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Afrique : l’université face au défi du futur

Libreville, Lundi 28 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Accra, le débat sur l’enseignement supérieur africain change de dimension. Il ne s’agit plus seulement d’augmenter le nombre de diplômés, mais de savoir ce que ces diplômés pourront réellement produire, inventer et transformer dans leurs économies.

Réunis la semaine dernière au Ghana, responsables universitaires, gouvernements, entreprises, institutions financières et représentants de la jeunesse ont défendu une même orientation : faire de l’université africaine un moteur direct de compétences, de recherche, d’innovation et d’emplois.

La rencontre, organisée autour de la première édition du Prix Africa Higher Education for Transformation, intervient dans un contexte où la pression démographique et la transformation technologique obligent les systèmes éducatifs à changer d’échelle. La Fondation Mastercard, qui porte cette initiative, a engagé 500 millions de dollars sur dix ans pour soutenir au moins 150 établissements africains. Les cinq premiers lauréats, issus d’Éthiopie, du Burkina Faso, du Ghana, d’Ouganda et du Rwanda, recevront chacun 3 millions de dollars pour développer leurs programmes de transformation.

Le message d’Accra est donc moins académique qu’économique. Une université performante ne peut plus être pensée comme une institution séparée du marché du travail et des besoins de la société. Les formations doivent dialoguer avec les entreprises, les diplômes mieux traduire les compétences acquises et la recherche sortir des laboratoires pour devenir une source de solutions, d’entreprises et d’emplois.

Cette évolution répond à une faiblesse structurelle du continent. L’Afrique dispose de la population jeune qui pourrait constituer l’un de ses principaux moteurs de croissance, mais encore faut-il transformer cette dynamique démographique en capital humain. L’Union africaine a précisément placé cette question au cœur de sa Décennie de l’éducation et du développement des compétences 2025-2034, avec l’objectif de rapprocher les systèmes éducatifs des économies numériques, vertes et fondées sur la connaissance.

L’enjeu est également celui de la souveraineté scientifique. Les participants d’Accra ont insisté sur la nécessité de développer des recherches répondant aux priorités africaines dans des domaines comme la santé, l’agriculture, l’environnement, les technologies numériques et l’intelligence artificielle. Le secteur privé doit être davantage associé à cette dynamique afin que les laboratoires universitaires puissent contribuer directement à la compétitivité des entreprises et à la résolution des problèmes publics.

Les cinq établissements distingués donnent déjà une indication de cette nouvelle approche. L’Université d’Addis-Abeba est reconnue pour le rapprochement entre recherche, formation et besoins nationaux. Le 2iE du Burkina Faso pour ses parcours reliant formation et insertion professionnelle. L’Université Kwame Nkrumah des sciences et technologies du Ghana pour son travail sur l’innovation. L’Université Muni en Ouganda pour ses dispositifs en faveur de l’emploi des jeunes vulnérables. L’Université du Rwanda pour son rôle dans la formation médicale et l’innovation en santé.

La prochaine étape sera toutefois la plus difficile. L’Union africaine appelle déjà à dépasser les initiatives dispersées pour aller vers des réformes coordonnées, une meilleure mobilité des étudiants et des enseignants, des qualifications plus facilement reconnues et une coopération renforcée entre universités et industries.

Accra aura donc surtout permis de poser une question stratégique : quelle université l’Afrique veut-elle pour son prochain cycle de développement ? Une institution qui distribue des diplômes ou un véritable système continental capable de produire des compétences, des connaissances, des technologies et des entreprises ? La réponse déterminera une partie de la capacité du continent à transformer sa jeunesse en force économique. Dans cette nouvelle équation, l’enseignement supérieur n’est plus une dépense sociale parmi d’autres. Il devient une infrastructure essentielle de la puissance africaine.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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