Gabon : Marcel Abéké, le retour aux commandes de Comilog
Libreville, Vendredi 16 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Son retour à la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) a une portée qui dépasse une nomination au sommet d’une entreprise. Ancien administrateur-directeur général du groupe minier pendant plus de deux décennies, puis cadre dirigeant d’Eramet, sa maison mère en France, Marcel Abéké retrouve aujourd’hui l’entreprise gabonaise avec une autre responsabilité, celle de président du conseil d’administration (PCA). Sa nomination, annoncée à l’issue du Conseil des ministres du 15 octobre 2026 présidé par Brice Clotaire Oligui Nguema, réunit expérience industrielle, connaissance du secteur et enjeux de souveraineté économique.
Pour Marcel Abéké, il s’agit d’un retour dans un environnement qu’il connaît intimement, mais dans une fonction différente. De 1989 à 2011, il a dirigé Comilog en qualité d’administrateur-directeur général. Son parcours à la tête de l’entreprise s’est inscrit dans le développement de la mine de Moanda, dans le Haut-Ogooué, devenue l’un des actifs majeurs de l’industrie minière gabonaise. Les archives d’Eramet le mentionnent déjà comme administrateur et directeur général de Comilog au milieu des années 2000.
Après cette longue période à la direction opérationnelle, il a poursuivi sa carrière au sein d’Eramet, groupe français qui contrôle Comilog et dont l’activité couvre plusieurs métaux et chaînes de transformation. Il y a exercé des responsabilités liées au développement du groupe en Afrique. Ce passage de la filiale gabonaise à sa maison mère lui a donné une connaissance des enjeux à la fois locaux et internationaux, des impératifs industriels aux arbitrages d’investissement.
Ce double ancrage constitue l’un des éléments les plus significatifs de sa nomination. Marcel Abéké ne revient pas comme directeur général chargé de conduire quotidiennement les opérations, mais comme président du conseil d’administration, appelé à participer à la définition des orientations stratégiques et à veiller à leur mise en œuvre par la gouvernance de l’entreprise.
Une nomination au cœur des enjeux miniers
Son itinéraire a également emprunté les sphères de l’État. Nommé haut-commissaire de la République en mars 2023 sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, Marcel Abéké rejoint quelques mois plus tard le gouvernement de la Transition conduit par Brice Clotaire Oligui Nguema, en qualité de ministre du Pétrole et du Gaz. Cette expérience gouvernementale l’a placé au croisement des intérêts publics, des ressources naturelles et des relations avec les opérateurs industriels.
Son retour chez Comilog intervient alors que le secteur minier occupe une place stratégique dans les ambitions de diversification du Gabon. Filiale d’Eramet, l’entreprise exploite le gisement de Moanda et s’appuie sur un dispositif intégré associant extraction, transformation métallurgique et transport ferroviaire. En 2025, la production de minerai et d’aggloméré de manganèse du groupe a atteint 7,1 millions de tonnes, contre 6,8 millions en 2024. Cette progression opérationnelle s’est toutefois inscrite dans un marché mondial plus difficile, marqué notamment par le recul des prix et la baisse de la production d’acier.
La question est donc moins celle de la continuité que celle de la prochaine étape industrielle. Comment préserver la compétitivité de la mine, sécuriser les débouchés et renforcer la transformation locale du manganèse ? Comment accroître les retombées économiques pour le Gabon sans fragiliser les investissements nécessaires à la performance de l’entreprise ? Ces enjeux dépassent la seule gestion d’un actif minier. Ils touchent à l’emploi, aux recettes publiques, aux infrastructures et à la capacité du pays à capter davantage de valeur issue de ses ressources naturelles.
De l’expérience aux résultats attendus
La gouvernance de Comilog associe des intérêts industriels et nationaux. Selon les données publiées par l’entreprise, Eramet détient 63,7 % du capital, tandis que la République gabonaise en possède 28,9 %, le solde revenant à la société Carlo Tassara France. Dans cette configuration, le conseil d’administration constitue un espace déterminant pour articuler les objectifs de rentabilité, les exigences des actionnaires et les attentes économiques du pays hôte.
La connaissance historique de Marcel Abéké peut faciliter le dialogue entre ces différentes parties. Elle ne préjuge toutefois pas des orientations qu’il privilégiera ni des résultats qu’il obtiendra dans ses nouvelles fonctions. La présidence du conseil suppose de fixer un cap, d’évaluer les choix d’investissement et de veiller à la cohérence de la stratégie, sans se substituer à la direction générale dans la conduite quotidienne des opérations.
Son retour intervient aussi dans un contexte où la transformation locale des matières premières demeure une question centrale pour l’économie gabonaise. L’enjeu est de faire en sorte que les volumes extraits et les performances industrielles se traduisent par des emplois qualifiés, des activités de transformation plus importantes et des retombées durables pour les territoires concernés.
Marcel Abéké retrouve ainsi Comilog avec un capital d’expérience rare, mais dans une fonction qui appelle une autre forme de responsabilité. Son bilan ne se lira pas seulement à l’aune de son passé à la tête de l’entreprise. Il dépendra de sa capacité à accompagner une nouvelle phase de développement, à concilier les exigences du groupe et les intérêts du Gabon, et à inscrire la performance minière dans une stratégie de création de valeur locale. Le retour est symbolique ; les résultats, eux, seront le véritable test.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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