’apprentissage plus adaptés aux exigences contemporaines.
La deuxième phase, entre ambition et exigence de résultats
Initialement prévue pour s’achever en 2024, la première phase fait désormais l’objet d’une restructuration destinée à prolonger sa mise en œuvre jusqu’au 31 décembre 2027. Cette évolution souligne les défis d’exécution auxquels sont confrontés les grands programmes d’investissement public, mais aussi la nécessité de consolider les acquis avant d’engager de nouvelles ambitions.
La deuxième phase entend changer d’échelle. Elle prévoit notamment la construction de 550 salles de classe dans le Grand Libreville, avec un impact annoncé sur plus de 25 000 élèves. Le dispositif doit également accompagner l’extension des capacités scolaires à Port-Gentil, notamment à travers l’acquisition de mobilier destiné aux établissements en construction. Un diagnostic consacré au genre et à l’égalité entre les femmes et les hommes figure également parmi les travaux préparatoires.
L’enjeu est désormais de transformer l’effort financier en amélioration durable des conditions d’enseignement. Cela suppose de suivre les délais de livraison, la qualité des ouvrages, leur équipement effectif et leur capacité à répondre aux besoins réels des populations scolaires. La disponibilité des enseignants, la maintenance des infrastructures et la qualité pédagogique devront accompagner cet investissement matériel.
Le PISE rappelle ainsi une réalité fondamentale pour le Gabon. L’école n’est pas une simple dépense publique, mais un investissement dans le capital humain, la compétitivité économique et la cohésion nationale. Le partenariat avec l’AFD fournit des moyens financiers et techniques importants, mais la réussite définitive du programme dépendra de son appropriation par les institutions gabonaises et de sa continuité dans le temps.
Construire des écoles est une étape. Faire en sorte que chaque établissement accueille dignement les élèves, offre un enseignement de qualité et prépare les compétences dont le Gabon aura besoin demain constitue le véritable objectif. C’est à cette aune, bien davantage qu’au nombre de bâtiments inaugurés, que devra être appréciée la portée historique du PISE.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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