Economie

Affaire du navire Jacob H : la “disparition” qui n’en était pas une

Libreville, Jeudi 13 Novembre 2025 (Infos Gabon) – Enquête sur un départ précipité qui met en lumière les failles du système portuaire gabonais.

Annoncée comme un spectaculaire acte de piraterie maritime, la prétendue disparition du vraquier Jacob H chargé de plus de 50 000 tonnes de manganèse au port d’Owendo appartenant à une société chinoise prend aujourd’hui une tournure bien différente. À mesure que les faits se précisent, le récit d’un “vol” s’efface pour laisser place à celui d’un départ précipité, dans un contexte de tensions économiques et de dysfonctionnements administratifs.

Une “disparition” qui n’en était pas une

L’affaire a éclaté il y a quelques jours, provoquant un vif émoi dans l’opinion publique. Selon les premières rumeurs, le Jacob H aurait quitté le port d’Owendo en pleine nuit, sans autorisation, emportant avec lui une cargaison colossale de minerai de manganèse. Un scénario digne d’un polar maritime, rapidement relayé sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Mais à l’examen des documents disponibles et des témoignages recueillis, la réalité s’avère plus nuancée. Le navire, loin d’avoir “disparu”, a en réalité pris le large avec un “Port Clearance” en bonne et due forme, délivré par les autorités douanières gabonaises. Ce document, obligatoire pour tout départ, confirme que l’administration avait bel et bien autorisé le départ du vraquier.

Un incident technique à l’origine du différend

Tout aurait commencé par une panne mécanique mineure survenue lors d’une manœuvre dans la zone minéralier. Un incident courant dans les grands ports, rapidement maîtrisé, mais qui aurait ouvert la voie à un différend inattendu. Une société locale d’assistance maritime nommée SOTRASMAR, serait intervenue pour prêter main-forte au navire.

Problème : selon plusieurs sources proches du dossier, l’entreprise aurait ensuite présenté une facture exorbitante de 8,09 milliards de francs CFA, invoquant une opération de “sauvetage” du navire et des installations portuaires. Une somme jugée “disproportionnée” par les observateurs, d’autant que la valeur estimée du Jacob H avoisine les 6 milliards, et celle de sa cargaison environ 800 millions de francs CFA.

Un départ sous pression

Face à cette situation jugée “injustifiée” et craignant d’être retenu au port ou poursuivi pour non-paiement, le commandant du Jacob H aurait choisi de quitter Owendo dans la précipitation, tout en veillant à respecter les formalités administratives de départ. Ainsi, contrairement à la version initiale évoquant un acte de fuite ou de piraterie, le départ du navire s’est opéré légalement, avec les documents requis.

Une affaire révélatrice de failles structurelles

Au-delà de l’incident lui-même, l’affaire du Jacob H met en lumière des failles profondes dans la gouvernance portuaire gabonaise. Entre les chevauchements de compétences, les lenteurs administratives, le manque de transparence dans certaines opérations commerciales et les pratiques contestées de certaines entreprises locales, le port d’Owendo, pourtant infrastructure stratégique pour l’économie nationale, apparaît fragilisé.

Plusieurs acteurs du secteur maritime appellent aujourd’hui à une clarification urgente du cadre réglementaire, notamment en matière d’assistance et de facturation des services rendus aux navires étrangers. “Ce type de litige, mal géré, peut ternir la réputation du port et dissuader les partenaires internationaux”, confie un expert du secteur.

Vers une nécessaire remise à plat

Alors que les autorités n’ont, pour l’heure, fait aucune communication officielle sur l’affaire, de nombreuses voix s’élèvent pour demander un audit complet des procédures portuaires et une meilleure régulation des opérateurs privés intervenant dans la chaîne maritime. Si le Jacob H n’a pas disparu, cette affaire aura au moins révélé l’ampleur des fragilités d’un système où la confusion et la méfiance peuvent, en quelques heures, faire chavirer la vérité.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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